4017 Jours de guerre en Europe
1/ Dissolution piège à con ; 2/ Trump ou la Sainte Alliance des Empires ; 3/ RÉPLIQUES
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1/ Dissolution piège à con
La dissolution n’aura pas lieu ! Comme dans la pièce de Giraudoux sur la guerre, elle ne devrait pas avoir lieu mais on se demande si tout n’est pas fait pour qu’elle ait lieu.
Toute la vie politique française semble aspirée par le vide de la dissolution. Il est fascinant de voir comment tout le monde peut perdre mais rêve de se jeter dans l’abîme qui peut emporter la France et la plupart d’entre eux.
La dette publique vient de faire un nouveau bond, elle représente maintenant 115 % du PIB, à 3 416 milliards, 71 de plus depuis le diagnostic Barnier-Bayrou. Aucune importance, tout le monde danse dessus.
Les historiens se pencheront sur cette époque sans espoir ni joie, faite d’inquisition permanente, de suspicions sans relâche, de déconstruction morbide, de peur de l’autre, de l’avenir et même du passé, mais surtout, à cet instant, de l’irresponsabilité collective de nos élites.
Sans jouer les Cassandre de salon, concentrons-nous sur l’obsession refoulée des partis pour la dissolution.
- Le RN espère une issue pour sa cheffe dans une majorité putative à l’Assemblée lui permettant, par une loi, d’échapper à sa condamnation à l’inéligibilité.
Mais, une fois ce moment passé, elle n’ira pas de soi, cela s’appelle quand même une loi d’amnistie. Le piège se refermera avec un triangle infernal qui peut engloutir l’ambition présidentielle de l’extrême droite.
Le RN est le premier parti de France — et de loin —, appuyé sur un courant nationaliste d’exclusion qui s’est emparé du pays. Mais dans le système électoral français, quelle que soit la très forte poussée, le 2ᵉ tour du RN, sans alliés et toujours porteur d’un rejet, ne tient qu’à un fil. C’était le problème du Parti communiste des années 60/70 qui faisait dire aux gaullistes : « nous sommes au pouvoir pour cent ans. » Et gouverner avant la présidentielle peut le rompre, ce fil. En effet, arriver aux responsabilités, c’est affronter une dette abyssale, un budget d’austérité infernal, d’autant plus difficile à gérer que la confiance des institutions financières sera relative et celle de l’Europe loin d’être acquise — à part Madame Meloni qui piaffe d’impatience à l’arrivée d’un « gouvernement conservateur » qui lui ressemble. Et puis la victoire du RN, dans la crise que nous traversons, n’est pas neutre. Elle cristalliserait une double tension. D’une part, les ultras identitaires qui se sont développés dans le sillage du RN et voudront toucher les dividendes de la victoire, débordant les lepénistes dans des actions possiblement violentes. L’attaque gratuite d’un café à Brest par un groupuscule d’extrême droite il y a quelques jours, blessant, cassant tout sur son passage, en est l’expression. La victoire de l’extrême droite libérera d’abord la violence de son camp, contenue depuis des décennies. Mais la rue deviendra le « domaine réservé » de l’extrême gauche, Mélenchon en tête, agitant la désobéissance civile. Il suffit de regarder la mobilisation du 10 septembre pour comprendre que tout est prêt. Le pays, déjà déstabilisé par ses déficits et la dissolution, le sera un peu plus avec la victoire de l’extrême droite et sera en proie à des réactions en chaîne. N’ayant pas la possibilité de modifier la Constitution à propos d’un référendum sur l’immigration comme exutoire aux problèmes économiques et aux désordres de toute sorte, la question de la démission d’E. Macron deviendra un échappatoire commode. Il restera au RN d’appliquer la jurisprudence du Cartel des gauches contraignant le président Millerand à la démission avec une grève du gouvernement par exemple. Mais chacun comprend que ce désordre — ici la crise de régime — n’est pas le meilleur tremplin pour se faire élire, même en 40 jours, après la démission du président, qui reste aléatoire.
