5075 Jours de guerre en Europe

Spéciale primaire du pôle socialiste.

1/ Comment nous en sommes arrivés là ? 2/ La nature de la primaire  3/ O. Faure 4/ R. Glucksman 5/ François Hollande

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1/ Comment nous en sommes arrivés là ?

Les Français sont inquiets. Quand ils regardent la droite ils ne sont pas rassurés et à gauche ils sont désespérés. L'extrême droite n'en finit pas de monter et l'extrême gauche de s'imposer. Ils sortent d'un été rythmé par les incendies et les canicules et rentrent dans un quotidien vertébré par leurs difficultés financières. La France tutoie la banqueroute. On leur annonce que la guerre est à leur porte, ou qu'une vague migratoire déferle sur l'Europe via l'Espagne, la sécurité n'est plus assurée alors que le chômage repart à la hausse. Et on leur dit « souriez tout va changer » ceci dans un brouhaha d'une multitude de candidats à la présidentielle manifestation évidente d'une forme de décomposition politique. Le nécessaire débat français a besoin d'ordre, de sens et de solutions. Malgré une primaire de la Gauche obtenue de haute lutte rien ne dit que ce soit le cas. Pourquoi ?

La décantation à gauche est entamée mais nous ne sommes pas rendus. La Gauche est divisée sans force propulsive scotchée à 30 % Mélenchon compris, même si elle progresse un peu sous le double impact de ce dernier et de R. Glucksmann.

Le cheminement sous les fourches caudines des insoumis a coûté cher en termes d'éthique et de politique dans l'esprit des Français. Il suffit de lire le deuxième tour des derniers sondages qui désespéreraient les usines Renault par temps de lock out.

Mais ça y est, la primaire dite de Bagneux c'est-à-dire néo mélenchoniste est normalement enterrée. Le dernier « re jeux » de la Nupes et du NFP ne verra pas le jour. Que ce fut long cette différenciation. Que ce fut pénible le caserne du populisme de Gauche avec ses « gardes-chiourmes » et leurs oukazes. Que ce fut salissant cette succession de reniements sur la République, l'antisémitisme, la culture de gouvernement. Une primaire vient d'en chasser une autre, mais la politique c'est comme la vie le retard accumulé ne se rattrape pas. Et cette primaire de la Gauche socialisante tant attendue tant espérée, parce que seul un social-démocrate peut rassembler les Français et battre l'extrême droite. Cette primaire donc, du PS et de Place publique est pourtant une demi-primaire et risque de ne pas avoir l'effet escompté. On ne s'est pas donné les moyens ou on n'a pas voulu « le tous ensemble socialiste » et on a construit un dispositif dont on savait qu'il serait amputé. Tout simplement parce que l'énergie s'est concentrée pour la primaire ouverte à Mélenchon et qu'il était nécessaire pour ce faire de marginaliser ceux qui depuis le début veulent la rupture avec la France insoumise. Et de fait il manquera à ce rendez-vous F. Hollande B. Cazeneuve ou Karim Bouamrane. Il a semblé impossible aux initiateurs de reculer celle-ci fin novembre. On peut le regretter ou le condamner mais c'est un fait. Être partisan n'exclut pas la lucidité. Et l'on a construit ainsi un boulet au pied du vainqueur de la primaire socialisante. Il faudra que ce dernier ferraille contre les macronistes et Mélenchon pour accéder au second tour mais on le comparera avec les offres sociales-démocrates hors les murs. Et ceci sous les bombes des sondages où nous allons vivre un "automne populiste" du RN et LFI profitant de l'absence de candidat unique dans le bloc central et à la gauche réformiste Pour le gagnant de la primaire Place publique-PS son rendez-vous, son moment de vérité, sera en décembre-janvier. Soit il se sera imposé et il lui faudra faire les gestes pour rassembler la famille. Soit il sera scotché à un score médiocre et il lui reviendra d'avoir le courage de trouver une solution de Rassemblement. Car encore une fois la candidature d'un social-démocrate est une question stratégique : il lui faut devancer Mélenchon et être au deuxième tour ou suffisamment haut pour imposer dans les deux cas le front républicain. Cela ne fait pas un programme nous dit M. Bompard. Certes mais cela fonde un vote utile.

