4079 Jours de guerre en Europe 

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AVERTISSEMENT

LA SEMAINE DERNIÈRE VOUS ÉTIEZ PLUS DE 47 000 À LIRE L’APPEL À UNE FÉDÉRATION DES GAUCHES RÉPUBLICAINES. C’EST LA DÉMONSTRATION QU’IL Y A À GAUCHE UNE GRANDE DEMANDE. ALORS VITE. CONTINUONS, AMPLIFIONS !

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1/L’État palestinien a pas de tortue ; 2/Les 3 gauches ; 3/Répliques

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1/L’État palestinien a pas de tortue.

On peut trouver la formule floue ou alambiquée mais, que l’on le veuille ou non, la résolution américaine votée par les Nations unies intègre bien la perspective d’un État palestinien. Ce fut un ajout des « pays arabes », au premier chef de l’Arabie saoudite qui, jusque-là, boudait D. Trump. L’extrême droite israélienne ne s’y est pas trompée. Ses leaders ont immédiatement réagi avec vigueur contre ladite résolution qui, de fait, les condamnait. Leur objectif était l’expulsion des Palestiniens de Gaza et la colonisation de la Cisjordanie. Malgré les morts, les déplacements, les privations de toute sorte, ce funeste dessin ne s’est pas réalisé, même si ce n’est pas fini, l’hiver va être redoutable dans les campements de fortune.

Nous entrons dans une autre phase : l’Arabie saoudite et le Qatar vont utiliser le vide laissé par l’Iran et ses milices défaites. C’est le paradoxe de la victoire militaire d’Israël sur le régime des mollahs. En affaiblissant considérablement les milices terroristes pro-iraniennes, en entraînant les États-Unis dans le bombardement de l’Iran, l’État hébreu a modifié le centre de gravité du soutien à la question palestinienne, qui est passé de Téhéran à Riyad ou Doha. Mais l’Arabie saoudite et le Qatar sont capables de se faire entendre des États-Unis, et surtout de Trump, par leurs moyens financiers. En politique étrangère, le président des États-Unis fait toujours rimer business et deal. Cette substitution de leadership dans le monde arabe réintègre la recherche d’une solution diplomatique de coexistence avec les Palestiniens. Celle-ci était bouchée par le terrorisme soutenu par l’Iran qui produisait des drames et nourrissait les réactions extrêmes. La stratégie iranienne de la destruction de l’État d’Israël rendait tout compromis impossible et légitimait bien des exactions en retour des Israéliens. Mais les Palestiniens, doublement instrumentalisés, étaient de fait dans un angle mort. Les accords d’Abraham, par exemple, contournaient la question palestinienne, cherchant un accord arabe sans poser le sujet – l’Iran en a joué pour soulever ses milices. Le vote de la résolution aux Nations unies réintègre a minima la question palestinienne, sans garantie, mais elle est là. La Russie et la Chine, en s’abstenant sur la résolution des États-Unis, ont pris acte de la nouvelle donne. La mise en place d’une force d’interposition a maintenant une base légale. Le gouvernement Netanyahu a détruit ses ennemis, mais provoqué tout à la fois son isolement et remis, non seulement la question politique à l’ordre du jour, mais celle de deux États  elle est portée par les pays arabes qui ne sont pas en guerre avec Israël. Quant à D. Trump, il a besoin de succès à l’international vu les développements de l’affaire Epstein. En effet, devant l’exigence de l’opinion et la bronca du parti Républicain, le président a dû revoir sa position défensive. Au fond – pense-t-il – si quelques documents le mettent en cause, rien ne prouvera sa participation aux crimes sexuels, par contre plusieurs Démocrates, dont l’ancien ministre des Finances de Bill Clinton, et ce dernier pourraient être inquiétés. Mais on n’est jamais trop prudent : le président américain se propose donc d’ouvrir un nouveau front – consensuel celui-là – la lutte contre les narco-trafiquants. Ou plutôt la guerre, car c’est de cela qu’il s’agit avec le rassemblement d’une armada au large du Venezuela, dont l’immense porte-avions G. Ford qui croisait il y a peu au large du golfe Persique et a servi de couverture dans le bombardement de l’Iran.

