5015 Jours de Guerre en Europe.

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1/Pourquoi Macron met à côté de la plaque ? ; 2/Pourquoi Faure et Lecornu refusent le 49.3 ? 3/ Répliques

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1/Pourquoi Macron met à côté de la plaque ?


Décidément le président Macron aura toujours été à contretemps dans la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. D’abord dialoguant alors qu’il eût fallu d’emblée être dur, puis dur alors qu’il fallait être dialoguant pour terminer par être dialoguant alors qu’il faut être dur au moment où son chef d’état-major, à l’instar de ceux de toute l’Europe, déclare J - trois ans avant la guerre avec le Kremlin. Du " il ne faut pas humilier la Russie " au, " ne pas exclure d’envoyer des troupes au sol " sans le faire, chacun avouera qu’il y a un certain gap. En même temps, puisqu’il aime cette formule " à dialectique ", l’Élysée prend soin de ne pas contrarier le grand caractériel américain, le président Trump, pourtant à la recherche d’une paix russoaffairiste et tentant de tordre le bras de Zelensky. Dans ce stop and go diplomatique, la proposition d’"échange" avec Poutine vient percuter les mises en garde de Berlin à Moscou, son engagement dans le front contre Poutine. Sans oublier le flou artistique de la France sur les avoirs russes sauvés in extremis par un emprunt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine. Il n’est pas sûr qu’après les papouilles aux quatre coins de l’Europe censées démontrer l’axe Paris - Londres - Berlin, le chancelier Merz apprécie la plaisanterie. Tout cela pour terminer dans le bras de Meloni, hier traité de fasciste, aujourd’hui élevée au rang de sauveuse pour.... gagner un mois à propos du traité " allemand " Mercosur. Pourquoi cette agitation de guêpes dans une bouteille et pourquoi Poutine semble prêter intérêt à la France.

Dans sa stratégie " Pendant les négociations de paix, la guerre continue " le maître du Kremlin a tout intérêt à donner le change et enfoncer un coin entre la France et l’Allemagne enfermant cette dernière avec la Pologne et les pays baltes dans le camp des faucons et la France l’Italie l’Espagne les pays scandinaves dans celui des indécis sachant que la Hongrie là sera toujours son cheval de Troie, la Slovaquie et maintenant avec le populiste A. Babis la Tchéquie prennent leurs distances avec l’Ukraine. Bref, diviser pour mieux bombarder. La peur de fâcher les Américains ? Aucun souci pour Poutine, Trump fait ses courses de son côté en Europe en envoyant un conseiller gouverneur de la Louisiane au Groenland qu’il veut annexer. Et pas un Européen n’a, ne serait-ce qu’évoquer dans une demi-phrase, le blocus du Venezuela qui n’est pas sans rappeler le renversement de Saddam Hussein. Mais alors qu’est-ce que Macron a-t-il été faire dans cette galère ? D’abord la diplomatie macronienne n’a qu’un seul paramètre : l’instant présent. On peine à voir une stratégie dans les zigzags du président. Pour E. Macron, exister l’espace d’un moment, c’est ne pas être zappé dans les chancelleries. Le plus souvent les prises de position sont tributaires de la situation intérieure et de l’image que se fait le président de son statut dans le concert des chefs d’État. On pourrait évoquer un " je bouge, donc j’existe " d’autant plus nécessaire que Macron est de fait " démissionné " de la scène nationale. La stratégie de l’apparence fait feu de tout bois. Le chef des armes vient par exemple décider la construction d’un gigantesque porte-avions 78 000 tonnes 310 m de long 2000 marins 30 avions digne de la 2e guerre mondiale dans le Pacifique, mais qui laisse perplexe par sa masse au regard de la guerre des drones et des supers missiles contemporains. La France a décidé de construire une sorte de ligne Maginot des temps modernes. Bref, patrouiller au large des outre-mer à l’ouest alors que nous sommes censés faire barrage à l’Est. N’aurait-il pas été plus judicieux d’utiliser les fonds - qui, semble-t-il, nous manquent - à renforcer notre base en Roumanie ou en Estonie seuls 300 hommes et quelques tanks dans le cadre de la rotation de l’OTAN alors que l’Allemagne a une base en Lituanie. Ne faudrait-il pas inventer une échelle mobile de l’engagement : à chaque incursion russe, une présence accrue à l’Est. Faut-il évoquer le fait que la Russie développerait des missiles capables d’atteindre les satellites Starlink, car la guerre moderne s’appuie sur les télécommunications ? Mais que voulez-vous Macron adore être à contretemps.