2/ la nature de la primaire

Le pataquès sur la charte de la primaire ou selon certains Glucksmann aurait souhaité qu'il soit clairement spécifié qu'il n'y aurait plus d'accord avec LFI et ce n'est pas le cas. Ou selon d'autres Faure souhaitait que soit spécifié un dialogue possible avec les insoumis et Glucksmann a obtenu qu'il n'en soit pas question. En tout cas cela a débouché sur une primaire aux contours neutre sur la question en surplomb des autres à gauche : le rapport à Mélenchon. Ce non-dit va brouiller l'image de ce Rassemblement et pourrait être préjudiciable à la dynamique.

Cet épisode indique que :

Si Glucksmann l'emporte il y aura une grosse minorité qui continuera à espérer une main tendue à LFI. Avec comme cache-sexe éviter que les écologistes sautent dans les bras du leader des insoumis. Si Faure l'emportait il est peu probable que les partisans de R. Glucksmann suivent cette inclinaison. Il est vrai que la dernière sortie de Rima Hassan contre les juifs « riches » qui contrôlent les médias lors de l'université de LFI, du Le Pen dans le texte, a de quoi révulser, écœurer un homme ou une femme de Gauche.

Il y a d'autres obstacles sur le chemin d'une primaire réussie. Le peu de temps alloué aux débats du 15 septembre au 11 octobre avec les élections sénatoriales au milieu. Cette absence de rendez-vous, de débats, de confrontations pour se faire une opinion va rendre l'exercice pas aussi audible qu'il eût été nécessaire pour marquer les Français.

Le temps imparti à l'inscription sur la plateforme pour voter ne devrait pas permettre les 3 millions ou 2 millions de votants des précédentes primaires socialistes. Et je n'evoque pas les 15 euros qui précisément sont là pour dissuader l'adhésion à la primaire. L'entre-soi semble garantir le résultat mais réduit la primaire à un congrès du PS ouvert à Place publique.

Le débat sur le budget fin septembre va percuter le gagnant. J.-L. Mélenchon a déjà annoncé la censure et O. Faure gagnant ou perdant n'en sera pas loin. Il annonce déjà la censure.

Les écologistes vont suivre d'autant que les courants Génération et Après s'apprêtent à rejoindre les insoumis.

Il est souhaitable que les députés socialistes ne provoquent pas la crise. Mais en cas de victoire de R. Glucksmann le PS sera divisé et cela va handicaper ce dernier devant l'opinion. Et si Faure est le champion il restera collé à l'esprit du NFP.

Personne ne peut mesurer à cette étape les conséquences de ce débat sur la censure. En tout cas elle fera de Mme Le Pen la maîtresse des horloges. Merci Mélenchon !

Il y a de nombreux candidats à la primaire socialisante. J'ai déjà fait le portrait de Jérôme Guedj, de Philippe Brun et Karim Bouarane pronostiquant qu'ils seraient la « relève ». Je ne me suis pas trompé. Ils sont sous une forme ou une autre candidats. Ils vont démontrer leur talent et seront les révélations du moment. Ce qui est la preuve que cette Gauche a de la ressource. Avec quelques autres, l'avenir leur appartient dans la grande confrontation avec l'illibéralisme national populiste d'extrême droite. Il nécessitera de l'énergie, du courage, du nerf et de l'inventivité : ils en ont à revendre dans un parti revenu de tout. Mais ce n'est pas leur faire injure que de se concentrer sur 3 acteurs déterminants pour la séquence présente étant entendu que Bernard Cazeneuve veut volontairement se situer ailleurs et Ségolène Royal voit dans sa candidature une réparation à l'offense qui lui fut faite.

Qui d'Olivier Faure, Raphaël Glucksmann ou François Hollande sera au final sur la ligne de départ ?

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3/ Faure ?

Sa force est d'être premier secrétaire du PS ; sa faiblesse est de l'être.

C'est peu de dire que cette primaire lui fut imposée. Le premier secrétaire était pour une primaire de Glucksmann à Ruffin sachant que Glucksmann était contre. Il pensait pouvoir s'y présenter, certain qu'ainsi les sociaux-démocrates n'en seraient pas. Et il n'excluait pas de l'emporter en tout cas de bien figurer.

Ne pas être candidat à la primaire socialisante c'était pour O. Faure, disparaître. Être candidat c'est la quasi certitude d'être battu. Il est lucide et n'a pas oublié qu'il fut le monsieur opinion du premier secrétaire F. Hollande. Mais comme toujours au fur et à mesure du combat on y croit. En tout cas, O. Faure a plus d'un tour dans son sac et il ne va pas laisser sa place. Il compte bien jouer sur le patriotisme socialiste toujours vivace dans le tout petit périmètre des adhérents socialistes.