Il y a autrement la « stratégie de la cravate » inaugurée à l’Assemblée et pratiquée par Madame Meloni. Respectueux des institutions, administrant au mieux l’austérité, protégeant l’entreprise et un ordre plutôt musclé mais sans plus. Et vis-à-vis du président, une cohabitation « génie des carpettes » : pas de vagues, étonnant le monde par le modérantisme, en expliquant à la base électorale que la présence de Macron à l’Élysée interdit d’appliquer le programme. Bref, Hitler devenu chef du gouvernement en 1933 sous la présidence d’Hindenburg, jouant le bon démocrate, intégrant d’autres partis à sa coalition. Mais cette gestion « pépère » enrayera la dynamique populiste qui porte le RN sans gagner pour autant dans la droite modérée. En un an, on ne déplace pas les lignes. La base du RN sera déçue de cet alignement sur « l’establishment » et les quelques points ainsi perdus ne seront pas compensés par l’introuvable bloc des droites derrière le candidat du RN à la présidentielle. Enfin, il reste la possibilité que le RN n’ait pas la majorité absolue, refusant d’aller aux responsabilités, ce qui désespérait « Hénin-Beaumont ». Quant à dépendre d’une poignée de députés LR, elle limiterait l’action du RN, aléatoire et peu praticable. L’extrême droite n’a donc aucune raison de précipiter les échéances. Logiquement — et malheureusement —, le rendez-vous de l’extrême droite est la présidentielle doublée d’une victoire aux législatives, comme le veut la Ve République. Mais voilà : Marine Le Pen, condamnée et en appel, ne peut se présenter et elle estime avoir une très faible chance de rétablir ce droit dans un prétoire. Vu l’exécution provisoire de la peine de prison pour l’ancien président Sarkozy, elle n’a pas tort. Indépendamment des griefs, la justice ne voudra pas condamner les uns et élargir les autres.
Même si l’impact de cette condamnation, après celle à la prison de l’ancien président, portera à incandescence, dans les droites, le rejet de la soi-disant République des juges, même si la magistrature beigne a l’évidence dans un préjugé purificateur pour redonner confiance au peuple ! En attendant, il lui faut donc changer la loi, CQFD, soit en gagnant les élections, soit en obtenant que Lecornu le fasse, mais Renaissance peut éclater sur cette option.
Alors pour le RN, c’est la dissolution pour convenance personnelle.
- La dissolution, pour LR, ne présente aucun intérêt. Si les législatives partielles ont été plutôt favorables pour le parti fondé par Sarkozy, ceci est dû en grande partie à la présence de Retailleau au ministère de l’Intérieur où il incarne une extrême droitisation à visage humain. Mais lors d’une dissolution, l’électorat ainsi capté, sans distinction ou frontière avec le RN, retournera vers ce dernier dans un vote utile pour faire triompher les « valeurs communes ». Et encore plus fortement si LR s’aventurait dans une alliance avec Renaissance. Retailleau doit définitivement s’installer pour espérer contenir L. Wauquiez d’une part et distancer É. Philippe de l’autre, sans oublier G. Attal qui pointe le museau. Donc l’intérêt bien compris de cette famille politique, déjà amputée de Ciotti, n’est pas de dire « non à toutes concessions au PS ». L’obstruction déboucherait sur la dissolution.
Pourtant, à cause du marquage à la culotte des présidentiables, nous sommes bien partis pour une surenchère sur le thème « ne touchez pas aux riches ». Pas sûr que cela soit des plus porteurs. LR, c’est la dissolution à l’insu de son plein gré.
