Pas de LFI au premier et second tour !
Front républicain contre le RN !
En politique, il est toujours difficile de lutter contre l’impressionnisme. Ce fut le cas lors de la soirée électorale de dimanche 15 mars où, à écouter les commentaires, LFI aurait gagné cette élection. La martingale est toujours la même : après avoir décrété que LFI allait sombrer, alors qu’aucun sondage ne le prédisait, le soir des résultats, déçus, on décrète la percée de LFI parce que le verdict des urnes n’est pas au rendez-vous. Pendant près d’une décennie, ce scénario a été appliqué au Front national. « Magnifique percée », dit Mélenchon, « progression remarquable », soutient Bompard, et tout le monde embraye.
Reprenons : la France insoumise campe sur un électorat radical à gauche qui fait au minimum 10 % dans chaque élection. Il est plus important dans les quartiers et les villes de grande pauvreté. Tout l’art de Mélenchon est de le tenir « éveillé » pour qu’il aille voter alors que la participation baisse. Au-delà de ce score, Mélenchon capte le vote utile à gauche, parce que celle-ci est incapable de penser et proposer son alternative. Plus la base est petite, plus elle est compacte, moins elle s’effondre parce qu’on a décidé que, « parlant mal » ou choquant le bobo land, il devrait s’effacer. Pour le coup, il y a un électorat d’extrême gauche qui refuse d’être soumis. Les quelques percées à Roubaix, Lille, Toulouse, St-Denis ne font pas non plus une tendance nationale. Il s’agit du même phénomène dans un cadre local propice à son expression, et même dans ce cadre de lecture LFI, c’est - 10 à St-Denis, - 6 à Roubaix, - 10 à Toulouse, - 17 à Lille. À part St-Denis et Roubaix, nulle part LFI ne peut gagner seul, et l’union avec elle fait perdre des électeurs au second tour. On ne peut pas être le parti le plus détesté et gagner des élections. Mélenchon s’en moque, son objectif réside seulement dans la tentative de sortir du corner dans lequel il s’est mis. De façon à réintégrer ainsi la gauche, de postuler au vote utile à la présidentielle.
Grâce à une sorte de fixation névrotique sur LFI, la gauche, hypnotisée, ne quitte pas les mélenchonistes du regard alors que le danger de l’extrême droite fond sur elle. Les analystes qui avaient jugé LFI hors-jeu démocratique ne voulaient pas intégrer que les populistes cumulés font 50 % de l’opinion française.
Et c’est ici que réside LA leçon du 1er tour.
Il n’y a plus de spécificité municipale. Comme les élections nationales, la bouderie démocratique touche la participation. Comme les élections nationales, nous assistons à la fragmentation de l’offre politique. Comme les élections nationales, les nationaux-populistes et les populistes de gauche sont sortis de la boîte d’un bipartisme effondré. Comme les élections nationales, les électeurs de droite partagent avec l’extrême droite les mêmes hantises et les mêmes solutions. Alors que les élites à gauche ne veulent voir leur salut qu’en se rendant compatibles avec l’extrême gauche. Comme les élections nationales, l’extrême droite progresse et le champ politique s’atomise.
Cette donnée de la situation politique, se réfractant aux municipales jusque-là épargnées, fait-elle un changement de la nature de la France insoumise ? Qui peut le croire ? Mélenchon s’est voulu discret dimanche soir car il se sait précisément le catalyseur du rejet. Et il sait tout autant que le PS a fait de la dénonciation de l’antisémitisme la clé du deuxième tour à gauche. Les insoumis veulent donner le maximum de chances à des alliances pour briser le rejet dont ils sont l’objet. Et la deuxième partie de la manœuvre consiste, en se maintenant en cas d’échec de l’union, à faire perdre les socialistes. Chacun peut mesurer qu’il est paradoxal de crier au front unitaire anti-fasciste car il y a urgence, et se maintenir au risque assumé de le faire passer. LFI n’est ni une solution pour administrer les villes, ni une solution électorale praticable, ni même une alliance gagnante contre l’extrême droite.
L’accord électoral à Toulouse, surtout dans cette ville meurtrie par l’antisémitisme, est une faute morale et politique. Elle n’a même pas le prétexte de l’extrême droite. Elle est le produit du flou volontairement entretenu par une partie de la direction au PS, où l’on a défendu l’idée d’une rupture nationale et des accommodements locaux. Elle apparaît comme un partage du gâteau municipal et sera instrumentalisée par les insoumis pour dénoncer les candidats socialistes qui, dans la majorité des cas, n’ont pas fait ce choix.
Il faut maintenir une ligne claire : « pas de LFI au premier et second tour », autonomie réformiste au premier tour, Front républicain au second face au danger RN. C’est la solution d’avenir pour la gauche.