Il y a eu beaucoup de « Faure » en politique. On ne peut rapprocher Olivier Faure de Félix Faure : ce serait inconvenant. On aurait mauvaise grâce à le comparer à Paul Faure l'homme de l'appareil de la SFIO pacifiste de 1937 à 1940 qui mit Léon Blum en minorité sur l'attitude vis-à-vis de l'Allemagne nazie. Il ne vota pas les pleins pouvoirs à Pétain car il était absent mais s'interrogea sur sa participation à son gouvernement. Le premier secrétaire n'a jamais eu ce penchant. On ne peut non plus comparer Olivier à Maurice dont François Mitterrand me disait « c'était le meilleur et le plus brillant d'entre nous. Mais il préférait sa tranquillité » il fut brièvement garde des sceaux en 81, mais il était trop épicurien pour trouver une parenté politique avec le député de Seine-et-Marne. Par contre comment ne pas penser à un Edgard, Edgard Faure qui aurait troqué la pipe contre la « vapoteuse »

L'ancien président du Conseil, à la fois radical et ministre gaulliste était disons « ondoyant ». Il disait : « Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent » et lutter contre le vent ce n'est pas le genre d'O. Faure. Il sait par contre parfaitement le prendre. L'auteur de la bande dessinée « Sego François papa et moi » en 2007 est sous des dehors placides, assez joueur. Il peut tout à la fois gagner un congrès à gauche toute à Nancy, faire tout son possible pour être premier ministre de Macron à la suite de Barnier et Bayrou au point de réprouver B. Cazeneuve, puis faire ami-ami avec S. Lecornu pour s'imposer comme la figure centrale de la négociation du budget, mais mais mais appeler à voter LFI au deuxième tour des municipales après avoir déclaré qu'il ne le ferait jamais. Cela ne s'arrête pas là : il peut dire à la suite qu'on l'y reprendrait plus et voter la censure avec les écologistes, les insoumis, ou envisager à nouveau l'union avec lFI aux futures législatives. Son problème est là ! Il n'est pas maladroit mais plus personne ne le croit. Et si la victoire contre Marine Le Pen implique le front républicain, qui peut croire qu'il résistera à l'appel de Mélenchon aux législatives. Ceux qui n'excluent pas cette possibilité ne sont plus majoritaires au PS si jamais ils l'ont réellement été. Faure était déjà virtuellement minoritaire au congrès de Marseille si N. Mayer-Rossignol n'avait pas fait le pari de la cogestion avec le premier secrétaire. Faure était encore minoritaire au congrès de Nancy si Boris Vallaud ne lui avait pas apporté son soutien. Faure a perdu le vote sur la primaire ouverte à Mélenchon le 9 juillet mais refuse à Glucksmann une phrase dans la charte de celle-ci, indiquant qu'il « n'y aurait pas d'accord avec LFI aux législatives » au nom du fait qu'il ne faut pas insulter l'avenir et qu'il n'a qu'une étoile polaire dans sa vie « Marine Tondelier ». Le sens tactique du premier secrétaire n'est plus à démontrer. Si l'on voulait s'en convaincre il suffit de se reporter à ses déclarations ce week-end demandant à F. Hollande de rejoindre la primaire, lui qui n'avait pas jugé utile de lui téléphoner avant, pour choisir ensemble la date de celle-ci. Cette mini-polémique a pour but de faire exister Hollande à l'extérieur de la primaire pour mieux banaliser, voire minorer Glucksmann à l'intérieur. Malin, malin. Et ce « tu n'as pas perdu la main » à F. Hollande lorsqu'il le croise devant une myriade de journalistes. Rrooohh ! Quant à sa parabole sur le fait que personne ne prendra la place du mort dans le corbillard, en cas d'échec du gagnant de la primaire. C'est oublier que le mort, lui, sera tout à fait disposé à laisser sa place. N'est-ce pas ce qui importe dans notre affaire ? Après, je crois que certains s'occuperont à revenir de la maison des morts. Faure a une limite à ce fameux sens de la manœuvre, la nature répulsive d'un Jean-Luc Mélenchon et des écologistes sans boussole. Il ne pourra pas reproduire cette fois l'exploit dans la primaire.

