Une équation politique assez simple pour Macron et le Pen

Au fond, l'équation politique est assez simple pour Macron et le Pen. Macron ne peut espérer l’emporter que si Marine le Pen est au second tour. Et Marine le Pen ne peut gagner que si Macron est face à elle. Tout autre cas de figure est perdant pour les deux champions des sondages. 

Donc les deux ont intérêt à enfermer la vie politique dans ce dilemme. 
Marine le Pen joue la banalisation, Emmanuel Macron travaille sa droitisation. 
Et les régionales sont le banc d’essai de ces deux stratégies.

Jusqu’à présent nous étions dans une « guerre » de positions. Marine le Pen campait sur son petit tiers des électeurs et, faute de mieux, Macron, président protégé par les institutions, apparaissait comme un rempart. (cf. mon post sur la victoire de Marine le Pen en cliquant ici)

Mais sous le poids de la covid-19 et des violences urbaines, en attendant la crise sociale, la dynamique de l’extrême droite s’est enclenchée. Nous sommes entrés dans une « guerre » de mouvement.

Pire, Emmanuel Macron affolé par des sondages peu amènes, a décidé de faire des régionales un moment de recomposition nécessaire à sa réélection. L'OPA amicale sur Muselier en Paca ou le parachutage de Dupont Moretti dans les Hauts-de-France n’ont pour but, au prétexte de la lutte contre l’extrême droite, de réduire, voire casser la droite. 

La décomposition de l’espace public est une condition nécessaire à l’installation du président sortant comme seul recours face à la montée inexorable lepéniste. Emmanuel Macron est rattrapé par la marche à la décomposition : faiblesse aux régionales, inexistence aux départementales, conflits avec le Modem au parlement, polémiques violentes chez LREM sur tous les sujets. Dans les sondages, la droite quitte le président pendant qu’une partie de la gauche est dans « un vote d’attente » qui ne résistera pas à la réforme de l’allocation chômage, un deuxième round sur les retraites, et la fin du « quoi qu’il en coûte ».

Mais voilà que la crise politique est là. Elle amplifie la donne. L’armée, la police qui ne sont déjà pas des corps hippies, se rebellent contre l’état de la France, dans des discours en parfaite résonance avec l’idéologie du Rassemblement national et son obsession du déclin, dû à l’islam et à l’immigration. 

Le vecteur est un message, disent les spécialistes de la communication. Et le fait que des militaires montent au créneau pour dire que nous sommes à la veille d’une guerre civile avec les « quartiers » confirme ce qu’une grande partie de la France pense. Le paradoxe est que l’appel ne conjure pas cette hantise mais la prépare.

Ne nous cachons pas. Au nom d’une préoccupation légitime sur l’insécurité, nous vivons un moment pétainiste. Et ce n’est pas en étant autiste que la gauche le combattra.

L’extrême droite est en dynamique portée par l’effondrement moral de la droite classique, les errances coupables de la gauche, et la myopie des élites pour qui cela n’arrivera pas.

On ne veut pas voir les signaux faibles des ravages de la préférence nationale et la xénophobie ; on ne veut pas comprendre que l’exaspération française trouve dans l’extrême droite un exécutoire ; on ne veut pas mesurer le ralliement d’une partie de la droite aux thèses voire au vote de l’extrême droite ; on ne veut surtout pas intégrer les ravages du libéralisme économique depuis près de 50 ans.

Se profile, au premier tour de l’élection régionale, le séisme, en attendant la réplique présidentielle, le score de l’extrême droite et le possible gain d’une ou deux régions.

Chacun fera porter la responsabilité sur l’autre, pendant qu’une partie des Français auront renoncé à s'y opposer. A quoi bon ? Pour quoi faire ? Cela changera quoi ? Le poison du renoncement et la politique à courte vue fait son œuvre.

Nous basculerons de la crise politique à la crise de la République, quelle que soit l’issue des scrutins et pour les années à venir.

Jean-Chr. Cambadélis

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