C’est de cela dont il s’agit : bombarder les sites de production de cocaïne ou des drogues de synthèse au Venezuela. Ce qui présente l’avantage d’un but noble pour la déstabilisation du régime dictatorial de Maduro. Il s’agit, dans la réorganisation du monde, de poursuivre l’« américanisation » de l’Amérique du Nord et du Sud. Elle est tout à la fois économique – la guerre commerciale avec le Canada et le Mexique​, au Panama – mais prend aussi la forme de menaces au nom de la lutte contre la drogue au Venezuela, en Colombie, au Mexique.
C’est évidemment très trumpien mais pas seulement, il s’agit de la tendance des empires à asservir leur espace domestique. La Chine avec l’Asie du Sud-Est via la reconquête de Taïwan, et l’Ukraine, les pays baltes, la Pologne ou la Roumanie pour la Russie. Ce double mouvement Sud global challengeant l’Occident et l’OPA des empires sur leur proximité bouscule le monde. Et le fait que les pays arabes aient contraint Washington à faire un pas – même timide – vers un État palestinien en est l’expression.

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 2/Les 3 gauches 

Le paysage à gauche va être fortement impacté par le résultat du débat budgétaire et des municipales. Mais pour l’instant trois espaces la définissent.

La petite gauche 

La désagrégation morale et politique du NFP a conduit la gauche « mélenchoniste sans Mélenchon », c’est-à-dire sans le leader de La France insoumise mais sur le programme signé avec lui, à organiser une primaire en septembre. Cette perspective se heurte à trois problèmes : d’abord ni Glucksmann ni Mélenchon ni la moitié du PS ne veulent en être. On peut avoir quelques doutes pour les communistes, ce genre de gymnastique n’est pas dans leur ADN. Quant au PS, la présence dans cet aéropage minoritaire tient plus du chaperonnage des écologistes que de l’engouement. La dernière tentative de ce style fut la primaire populaire lors de la précédente présidentielle. Elle devait plier les candidatures de Mélenchon, Jadot, Hidalgo. Il y eut quelques hésitations au PS, mais au final personne ne se retira. La primaire se déroula quand même. C. Taubira fut désignée. Il n’y eut aucune dynamique. La thématique de l’union « sinon c’est le RN » n’est valable que si l’union est un tant soit peu au rendez-vous. À partir du moment où cette initiative sera boudée par une majorité à gauche, elle sera une initiative parmi d’autres, sans force propulsive. Ensuite le cours actuel du PS, à savoir la recherche d’un compromis avec Renaissance pour un budget rééquilibré et la suspension des retraites, est incompatible avec le programme du NFP qui reste la base de ce regroupement, dit de Bagneux (du nom de la ville où il a été signé). Enfin il ne peut y avoir de participation du PS à cette primaire sans qu’elle fût votée par les adhérents du PS. Et surtout sans que le PS ne désigne son candidat. Et là, rien ne dit que les pro « petite gauche » ne l'emportent pas sur les identitaires.

Les réformistes façon Puzzle 

Le second bloc est, à cette étape, un peu baroque car ce n’en est pas encore un et chaque segment refuse une primaire. Tout le monde caresse maintenant l’idée de se rassembler dans un espace clairement différent de Mélenchon mais cette démarche se heurte au trop-plein de candidats. Ils se voient tous comme le « primus inter pares », ce qui complique le rassemblement, cela tient donc d’une partie de colin-maillard. À moins que tous ceux qui souhaitent ce rassemblement ne le disent ensemble et l’imposent. Ce fut mon appel la semaine dernière, le sens de la réunion de la « Convention » à Cergy dimanche dernier et le thème des journées d’automne de Debout les socialistes (H. Geoffroy, membre du texte d’orientation de Nicolas Mayer-Rossignol). Il est remarquable que tous les orateurs, de B. Cazeneuve à F. Hollande en passant par C. Delga, R. Glucksmann ou G. Lacroix, ont plaidé pour une fédération des républicains de gauche.