- Quant au PS, je vous en ai déjà parlé la semaine dernière. La stratégie d’une dissolution gagnante n’existe pas. Elle se base sur un sondage où l’alliance PS–Verts–Communistes–PP devance de 5 pts LFI. Mais il ne dit rien de l’absence de Front républicain lors d’une confrontation avec le RN. Mais quand bien même, victoire, quel est ton nom ? quand l’espoir de maintenir un étiage ouvre la porte à l’extrême droite au pouvoir. Cette responsabilité sera lourde à porter. Même si les Fauristes plaideront qu’elle est partagée, le PS ne s’en remettra pas. De toute façon, cette alliance « n’existe pas ». Les Verts le disent exactement en ces termes. Pour eux c’est « jamais sans mon Mélenchon ». « Si on ne choisit pas un seul candidat, les fachos vont gagner », déclare Marine Tondelier jeudi sur RMC à propos de la présidentielle. Et donc, à l’évidence, se dessine un accord dit défensif face « au fascisme qui vient » — un accord électoral et non politique », nous dira-t-on. Un accord où il n’y aura pas de candidats de gauche face à un député de gauche sortant. Vu le rejet de Mélenchon hors de l'espace radical, il est probable que ledit accord technique passera pour ce qu’il est : un NFP maintenu. Il serait perdant à tous les coups en attrait au 1ᵉʳ tour et en dynamique au second. Le PS passerait sa campagne à chercher à démontrer l’indémontrable : « un accord avec LFI n’est pas un accord avec LFI ». Pour le PS, c’est la dissolution méthode Coué.
Tout le monde y va « comme en 40 », fier de sa ligne Maginot.
Si S. Lecornu est en mission pour garantir la fin de vie du président. Son interview au Parisien ce vendredi a de quoi faire sursauter tout à la fois parce qu’il semble fermer la porte aux socialistes en reprenant la problématique de Barnier et Bayrou sur tous les sujets, mais aussi à l’intersyndicale qui manifeste jeudi et va pouvoir mouliner contre le Premier ministre. En même temps, personne ne pouvait croire que Macron/Lecornu reprendraient tout ou partie du programme des socialistes. Il s’agit là — on le suppose — surtout d’acter, au travers de l’interview, la position commune Renaissance–LR. Lecornu ne veut pas être dans les mains du PS. Très bien ! Le PS ne souhaite pas lui donner la main. Mais il n’a pas échappé au Premier ministre que ce programme est minoritaire à l’Assemblée à moins d’un soutien du RN. En revanche, un accord LR–Renaissance–RN semble bien être maintenant le rêve secret du Medef, aiguillonné par les envies des Français de s’en prendre à la « cassette » des patrons. C’est un basculement de plus.
Revenons à notre moment : nous sommes bien en face de deux positions, celle du bloc des droites et celle du PS. Il faut maintenant voir si la négociation est possible pour un compromis — non pour un gouvernement ou le vote du budget — mais pour éviter la censure. Pour une fois, O. Faure a été moins raide que le communiqué du PS suite à l’interview de Lecornu, laissant la porte ouverte jusqu’à sa rencontre avec le Premier ministre. Maintenant que chacun connaît les positions de l’autre, il est possible de rechercher des avancées sans se renier. C’est cela, une négociation. La balle est dans le camp de Macron-Lecornu, mais implique aussi, pour le PS, de ne pas s’enfermer dans le tout ou rien à la Mélenchon.
Jusqu’au bout, le PS doit tout faire pour stabiliser plutôt que déstabiliser un peu plus. Et franchement, Mélenchon, qui joue de la mandoline sous le balcon des socialistes, n’est pas en état politique de dicter la marche à suivre.
Macron, une fois de retour des sommets enivrants de l’Olympe international, devra clairement céder pour durer, cela tient de son assurance-vie.
Renaissance se ferait étriller dans une dissolution — malvenu pour G. Attal qui vient de faire sa fugue de la Macronie —, donc là encore, tout milite pour un pas en avant.
Mais alors, qu’est-ce qui explique cette attirance suicidaire des uns et des autres pour la dissolution ?
Est-ce qu’il y a, comme on disait dans les années 1970, « un noyau rationnel » dans cette attitude de somnambule, à part la volonté d’être l’écume des choses qui fait, pour beaucoup, le sel de l’existence politique ?
S’agit-il d’un effet de la logique des appareils qui exercent leur emprise sur les meilleurs esprits ?
À moins que ce soit dû au court-termisme qui règne en maître dans la classe politique, où l’absence de pensée stratégique, la dépolitisation, est compensée par une suractivité tactique.