Être premier secrétaire et arbitrer mille et un sujets entre des « moitrinaire » à l'ingratude chevillée au corps et ça use. Il aspirait à en sortir par le haut en étant candidat à la présidentielle. Il s'était convaincu en marchant mais il se sait normalement aujourd'hui perdu. Son objectif est d'atteindre le second tour : il fera tout pour que la multiplication des candidatures le permette. Et vous n'êtes pas au bout de vos peines. Il est prêt à laisser concourir F. Ruffin ce qui ouvrait la porte à Tondelier. Regardez comment il a accueilli Ségolène Royal à Blois mieux que Glucksmann en tout cas. Et les cafés face à la halle aux grains de Blois bruissaient de l'arrivée imminente de M. Pigasse dans le game. Alors la réunification de la primaire de Bagneux et celle de Blois Je plaisante à peine : maintenant que la charte de la primaire exclut toute délimitation vis-à-vis de LFI, tout est possible. Faure a mis le pied dans la porte et un coup d'épaule est si vite arrivé. Malin, malin, malin. Et si ce n'est pas le cas, c'est probable mais plus par la volonté des autres que par celle du premier secrétaire. Il pense qu'une palanquée de candidats lui ferait profiter d'un TSG « tous sauf Glucksmann » au premier tour de la primaire.

Mais il le sait il ne résistera pas au second tour au vote conjoint des sociaux-démocrates et de Place Publique. Comme dans le sketch de Robert Lamoureux à propos d'un canard increvable, le « toujours vivant » semble son seul credo. Et il le sera au lendemain de la primaire et sur le porte-bagages du gagnant. Et m'est avis qu'il n'a pas fini de vouloir lui indiquer où tourner.

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4/ Raphaël Glucksmann ?

Sa force, ce sont les sondages, qui sont sa faiblesse

Le favori de la primaire est une sorte de Stromae de la politique, un candide, un pur esprit embarrassé par un corps désespérément long un peu gauche. Comme le chanteur belge il est d'emblée attachant avec ce body langage réservé, qui souligne l'homme intègre dans un jeu truqué. Un honnête homme au point de paraître fragile n'est pas pour rien dans son succès. Cela lui joue aussi des tours. Par exemple lors de ce fameux débat sur LCI avec Éric Zemmour, qui fit couler beaucoup d'encre et en a refroidi plus d'un. Ce n'était pas tant ce qui fut dit, c'était ma foi fort juste et de bonne qualité, mais cette scène centrale où se joua le match. É. Zemmour littéralement couché sur la table l'invective et le mépris aux lèvres, l'œil noir de colère assenant le bien vivre sous le régime d'Orbán en Hongrie en comparaison aux viols, meurtres et autres agressions des migrants en France. Et notre « Raphaël » recula insensiblement le corps sous les coups de boutoir du polémiste d'extrême droite qui avait visiblement préparé son coup et citait à la suite le nom des criminels. Glucksmann se redressait sur son siège, jetait des regards en tous sens au point d'apparaître dans les cordes. L'image fit mouche et l'on condamna le député européen à tort sans un mot sur celui qui crut habile de rabaisser la France a la Hongrie illibérale.

Les professionnels de la politique tiquèrent tout autant à son refus d'obstacle le soir des élections européennes laissant le terrain à Tondelier, Faure et Mélenchon bien décidés à le mettre au bord du chemin après son succès décisif aux européennes. Seul face au but vide et ne pas marquer pour remporter le match du leadership frappa les esprits. Les mieux disposés soufflèrent « il faut l'entourer » Les Français, eux, n'ont pas oublié que Glucksmann fut certes très loin de Bardella mais redonna des couleurs à la gauche réformiste.

Les spécialistes de la communication font aussi la moue à cette une de Paris Match au cœur de l'été alors que la France brûle. Raphaël Glucksmann est dans l'eau donnant un baiser goulu à son épouse. Évidemment accolée en une de Macron en jet ski, la nouvelle imitation en ado des plages du président, il y avait de quoi brouiller les messages. Ce n'était pas « baisers volés » de Truffaut, Léa Salamé n'est pas Delphine Seyrig, encore qu'il y ait du Jean-Pierre Léaud chez Raphaël Glucksmann. On devine le message subliminal, l'annonce du sacrifice par amour, la carrière de l'une pour celle de l'autre. Cette tendresse attentionnée nous ne la retrouverons pas dans sa déclaration de candidature sur TF1. Le stress, sans doute. Bien, bien, bien, alors on danse ?