Mélenchon, le Tartarin de la gauche 

Il reste la primaire du peuple. Celle du premier tour de la présidentielle. Mélenchon y tient et c’est la raison pour laquelle il cherchera dans les municipales à défaire la gauche, soit par des alliances de deuxième tour faisant ainsi tomber le barrage en son endroit, soit en se maintenant, ce qui peut conduire à la chute de mairies de gauche. Son objectif, nous l’avons maintes fois exprimé, c’est être en tête de la gauche pour avoir le leadership de la rue. Et il est vrai que savoir qui sera majoritaire à gauche n’est pas sans intérêt en cas de victoire de l’extrême droite. Mélenchon croit pouvoir catalyser à nouveau le vote utile ; cela – vu son rejet – tient des galéjades de Tartarin de Tarascon. Mais admettons que chaque parti désigne son candidat dans un vote interne. Cela comporte des risques pour la gauche en général, mais pour chaque candidat en particulier, qui devra trouver 500 signatures, difficile pour Mélenchon et les autres. À ce jeu-là, la gauche joue à la roulette russe, le barillet chargé.

Comment unir les gauches de gouvernement et les écologistes ? Décider de rejoindre la petite gauche, comme le propose la direction du PS, c’est conforter les écologistes dans leur rôle de flanc-garde de Mélenchon. Et c’est perdre la gauche de gouvernement qui refusera d’aller dans une primaire dont le périmètre est celui du programme du NFP. Par contre, construire une fédération avec les réformistes, les sociaux-progressistes, les sociaux-démocrates, c’est préparer une alternative praticable au RN et obliger les écologistes à un choix, une clarification avec Mélenchon.
Dans un combat à trois, il faut être l’un des deux.

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3/Répliques

● Le Parti socialiste a voté les pleins pouvoirs à Pétain, nous dit doctement Bardella. Il a dû lire cela dans un papier Carambar. Affligeant ! Il y a ceux qui ont voté pour les pleins pouvoirs à Pétain, dont la totalité de la droite sénatoriale, et ceux qui ont refusé, dont Léon Blum. Il devra faire face à cet acte au procès de Riom. Le révisionnisme historique sur le pétainisme est le programme commun des droites. Il commence par le fait que ce dernier aurait protégé les juifs français (Zemmour) et va jusqu’à ceux qui disent que la chambre du Front populaire a voté, alors même que les communistes ne pouvaient être présents. Que voulez-vous, il n’y a pas de photos sur TikTok pour Bardella sur le sujet.

● Le meurtre d’intimidation de Medhi Kesaci par la mafia narcotrafiquante marseillaise un 13 novembre – quel symbole – a révulsé les consciences. L’appel de son frère Amine au 20 h de la 2 les a réveillées. Les marches blanches dans la capitale phocéenne et un peu partout en France, acte citoyen majeur, ont bousculé le politique, qui a lâché le fil depuis les années Hollande. La lutte contre le narcotrafic, à l’égal du terrorisme selon l’ancien président, s’est invitée dans le débat politique français. La drogue, son trafic, son économie gangrènent le pays, c’est l’un des vecteurs de la déconstruction française. Ne pas avoir peur, certainement, mais casser les bandes plus sûrement. C’est une cause nationale.

● Le plan de paix de Trump pour l’Ukraine est un message à Zelinsky : « il faut lâcher l’affaire ». Nous sommes au tournant de l’histoire. Si Poutine – qui avait dit à Trump « rien avant l’hiver » – fait un pas vers le président américain, alors le président ukrainien, très affaibli par des affaires de corruption de ses proches, n’aura pas beaucoup de choix devant la menace américaine de stopper l’aide. L’Europe doit non seulement défendre l’Ukraine, mais dire que nous n’accepterons jamais un accord qui engage notre avenir sans avoir été consultés. Et pendant ce temps, la France s’offusque que l’on ait pu dire qu’il va falloir affronter l’impensable : la guerre et son corollaire, la guerre tue. Par contre, si nous ne sommes pas prêts, ce n’est pas dû à une absence de force morale des Français, mais on le doit à des choix militaires erronés fondés sur une paix perpétuelle en Europe. Se préparer à la guerre, la préparer pour ne pas avoir à la faire, ne doivent pas commencer par la mise en cause des Français qui démontreront, comme d’autres peuples, leur courage.

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À dimanche prochain