C’est plus sûrement dû à un moment où tout le monde prend ses désirs, voire ses délires, pour la réalité, car celle-ci est complexe et semble peu maîtrisable.
Dans le carrousel des événements, des phrases ricochets, des mots, des postures, des impostures, où tout est conflit, chaque argument est déhoussable et même se retourne. Devant les labyrinthes narratifs de la réalité, c’est la « subjectivité radicale » qui fait office de réalisme. Chacun veut plier le réel à son rêve, car paradoxalement seul le rêve semble stable.
Tout le monde se voit gagnant en tordant les faits, la réalité. Et bien sûr, le Graal élyséen commande tout.
La validité d’une position tient à son articulation à ce seul objectif. C’est alors une perte de lucidité collective au profit de « personnalités sans intérêt collectif », pour paraphraser Sartre dans La Nausée, qui l’a, semble-t-il, emprunté à Céline.
Dans la société du désir, la politique est devenue son reflet. On pourrait d'ailleurs soutenir que, de nos jours, seul le réalisme est révolutionnaire. On se contentera de proposer, pour le bien du pays et des Français, qu’éviter la dissolution et la chute de Macron, pourtant inscrite dans l’enchaînement mécanique des positions et des événements, c’est LA question politique.
Car elle évite à la France de basculer un peu plus dans la crise budgétaire et politique, modifie les données de la présidentielle en entravant la marche de l’extrême droite à la conquête de l’État et l’autre conquête de la rue, cette fois par le populisme de gauche. Elle permet de commencer à s’attaquer aux déficits sans avoir à en assumer les conséquences politiques. Et dans le même temps, être utile aux Français en imposant que la charge de l’effort soit équitablement répartie. Elle permet de se concentrer sur les municipales où il va falloir mettre des sacs de sable autour des sortants sans beaucoup de gain. Elle donne surtout du temps à la gauche social-progressiste pour se préparer à la mère de toutes les batailles. Et là, il commence à se faire tard.
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2/ Trump ou la Sainte Alliance des Empires
Une anecdote résume Trump. La vente de TikTok par la Chine aux États-Unis, le président américain réclamant une confortable commission pour son intervention auprès de Xi Jinping. Il ne s’agit pas de faire des deals mais d’un fric-frac. Il combine la jalousie impériale pour une réussite non américaine, un rachat ou une manipulation d’État pour l’imposer, la défense de l’hégémonisme américain de l’IA, les prébendes pour le président et ses riches soutiens qui en prennent les commandes, et bien sûr le contrôle des contenus. Avec ce « président liquide », mauvais voisinage et bon commerce ne sont jamais contradictoires. Mais cette histoire de gros sous en dit plus qu'elle en a l’air sur l’Amérique de Trump. Elle ne veut pas mourir pour Kiev ou Taipei, mais la « coexistence commerciale » avec Moscou ou Pékin tant que l’Amérique n’a pas retrouvé sa totale hégémonie ; ils l’ont bien compris. Il s’agit de l’endiguement pacifique, n’ayant plus les moyens pour être le gendarme du monde et n’étant pas sûrs d’en avoir envie. La réinitialisation de l’Amérique passe par la coexistence des empires, faute de mieux. Cette réorientation au compte du complexe néo-industriel de l’IA a besoin du marché européen, à la fois comme ère d’expansion mais aussi comme espace de prédation pour reconstruire un appareil productif américain qui peine à supporter la concurrence.
L’Europe, B. Obama ne l’aimait pas beaucoup. Biden, ancien président de la commission des affaires étrangères du Congrès, avait appris à faire avec. Quant à Trump, il la déteste. Pas assez religieuse, trop dissolue, trop progressiste, trop écologique, très commerçante et naine militaire. Il y a chez lui un mépris militant pour l’ensemble.