On aurait tort d'arraisonner le député européen à son passé avec cette campagne qui pointe sur les réseaux sociaux. Sa vie antérieure ne présente aucun intérêt pour définir le candidat d'aujourd'hui pas plus que celle de F. Mitterrand n'a perturbé sa campagne. Ce serait tout autant faire fausse route que réduire le patron de place publique à un cliché, à une sorte de naïf tout droit sorti d'un roman de Paul Guth.

Lorsqu'on a en tête ses tweets un peu vachards en 2016 à l'encontre de François Hollande : # Énorme gâchis # F. Hollande Cohérent ou les applaudissements goguenardss le 1er déc. 2016 à la déclaration du président de ne pas se représenter. Pour un observateur attentionné la star des réseaux sociaux grâce à son combat pour les Ouigours montrait déjà le bout de son nez. Il avait quelque chose en tête que sa Chronique dans l'OBS révéla. Il fut si fier de ce papier qu'il en fit un tweet le 16 juin 2017. Le « poulet » est sobrement intitulé Ci-gît le PS 1971 / 2017. Le futur fondateur de place publique y présente son dessein. Passons sur son attaque à mon endroit brocardé pour avoir dit que le « PS reviendrait en se reformulant ». Au passage je persiste. Passons aussi ce « Félicitations au Président Macron d'avoir intégré Nicolas Hulot au gouvernement » Tout cela est l'écume des choses. L'idée, le fond, est celui-ci : « le PS et les Verts ont vécu qu'ils n'empêchent pas en refusant de mourir la Gauche de renaître » ou encore « Pour que naisse quelque chose il faut que quelque chose meure ce quelque chose c'est le PS ». Cette profession de foi n'annonçait pas un bouche-à-bouche sur un cadavre à la renverse. Il asséna dans un débat « aucune de mes connaissances qui a réussi quelque chose dans son existence n'est prête à prendre sa carte au Parti Socialiste » Et de fait R. Glucksmann se construisit dans un dégagisme du PS et des Verts. Place Publique au départ c'était cela et c'est ce qui explique d'ailleurs la méfiance de « vieux partis » à son endroit. Cette orientation de substitution fit son succès, en tout cas provoqua l'intérêt. Par un coup de pied de l'âne du destin le voilà dans le PS via une primaire et c'est maintenant F. Hollande qui fait l'extérieur. On peut être perplexe sur cette inversion Je me prends parfois à penser « qu'est-ce qu'il a été faire dans cette galère-primaire » si ce n'est être l'instrument de ceux qui veulent virer O. Faure. Ce qui d'ailleurs n'arrivera pas. Battu ce dernier restera les deux pieds les deux mains sur le cassette au nom des législatives à venir comme il l'avait fait pour Anne Hidalgo. Mais pour Glucksmann le projet reste le même : l'OPA. Il n'est pas étonnant qu'il soit en convergence avec Y. Jadot. Ils partagent l'idée de substituer au PS et aux Verts un nouvel ensemble, un nouvel alliage. Et voilà une martingale qu'il va falloir enseigner dans toutes les écoles de commerce « une OPA financée par la cible » ce n'est pas banal. Mais bon, le PS après son concubinage avec Mélenchon est à ce point faible qu'il faudra une refondation quel que soit le sort des élections. Il me semble par contre difficile de mobiliser les énergies partisanes nécessaires à une présidentielle en indiquant « à la fin vous êtes morts » comme le suggère Y. Jadot avec son initiative parallèle à la candidature de R. Glucksmann. Il n'était pas impossible de faire autrement avec une alliance ou la fusion dès la dissolution, voire la proposition d'un comité de liaison comme le fit Hélène Geoffroy. Ou a contrario se maintenir en lisière, manifester la clarté vis-à-vis de LFI, et profiter de sondages corrects. Là, nous sommes dans l'urgence d'une primaire à « l'arrache » ce qui explique l'absence de contenu et de consensus chez les réformistes.

R. Glucksmann, s'il passe sans encombre les débats de la primaire devrait être désigné. Attention toutefois à ce que la taxation des super-héritages avec son questionnement à quel niveau ? Quel est le rendement ? Est-ce constitutionnel ? ne devienne pas le revenu universel de Hamon ou la « grosse » augmentation des salaires des enseignants pour Anne Hidalgo. La fausse bonne idée qui déstabilise le début de campagne. Il sera élu, même si la campagne interne va être rude. Au-delà de ses qualités la promesse sondagière à 10 % alors que F. Hollande est à 8 % et le reste sous les 5 %, devrait suffire à convaincre. Dans la gauche réformiste - électoralisme oblige — on choisit toujours celui qui peut l'emporter. Une seule exception : 2016 où la primaire tournera dans la confrontation B. Hamon et M. Valls autour de quel type de Gauche. B. Hamon l'emporta grâce à quelques renforts extérieurs, débuta à 18 % et termina à 6 % une fois qu'ils se furent retirés. L'électorat socialisant est sensible à ce statut dans les sondages. Si R. Glucksmann accroche une dynamique, et c'est possible, cela dépend beaucoup de lui, alors la candidature s'installera. Sinon le soutien se dérobera. C'est la dure leçon de la présidentielle sous la Ve République dans ce moment de basse eau idéologique et politique. Anne Hidalgo s'en souvient encore.

