3096 jours de guerre en Europe

OÙ VA LA FRANCE ?

De l’irresponsabilité à la responsabilité de la gauche !

● Macron-Bayrou irresponsables !

● La responsabilité de la gauche !

● Être prêt à toutes éventualités !

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● Macron-Bayrou irresponsables !

Macron et Bayrou nous font une rechute : après le pari de la dissolution, voilà maintenant celui de la confiance. À nouveau, il s’agit de piéger le PS, en tout cas son aile social-démocrate.

Nous avions quitté le Premier ministre en juillet, laissant la France à sa réflexion estivale, après avoir sonné le tocsin de la banqueroute. On allait voir ce qu’on allait observer ; l’été serait celui du « convaincre ». Et puis, rien : le muet du sérail, ni tour de France, ni réunion de travail, ni évaluation des pistes, ni échanges avec les syndicats, ni réunion exceptionnelle de la commission des finances de l’Assemblée, ni interventions des poids lourds du gouvernement, encore moins de G. Attal ou É. Philippe sur le sujet.

Quant au Président, il avait piscine. Pire : le Premier ministre n’eut aucun rendez-vous de travail, un tant soit peu mis en scène, sur le budget de tous les dangers, même pas un entretien à Brégançon.

Et puis tout à coup, après avoir fait refaire son bureau à Pau, fin août, entre les dernières crèmes solaires et le dernier coup de rosé des Français, François Bayrou estime leurs devoirs de vacances insuffisants. Il conclut, après un discours apocalyptique, à un nécessaire vote de confiance sur « l’urgence et le chemin » vis-à-vis de la dette française. Et nous apprend que le président Macron a prêté la main à une nouvelle opération d’autodestruction.

Ô combien minoritaire dans le pays (Macron 75 %, Bayrou 81 % de mauvaise opinion, BVA), l’exécutif s’engage donc dans une démarche plébiscitaire. On croit rêver mais voilà : ils ont concocté ce piège grossier et irresponsable qui se retourne contre leurs auteurs. On spéculait sur le blocage de la France le 10 septembre, Bayrou l’aura programmé pour le 8.

Comment le président de la République, qui se veut être un phare dans les crises du monde, en reconnaissant un État palestinien, dans un bras de fer avec Trump et Poutine, cherchant à relancer l’axe franco-allemand, et confronté à la capitulation de la Commission européenne dans la négociation des droits de douane désastreux pour l’agriculture française, comment a-t-il pu, au même moment, accélérer la chute de son gouvernement, provoquer une nouvelle crise politique, en un mot s’affaiblir un peu plus et affaiblir la France ? 

Comment le Premier ministre, qui nous dit être au pied d’un Himalaya budgétaire, a-t-il pu décider de rester de fait à son camp originel tout l’été à Matignon ? Comment a-t-il pu annoncer le gouffre devant nous et nous y précipiter ? Dès son annonce du vote de confiance, la Bourse dévisse, les taux augmentent et l’ensemble des partis politiques nécessaires au sursaut se retirent sous leurs tentes. Les sondages sont catastrophiques et démontrent une cristallisation du rejet. L’appel à bloquer le pays le 10 septembre profite ainsi d’un deuxième souffle inespéré ; même la CGT, hier prudente, cherche à conjurer l’échec de la journée ; les gilets réactivent leurs réseaux.

Et non content d’avoir jeté le pays dans l’ornière, Bayrou, renvoyé dans ses buts par les syndicats à qui il voulait forcer la main sur l’indemnité chômage, s’en prend avec véhémence et prétention au PS en vacances et aux « boomers ». Bref, c’est la totale ! 

La France peut se retrouver à nouveau sans budget, sans majorité parlementaire, sans équation politique stable et avec une irruption sociale.

Et on ose parler de panache, de pont d’Arcole, là où la fausse manœuvre le dispute au petit calcul : se débarrasser de Bayrou pour l’un ; la fuite… à Varennes pour l’autre. Pathétique.

Nous entrons dans une spirale critique avec la combinaison de la crise financière et politique. La plaisanterie nous coûte une augmentation des taux, réduit nos marges de manœuvre entre austérité nourrissant le ressentiment du peuple et instabilité gouvernementale nourrissant le ressentiment des marchés. Ce serait le lent étranglement par les taux.

C’est donc le blocage jusqu’à la présidentielle : une longue crise rampante et récidivante où la France peut à chaque instant basculer dans le KO.