Furieux d’une panne d’escalator au moment où il le prenait. Pensez donc, l’ONU le faisait marcher. Son discours lundi aux Nations Unies s’en est ressenti. Même décousu comme une série de tweets, il s’agit d’une déclaration d’hostilité totale à l’Europe. Un résumé de toutes les obsessions de l’Amérique blanche ultra conservatrice qui venait de communier quelques jours auparavant dans un hommage à Charlie Kirk, élevé au rang de martyr de la cause MAGA et remis à la bienveillance de Dieu tout-puissant qui protège l’Amérique. Jour après jour, le pays s’enfonce dans l’illibéralisme où l’exécutif s’attaque aux juges, aux médias et fait donner la troupe dans les villes démocrates. Et c’est la première fois depuis que les États-Unis existent qu’un président déclare une guerre à l’Europe, guerre culturelle certes, mais le conflit est frontal. Le discours du président américain n’était pas seulement contre le multilatéralisme ou pour « la puissance fait le droit ». Le cœur du délire trumpien fut celui de la pollution de la race par les peuples allogènes. L’Europe et ses peuples avachis — pour paraphraser Poutine —, pour ne pas dire pervertis ou dégénérés par le métissage ethnoculturel. L’immigration a émaillé les saillies verbales du président républicain et viré à l’obsession, vouant même l’Europe à l’enfer. La réinstallation des frontières sur le continent dissimulait à peine la xénophobie d’une part et l’éclatement de l’Europe de l’autre. L’écologie fut hissée au niveau d’un wokisme manipulateur le jour où l’acidité des océans a atteint le seuil critique. Mais la grande affaire, ce sont les droits humains, l’État social, et surtout la régulation : voilà le problème. L’Europe est une concurrente productrice de normes pour le monde, comme les récentes mesures contre Google viennent de le démontrer — ce que n’est ni la Chine ni la Russie ni l’Inde, encore moins l’Amérique latine, l’Afrique ou le monde arabo-musulman. Et puis ces démocraties européennes sont aussi capables d’en appeler à la conscience planétaire à propos de Gaza et la disparition d’un peuple. D’autant que cette affaire file un mauvais coton entre le bombardement de Doha par Israël, la menace des Émirats arabes unis de quitter les accords d’Abraham qui s’en est suivie, les manœuvres préventives égyptiennes (rassemblement de chars, construction de pistes d’atterrissage) dans le Sinaï contre l’expulsion de Gazaouis, sans oublier l’extension de la protection nucléaire de l’Arabie saoudite par le Pakistan, amis de la Chine. C’est un vrai camouflet pour D. Trump. Et puis les Gazaouis, malgré les saignées et les destructions, sont toujours là alors que l’opposition à la guerre et la défense des otages, partie de rien, progressent partout en Israël.
La capacité intrusive et commerciale de l’Europe, même flageolante, craintive ou veule, dans les affaires du monde et particulièrement au Moyen-Orient, est un danger pour le maître de Washington et il faut la briser. Et pour ce but il a un puissant allié : Poutine. La pression militaire du dictateur est la condition nécessaire pour être le protecteur de l’Europe. La stratégie de la tension poutinienne est infra-réactive, car en deçà du seuil de réaction de l’OTAN. Alors Poutine pousse chaque jour un peu plus : après la Pologne, c’est maintenant Copenhague, Oslo ou Berlin.