Enfin le programme devra être robuste et passer le crash test de la primaire. Car, à un moment donné, il faudra bien parler programme et peut-être s'expliquer sur sa demande d'annuler la dette. C'est ballot, car Mélenchon qui sait que cela n'est pas pratiquable par la BCE n'apporte rien à la France et surtout la fragiliserait auprès de nos créanciers, a décidé d'en faire la muleta à agiter sous nos naseaux. Mais la précieuse Aurore Lalucq a déjà fait un sort à cette initiative dont elle était responsable. La situation ne s'y prête pas, dit-elle. Oups ! On n'est pas passé loin de la correctionnelle.

Dans ce débat programmatique, il aura face à lui de redoutables spécialistes budgétaires Philippe Brun et Jérôme Guedj et même le brillant E. Maurel qui fait quand même un retour spectaculaire vers la vieille maison. En guise de bienvenue, on a d'ailleurs envie de lui susurrer la scène de Raimu dans le Boulanger « c'est maintenant que tu reviens Pomponette »

Pour le reste, la première sortie avec Jadot visitant les éoliennes était-elle bien vue ? Il ne manquait pas d'élus socialistes le soutenant pour un premier geste amical sur une question de terrain. À un moment, il faut choisir : ne pas imaginer faire sans les socialistes ou les snober. Et si la question de l'écologie est objectivement celle de l'humanité et son urgence est évidente surtout après les incendies — est-ce que les Français l'entendent ainsi en cette rentrée ? H. Emmanuelli avait mis en garde B. Hamon : « campagne écologiste, score écologiste ».

Un autre sujet va rapidement surgir : « au second tour s'ils sont qualifiés, entre Mélenchon et Marine Le Pen vous choisissez qui ? ». On a vu Nicolas Mayer-Rossignol un des soutiens du député européen, qui n'est pas le plus maladroit, en très mauvaise position sur LCI finissant par donner un brevet de gauche à Jean-Luc Mélenchon. Mais il faudra aussi et peut-être surtout répondre à la question stratégique : Nouvelle union de la Gauche ou Front républicain. Car, accéder au second tour c'est se confronter à ce problème. Et puis, où est la majorité législative de R. Glucksmann ? Et là encore c'est un choix stratégique cornélien. Faut-il bâtir une nouvelle gauche avec ses propres candidats qui est donc le projet initial ? Ou faut-il conforter les appareils en soutenant une bonne vieille alliance PS-Verts-PC-PP. À moins qu'il soit nécessaire de faire le grand saut en défendant un front républicain. Alors à défaut de danser avec Stromae, chantons avec lui « Tu étais formidable, j'étais formidable Alors, rendez-vous ? »… en décembre.

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5/ François Hollande

Sa force, c'est d'avoir été président ; sa faiblesse est d'avoir été président

François Hollande ne sera candidat que s'il peut l'emporter face à Mélenchon puis Marine Le Pen. Et si cela s'avérait un combat jouable, que son camp ne pouvait pas le jouer, il relèverait le gant. En attendant, il se prépare c'est-à-dire qu'il fait tout pour être dans cette situation. Son arène, son horizon, c'est la France. Il ne veut pas être et ne peut pas être dans la même temporalité que ceux qui veulent être le champion d'une partie de la gauche. Il en est le candidat naturel par le statut qui fut le sien mais un candidat contrarié par plusieurs questions majeures dont l'État de la gauche, divisée qu'elle est, entre la Gauche militante qui fait la loi et la gauche électorale prête au vote utile au-delà de ses frontières.

S'il y a du Tartarin dans Jean-Luc Mélenchon, il y a du Cyrano chez François Hollande. Étonnés ? Suivez-moi.