L’immobilisme agité est la forme de cette crise. Chaque jour, chaque heure, un événement, une déclaration ricoche sur une autre dans un carrousel infernal où tout le monde se voit mouche du coche, l’œil rivé sur les fils d’info et les tweets. Et pourtant, rien ne bouge, rien ne peut bouger : la France est dans un « pat » magistral.

La politique devient alors un gigantesque théâtre d’ombres, pendant que le pays s’abîme lentement sous l’œil consterné des Français qui rentrent de vacances avec le casse-tête des prix.

Un nouveau gouvernement n’aura pas plus de marge de manœuvre et se heurtera au mur budgétaire sans majorité. La dissolution débouchera sur un gouvernement Bardella-Le Pen, où l’extrême droite exigera la démission du Président pendant que l’extrême gauche occupera la rue. La démission du Président ? Il s’y refusera, préférant une crise sans fin à sa propre fin. Il lui reste évidemment les prérogatives institutionnelles qu’il agite comme un drapeau blanc. L’article 16 pourrait, pour le coup, nous faire basculer dans l’épreuve de force entre le Président et le pays, où le référendum, toujours évoqué, jamais réalisé car on n’a pas les questions et les réponses des Français, risque d’être « la porte ».

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● La responsabilité de la gauche

La gauche responsable doit l’être. On peut dénoncer l’irresponsabilité de l’exécutif et faire de même. La gauche ne peut regarder ce désastre à venir les bras ballants. Plutôt que s’évader dans le délice des « scénars » post-8 septembre avec plus ou moins d’improbables arrière-pensées, elle doit entonner la chanson « un autre budget est possible » car la gauche mesure la situation de la France dans un environnement international dégradé.

« Si, en l’état, la gauche ne peut voter la confiance, il y a un chemin pour un autre budget : nous le présenterons le week-end à Blois. » Voilà le discours qu’aurait dû tenir le PS le soir de la déclaration du Premier ministre. Et non fermer la porte d’emblée. Le PS serait devenu la solution et au centre de toutes les attentions, ce qui ne préjugeait en rien de son vote final mais renouait avec sa culture de parti de gouvernement. 

La responsabilité n’est pas un gros mot socialiste. L’effondrement de la culture de gouvernement au profit de la culture de contestation a conduit le PS à considérer la responsabilité comme une adaptation au pouvoir existant. Le populisme de gauche se veut irresponsable car il ne veut pas améliorer la société ou réguler le marché. Son but, c’est la révolution, une autre société que celle-ci. Et donc, tout compromis impliquant plus de justice, plus d’égalité, plus de solidarité n’est pas une concession de l’ordre ancien mais le maintien de celui-ci.

Dans l’instabilité que nous traversons, lutter contre l’effondrement politique du pays est une attitude républicaine ; ne pas le faire sans principe et à n’importe quel prix, mais un pas en avant vaut mieux que mille programmes, disait le respectable vieux Karl.

Entre Macron et Mélenchon, il y a la responsabilité. Celle-ci implique de mesurer la situation financière de la France sans la dramatiser. Le refus de voir la réalité ne l’a jamais fait disparaître, mais le catastrophisme n’a jamais conjuré la catastrophe.

Emporté par l’élan de la dramatisation, le gouvernement a même évoqué l’intervention du FMI. Si on en était là, plus besoin de débattre du budget. 

La situation est grave mais pas désespérée.

La charge de la dette, pour catastrophique qu’elle soit, représente 2,5 % du PIB ; elle n’est pas insurmontable. On ne doit pas confondre redressement de nos comptes et charge punitive contre l’État-providence.

J’ajoute, sans minimiser l’ampleur de notre situation budgétaire — bien au contraire —, que les marchés sont plus sensibles, ou autant, à l’instabilité politique qu’à la capacité de la France de rembourser.

Rien n’est insurmontable et nous devons et pouvons le faire dans l’ordre et la responsabilité.

Ce qui est insurmontable, insoutenable, c’est de proposer au pays une barre à plus de 40 milliards d’euros assise principalement sur les couches moyennes et les salariés.

Le PS a déjà fait face à des situations de ce genre, que ce soit sous la mandature Jospin, après que Juppé eut jugé impossible la qualification à l’euro - non seulement la France le fit, mais elle finit par dépasser l’Allemagne - ou sous le quinquennat Hollande, où l’ardoise des déficits Sarkozy était de plus de 5 % (5,4 exactement) et, cinq ans plus tard, ils seront à 3 %. Chaque année, les déficits étaient réduits de 15 milliards et, pourtant, le CICE fut lancé.