Les États-Unis affectent de ne pas être concernés, même si l’Europe s’affole. L’intervention du ministre des Affaires polonais à l’ONU laissait croire que nous étions à l’aube de la 3ᵉ Guerre mondiale. Si la mesure de l’agression est nécessaire, la surréaction et l’absence de défense commune nous font tomber un peu plus dans le piège américain. Trump sait se faire mercenaire, acceptant de protéger Kiev contre un financement européen et des libéralités douanières. Mais on aurait tort de croire que Trump a changé de pied sur l’Ukraine parce qu’il évoque une possible victoire des Ukrainiens sur les Russes. Les mots et les phrases n’expriment, chez lui, que la réalité d’un instant. D’ailleurs, il le dit tout en souhaitant « bon courage à chacun ». Ou exige, en fait, que l’Europe cesse d’acheter de l’énergie russe — ce qui est quand même un sujet, mais à imputer à ses amis Orbán et Fico — pour acheter américain. Le moi économico-militaire rencontre l’hypertrophie du moi tout court chez le président américain, contraignant chaque interlocuteur à être louangeur pour espérer être entendu. Mais cela ne change rien : Trump veut briser l’Europe et il est d’accord en cela avec Poutine. Et le problème de celle-ci ne s’arrête pas là. Les États-Unis ayant fermé leur marché aux produits chinois à bas coût, « Bruxelles » voit déferler sur son sol les invendus de l’Empire du Milieu. Comme la Chine tient en respect les pays européens avec l’accès à son marché, cela complique les mesures collectives de protection. L’Europe est un gros gâteau que les empires ont décidé de se partager. « Un continent de consommateurs entre les mains des Américains et des Chinois », diagnostique Bruno Le Maire à L’Usine nouvelle, retrouvant un peu de lucidité après avoir présidé au désastre de la politique économique de la France pendant un septennat. Oui, l’Europe est l’enjeu stratégique des empires tant du point de vue économique que du point de vue culturel ; sa destruction, avec l’aide des nationaux-populistes d’extrême droite, est la raison d’une sainte alliance objective des empires.
Trump vient de la cracher au visage des Européens du haut de la tribune de l’Assemblée des Nations Unies.
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3/ RÉPLIQUES
- Réponse à mon camarade E. Barak, qui fut comme moi membre à l’exécutif de l’Internationale socialiste et partagea mon rapport sur « une solution à deux États » entre Israéliens et Palestiniens, devant le conseil de l’IS en juin 2009 aux Nations Unies où le Fatah était représenté par le remarquable Ilan Halevi.
L’ancien Premier ministre israélien écrit dans Le Point: « La décision de la France renforce le Hamas. »
« Ne pas le faire renforce Netanyahu et l’extrême droite, cher E. Barak. » « La France n’avait pas reconnu la Palestine et pourtant le Hamas a frappé de manière ignoble le 7 octobre. » - J.-L. Mélenchon a cru pouvoir déclarer que la décision de hisser le drapeau palestinien et israélien sur la tour Eiffel « était consternante de stupidité ». Qu’est-ce qui est stupide ? De refuser de faire des Israéliens un peuple collectivement responsable ? ou plus sûrement défendre un seul drapeau pour la Palestine « du fleuve à la mer » ? Ce qui est stupide, c’est d'être pris au défilé du langage ; manifester ainsi la disparition symbolique d’Israël et donc « les juifs à la mer » comme solution au conflit. C’est pour cela que les Insoumis n’apportent jamais leur soutien aux manifestations contre Netanyahu en Israël.
- L’ami Delaporte, comme les Jeunes socialistes, demande aux macronistes de gauche intégrant le groupe socialiste d’abjurer leurs erreurs et de prêter allégeance au programme du NFP. À quand les camps de redressement avec autocritiques, chers gardes rouges qui disaient tout haut ce que le Grand Timonier pensait tout bas ?
- « Coup d’État judiciaire », a tonné H. Guaino. On s’élève avec force à droite contre le jugement à l’encontre de Nicolas Sarkozy, ancien président, dans le procès sur le financement libyen de sa campagne présidentielle. Dans cette affaire qui salit tout le monde, dévastatrice pour la République dans ses attendus comme dans ses conséquences. La justice, évacuant un faux présenté par Mediapart, n’a pas retenu le pacte de corruption à l’endroit de Sarkozy mais l’association de malfaiteurs y ayant contribué. Face à l’exécution provisoire de prison requise, l’ancien président a dû sûrement méditer l’inflation des lois judiciaires répressives dont il fut un grand promoteur. Et s’il a pu se draper dans l’individualisation de la peine — mettant en avant qu’il ne présentait aucun risque de trouble à l’ordre public — pour contester l’exécution provisoire à son sujet, il ne peut oublier qu’il fut l’inventeur des peines plancher, c’est-à-dire de l’application automatique de la peine maximale. Ce qui est aujourd’hui, malheureusement pour lui mais pour la France, le cas.
À dimanche prochain.