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2/Pourquoi Faure et Lecornu refusent le 49.3 ?

Faure n’a pas voulu du 49.3 alors que ses opposants majoritaires au PS le demandaient. S. Lecornu ne veut pas du 49.3 alors que le rapporteur spécial, le chef de LR, ou l’ex-Première ministre E. Borne le demandent.
Étonnante convergence qui ne tient ni à la volonté de respecter la parole du Premier ministre devant l’Assemblée de ne pas y recourir ni au fait que O. Faure l’avait demandé. Ni à cause d’une demande émanant de Retailleau ni que la proposition fut initiée par F. Hollande. Tout simplement parce que le 49.3 n’est pas le sujet dans le cas présent. Le problème, c’est le vote de la censure qui suivrait le recours à cet article de la Constitution. O. Faure ne veut pas être celui qui, par son abstention, la repousse. Il ne souhaite pas apparaître comme le sauveur du macronisme alors que ce vote handicaperait et peut-être même réduirait à néant le primaire de la petite gauche qu’il souhaite tant. Et le Premier ministre pense que Faure ne tiendrait pas l’abstention sous la pression d’une vingtaine de députés favorables à l’alliance PS verts PC et au-delà... voire même voteraient la censure. Voilà pourquoi Faure et Lecornu se repassent le " mistigri ". Le PS estime que le Premier ministre doit contraindre LR et Horizon à jouer le jeu du vote du PLF et le locataire de Matignon pense que le PS qui n’est pas totalement fiable, doit ramener les écolos et le PCF sur une position d’abstention. Plus on se rapproche du vote, plus la solution s’éloigne. La loi spéciale repousse le débat le 10 janvier et à nouveau la danse du 49.3 ressurgira. Encore une fois - indépendamment de la controverse sur la primaire de Bagneux - il eût été plus juste pour le PS et le pays de faire de la suspension de la réforme des retraites un solde de tout compte pour ce qui concerne la censure, s’opposer au budget - peut-être même obtenir des avancées - et laisser le gouvernement user du 49.3. Mais en s’engageant des deux côtés dans une codécision budgétaire tout en suspectant l’autre de ne pouvoir l’assumer dans son camp. Le PS est contraint d’en rajouter pour obtenir l’abstention des Verts et du PC. Et Lecornu donne l’impression de céder ou cède, rendant improbable le soutien de son camp. Bref la Constitution a prévu ce cas de figure d’impasse parlementaire. Ce n’est pas parce que l’exécutif en a parfois abusé qu’il faut s’en priver. Mais pour cela Lecornu doit dire clairement ce qu’il y aurait au final dans son texte et, en tout état de cause, Faure doit indiquer qu’il ne voterait pas la censure. Réponse l’année prochaine...

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3/RÉPLIQUES

  • Le même jour, les États-Unis interdisent T. Breton de visa et la Russie lance un mandat contre G. Kasparov. La vengeance de l’autoritarisme à l’encontre de ceux qui déplaisent. Pas touche à ma "tech » pour Trump, pas touche à ma "Pol" pour Poutine. Faut-il évoquer l’Iran, l’Inde, la chine, la Corée, la Turquie, etc., etc. Bienvenue dans le Nouveau Monde où la liberté de blâmer va devenir une idée neuve.
  • Pavel Durov, le fondateur de Telegram, accuse l’Europe et la France de construire un " goulag numérique ". La philosophie des milliardaires de la Tech se décline ainsi : l’illibéralisme pour les hommes ; liberté sans entrave ni frontière pour le capitalisme immatériel.

À dimanche prochain.