Nous savons faire !

Le PS a travaillé cet été à un autre budget. Il conteste le niveau de la marche et la répartition de l’effort de François Bayrou et le bloc qui le soutient.

On ne peut accepter le refus d’explorer l’imposition des hauts revenus, le barème fiscal, la contribution des entreprises et ses plus de 200 milliards d’aides sans contrôle, et même ma marotte : la TVA. Il y a du grain à moudre.

Évidemment, le patron du MEDEF, Patrick Martin, monte au cocotier avec un cri du cœur, si ce n’est de classe : « Ne touchez pas à l’ISF », et se déclare consterné par l’irresponsabilité des politiques, lui qui avait la clé de la non-censure de Bayrou — ce qui nous aurait évité l’épisode de la confiance — en acceptant le compromis de la CFDT lors du conclave sur les retraites.

On peut lui préférer l’interview de Pascal Demurger, le patron de la Maif, sur France Info, où il estime qu’après avoir profité de la politique de l’offre, il était temps pour les entreprises de participer « un petit peu » au redressement budgétaire. Ajoutant : de toute façon, si on ne fait pas, ça ne passera pas ; on va dans le mur ; on n’aura pas de budget du tout. Ce qui semble frapper au coin du bon sens.

La gauche responsable ne ferme pas la porte de la discussion. Elle la force si besoin. Elle ne joue pas la crise mais les solutions. Il s’agit de tenter d’éviter l’effondrement politique du pays.

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● Se préparer à toutes éventualités.

Sans préjuger du combat pour un autre budget d’ici le 8 septembre, il faut avoir la lucidité de voir que la question de la dissolution et de la démission de Macron sont posées.

Dans les deux cas, ces échéances, si elles intervenaient dans le trimestre, seraient écrasées par la question budgétaire et la dramatisation. 

La dissolution ? Une catastrophe pour la gauche mais aussi pour le pays, avec une victoire probable pour l’extrême droite, la fin du Front républicain, un PS identifié au NFP, et la compétition avec LFI : voilà des données propres à la dissolution parlementaire du PS et un recul majeur de la gauche. C’est la raison pour laquelle il est non seulement urgent, pour le pays, de trouver un chemin budgétaire, mais pour le PS de rebâtir vite une identité de gauche de transformation responsable.

Défendre dès lundi une ligne claire sur un budget de redressement de désendettement praticable et équitable, c’est défendre une identité utile à la France, y compris en cas de dissolution. 

Nous sommes dans une situation de dérapage incontrôlé due à la dissolution ratée, une absence de majorité, et maintenant le vote de la confiance, le déclenchement du mouvement social à partir du 10 (hé ho les amis, grève à Radio France puis dans l’énergie puis à l’AP-HP, et puis la journée du 13), un exécutif qui ne sait où il va, et des acteurs politiques passablement énervés qui courent en tous sens en disant « pin-pon pin-pon ». Mais, bon, avant la dissolution il y aura bien des épisodes. D’ici au 8 septembre, les propositions socialistes doivent être portées et le résultat mesuré pour décider. La balle est dans le camp de l’exécutif et la chute de Bayrou en dépend. Après ? Après, c'est un autre jour, et nos propositions budgétaires doivent être la boussole des socialistes quels que soient les événements. Ni se pousser du col ni rester sur l’Aventin : seules nos propositions comptent.

C’est ce qui permet de passer la zone des tempêtes sans démâter et d’aborder une possible dissolution.

Mais, soyons-en certains : la victoire prévisible de l’extrême droite à cette occasion accélérera la question de la démission de Macron et une Assemblée à nouveau ingouvernable tout autant.

La présidentielle anticipée devient donc de l’ordre des possibilités.

Le PS n’est pas prêt, nous dit-on. Eh bien qu’il s’y prépare, et vite. Il ne s’agit pas d’entonner « 10 ans, ça suffit » comme en 68 avec De Gaulle — d’autant que cela s’est mal terminé —, mais de ne pas faire l’autruche.

Cette question est objectivement posée. Peut-on laisser la France ingouvernée, ingouvernable, s’enfoncer dans des déficits devenant ingérables ou à ce point contraignants qu’ils oblitèrent la décennie à venir ? Puis 68 % des Français sont favorables à la démission du Président : peut-on s’asseoir dessus, sachant que le refus d’y répondre nourrit les populistes ? Voilà ce qui va surgir dans une opinion fatiguée par le spectacle et travaillée par les populistes de toutes sortes dans un sauve-qui-peut général.