Formidable bretteur, il a le mot juste et à la fin de l'envoi il touche ! Non ? On se souviendra du « Moi Président » qui laissa interdit Nicolas Sarkozy. Il est plus tirade des « Merci » que celle du « nez » plus Pierre Dux que Jean Piat ou les inégalables Depardieu et Weber, j'en conviens. Mais comme le héros de Rostand, sa faconde transcende le physique et ces traits d'esprit sont autant des traits critiques qui « touchent ». Il a de l'appétit le bougre et fait rire comme Cyrano, trousse la rime comme Rostand et trouve toujours le chemin « du fil de l'épée ». La manière dont il s'imposa aux législatives, grâce à quelques subterfuges au NFP qu'il combattait, en est l'indice.

F. Hollande est un orateur aux accents mitterrandiens. C'est le seul à supporter la comparaison avec Mélenchon là où ce dernier est dans le registre de la colère, le tonnerre des ténèbres, pour ne pas dire la fureur d'un Savonarole appelant constamment « les aristocrates à la lanterne ». Le député de Corrèze est, lui, dans l'humour. Mouillé d'acide aurait dit Charles Aznavour.

Cette agilité intellectuelle, ces pirouettes sans courbettes, cet abord facile sans ostentation, l'ont rendu à nouveau populaire. Très bien, et Roxane me direz-vous ? Sans rentrer dans son jardin secret, en politique c'est la France. Il est profondément attaché à la France, à ses terroirs qu'il a sillonnés en tous sens. De tous les candidats à gauche, c'est le seul en « 40 ans de carrière » à avoir fait ce parcours initiatique. Il aime à ce point la province qu'il s'y est établi. Qui achète une maison de vacances à Tulle ? C'est cet ancrage qui avait entre autres conduit J. Chirac à le choisir comme candidat. Tout cela fit de lui un président de la République. Mais aujourd'hui ? Parmi les candidats, il est le seul à avoir eu cette onction populaire. Et donc l'expérience de l'État qui l'accompagne. C'est incontestablement un atout dans ce basculement du monde qui inquiète tant les Français. Mais il a un bilan tant sur le plan humain — gouverner, c'est obligatoirement être ingrat et blesser des susceptibilités — et, en retour, les rancœurs dues aux manquements sont tenaces. Et il a aussi un bilan politique qui, même s'il a été réhabilité par les « années terribles » de Macron, est à la base d'un préjugé massif chez les élites, les politiques, les journalistes pour qui son « bilan est son boulet ». Ceci est aussi très ancré dans la gauche militante, certes minoritaire dans la Gauche électorale, mais elle parle fort. Tout le paradoxe est là : il est redevenu l'une des personnalités préférées mais il doit briser le plafond de verre d'un préjugé. Les Français l'ont maintenant « sous le coude » mais ne sont pas à l'heure du choix. Trop de candidats, trop tôt, trop peu de visibilité sur les programmes et trop peu de certitude sur le vote utile. Alors défions-nous des « génies de village » qui au bistrot de l'opinion nous disent : « c'est plié ». S'il est maintenant certain que Marine Le Pen sera au second tour, elle est terriblement haute dans les sondages, si les nationalistes font près de 50 %, si les seconds tours sondés sont victorieux pour la championne de l'extrême droite quel que soit le candidat. On ne sait qui l'affrontera, quelle sera sa dynamique ni sur quel programme. Nous sommes entrés dans la décantation, pas encore dans la cristallisation qui sera nécessairement tardive.

Je pense que ceci n'a pas échappé à l'ancien président. Son interview au Point cette semaine le prouve. Il mesure la situation, ses contraintes et les obstacles. Il les aborde avec une certaine décontraction même s'il est inquiet sur l'avenir de la France. Il ne joue pas sa vie politique dans cette affaire alors que la France joue son destin. C'est de là qu'il part et cela le conduit à sortir de sa « réserve » c'est aussi au fond le sens de ses deux initiatives. Un livre qui dresse en creux le portrait d'un nouveau Hollande porteur d'une nouvelle gauche face à de nouveaux défis. L'ancien premier secrétaire propose un programme à rebrousse-poil du programme socialiste. D'ailleurs la députée au parlement européen, Chloé Ridel, qui en était chargée, a immédiatement réagi sur le thème « un socialiste ne devrait pas dire cela ». D'emblée, et bien avant la primaire « il fait la différence » (Forte hausse de la TVA, âge légal de départ à la retraite à 63 ans, allongement de la durée de cotisation, part de capitalisation, priorité au désendettement public, jusqu'à la voiture électrique pour tous à 10 000 €). Le débat est lancé : l'orthodoxie teintée du programme NFP ou la crédibilité de gauche. La rupture ou la soudure c'est-à-dire cliver ou rassembler. Son credo, l'espoir par la confiance, n'est pas commun dans la gauche. Il fait enfin de la lutte contre les 3 déficits son étendard : déficits générationnel, climatique et public. Mais il faut être attentif au fait que ce débat peut en cacher un autre stratégique, celui-là. S'il refuse toute alliance avec LFI, estimant que Mélenchon en porte la responsabilité, il indique « Nous sommes plus dans l'affrontement classique entre la droite et la Gauche » Ce qui veut dire que la défense de la démocratie ne déplace peut-être pas les clivages mais les enjeux. « La bataille ne consiste pas à être le premier d'une gauche qui représente 30 % des électeurs. C'est de former une coalition des bonnes volontés, forme d'union sacrée des citoyens pour la démocratie » dit-il à l'hebdomadaire. Voilà qui est nouveau depuis Épinay. L'objectif serait plutôt un gouvernement Waldeck-Rousseau que Gauche plurielle avec Jean-Luc Mélenchon ministre.