La démission : le RN et LFI la demandent officiellement, et combien la souhaitent en enfilant leurs chaussures ? Jean-Luc Mélenchon, qui joue à la crise révolutionnaire, propose même une procédure en ce sens le 23 septembre. Évidemment, il espère instrumentaliser le 10 septembre pour la démission de Macron. Cela va être sympa pour le nouveau gouvernement s’il est nommé.

Nous aurons de la chance si nous échappons aux comités pour la démission après cette journée.

Une chose est de réclamer la démission avec les populistes, une autre de comprendre que tout, dans la situation, y conduit. Le PS doit maintenant indiquer « ne pas le souhaiter mais s’y préparer ». Ce qui, au passage, tord le cou aux rumeurs du macronisme patenté du PS.

 

Le campus de Blois du Parti socialiste, cette fin de semaine, clôturait la quinzaine de la gauche (LFI, écologistes, Parti socialiste). Il n’en fut pas là. Mais, cette rentrée au galop budgétaire a été percutée par l’annonce de Bayrou.

Il y avait bien une ambiguïté stratégique lors de ce rendez-vous sur les bords de la Loire : d'abord, la glorification d’une gauche sans Mélenchon mais également sans Glucksmann, sans Hollande, sans 50 % du PS ; et, un budget de sortie de crise qui n’a l’aval d’aucun des acteurs « du périmètre de Bagneux » et dont aucun, par ailleurs, ne s’est prononcé pour un gouvernement sans Mélenchon.

Cette contradiction donne des bizarreries conceptuelles : se rendre à l’invitation de F. Bayrou pour lui dire que l’on ne votera pas la confiance. Alors pourquoi s’y rendre ? On a compris que la terreur de passer pour des crypto-macronistes guidait ce pas de clerc. Mais, alors, pourquoi dire ensuite « nous sommes prêts » — à gouverner, je suppose ! Mieux : « nous sommes les suivants », induisant une forme de continuité. Si on veut être les suivants, c’est obligatoirement dans une ouverture aux macronistes, voire avec le bloc central — bonjour Retailleau — pour assumer le moment, alors qu’on ne veut même pas discuter avec Bayrou. Et puis, est-on sûr de le vouloir ? Je sais bien que, pour les mauvais dialecticiens, tout est dans tout et réciproquement, mais là, cela tient du caméléon sur une couverture écossaise.

On a un budget, des points forts, et on soutiendra tout pas en ce sens ! Maintenant avec Bayrou, demain pour une non-censure pour un autre, après-demain pour « un gouvernement de sauvegarde républicaine » lors d’une dissolution. Bref : utile, cohérent, responsable et de gauche.

Sinon, ils vont avoir l’air malins, mes amis socialistes, si Bayrou disait : « Enfin, le PS a fait un pas en déclarant qu’il faut 23 milliards d’économies. Moi, j’en propose 44 : discutons ; je suis prêt à demander au Président de surseoir au vote de confiance. »

 Cette attitude dommageable pour le PS et le pays a une raison politique.

 La gauche est divisée en trois tronçons :

- la gauche mélenchoniste,

- la gauche non mélenchoniste ouverte à Mélenchon,

- la gauche anti-Mélenchon.

 Le problème est que Mélenchon est partout et la gauche nulle part.

La question reste toujours la fin de l’emprise du leader de La France insoumise. Le problème s’est simplement déplacé : le PS ne veut pas rompre avec les écologistes qui ne veulent pas rompre avec Mélenchon.

O. Faure s’acharne malheureusement à vouloir être désigné à la charge suprême par ce conglomérat néo-mélenchoniste qui ne le désignera pas. Et toutes ses décisions sont subordonnées à la nécessité de ne pas braquer cette gauche militante pour arriver à ses fins. Petit problème : cette gauche refuse de rompre avec Mélenchon et R. Glucksmann n’en veut pas.

À un moment donné, il faut quand même affirmer une autonomie stratégique face à ces ambiguïtés stratégiques qui finissent toujours par retomber sur la case Mélenchon.

C’est donc aux sociaux-démocrates de relever le gant. Glucksmann, Cazeneuve, puis, dans le PS, Nicolas Mayer-Rossignol, Hélène Geoffroy, leur.e.s ami.e.s, et, avec de plus en plus de force, F. Hollande, appellent à rompre avec la mélenchonisation des esprits : c’est un début. Il leur revient maintenant d’ouvrir une perspective. C’est cela aussi, être responsable.

À dimanche prochain.