Ce qui démontre que l'ancien président pose son regard plus loin que la présidentielle même s'il ne l'enjambe pas et prépare les socialistes et la gauche réformiste à une révision stratégique. En outre F. Hollande propose un rendez-vous en décembre-janvier pour opérer un rassemblement derrière le mieux placé à gauche dans la compétition présidentielle. Il ferme ainsi la porte à un questionnement : « Si une candidature proche de ma sensibilité s'est imposée avec la perspective de victoire pourquoi viendrais-je troubler la donne ? » C'est donc simple soit le gagnant de la primaire s'impose dans l'opinion et il ne s'y opposera pas tout en ayant en tête le front républicain pour la suite. Soit le « candidat primaire » est en panne, lui, en meilleure forme, et il fera son devoir. Quant à fermer la porte à cette substitution, ce serait dans ces conditions prendre la responsabilité de l'échec mais pas à l'idée d'une « Union sacrée » à suivre. Le pari est audacieux mais pas plus que celui en son temps où DSK, au vu des sondages, le devançant largement. Il avait déjà susurré au directeur du FMI « je ne ferais pas n'importe quoi » ne sachant pas que c'est DSK qui le ferait.

Il faut respecter la primaire mais sortir la tête de son sac. Elle donnera une première indication mais, malheureusement ou pas, ne peut clôturer le débat. On ne peut dire que les partis ne sont plus prescripteurs et penser que leur décision s'impose à l'opinion. Au hasard, l'exemple de B. Hamon est parlant. Le paradoxe de la primaire réside dans le fait que c'est le candidat désigné qui fait le succès de la primaire par son propre succès, comme F. Hollande en 2007. Et non la primaire qui fait le succès du candidat. Celle-ci joue le rôle de clarification des ambitions : c'est un test et un écrémage, mais au lendemain tout commence.

On peut le regretter, mais c'est ainsi. Cette séquence va se dénouer, se décanter dans l'automne. La droite est confrontée au même problème, avec trois candidats du bloc central : Retailleau, désigné par une primaire, mais aussi É. Philippe et G. Attal. Le parallèle de la droite et de la gauche dans un moment où les extrêmes s'en donnent à cœur joie va faciliter l'idée du rendez-vous.

Ce qui doit nous préoccuper est qu'au début 2027 il y ait un candidat unique du pôle crédible de la Gauche, car il n'y aura pas de second tour Mélenchon-Le Pen. C'est un leurre pour induire un vote utile pour É. Philippe dans la Gauche réformiste. Si les réformistes s'unissent, ils peuvent dominer J.-L. Mélenchon et le vote utile changera tout à coup de camp dans la Gauche et dans le pays.

Au final, si je peux donner un conseil, faites votre choix dans le secret de votre conscience. Laissez la primaire se dérouler dans sa pureté cristalline, ne l'attaquez pas (si elle ne change pas de nature), ne déblatérez pas sur celui que vous n'avez pas choisi. Mais préparez-vous à pousser ensemble le moment venu pour le rassemblement des sociaux-démocrates. En attendant, faites-vous les dents sur Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Les réformistes, eux, sont condamnés à s'entendre pour changer la gauche et changer le destin de la France. Ça vaut le coup d'essayer : nous sommes sous le regard de l'histoire.

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À dimanche prochain, où nous reprendrons quelques enseignements de notre histoire.