5068 Jours de guerre en Europe
****
1. Retailleau ou la fin du parti gaulliste
2. La série de l’été – Épisode 5 : la SFIO de la guerre d’Algérie au gaullisme
****
1/ Retailleau ou la fin du parti gaulliste
Tout, absolument tout, chez Bruno Retailleau le rattache à la Vendée réactionnaire, jusqu’à ce physique sec comme les pins de Saint-Jean-de-Monts, qui n’est pas sans nous rappeler Charette, chef de la réaction monarchiste vendéenne. Lorsqu’on lit la description de ce dernier, on est frappé par la similitude physique avec Retailleau. « Mince, taille haute dessinée avec grâce, le visage ovale, le nez bien pris, les yeux pleins de feu, le port distingué sans orgueil, la démarche leste, la tête haute. » Quant au caractère de Charette, il est pour le moins controversé. Si Napoléon dira qu’il est « le seul grand caractère, le véritable héros de cette époque », ses contemporains le jugeaient « atrabilaire, impulsif et violent » ; il se querella avec tous les autres généraux vendéens. Ces traits semblent aller comme un gant à notre ancien ministre de l’Intérieur, qui a pour lui d’être un bon orateur et sans notes.
François Athanase Charette de la Contrie, choisi par les Vendéens comme chef des paysans insurgés contre la levée en masse de la Révolution française, fut reconnu par Louis XVIII généralissime de l’armée catholique et royale. Il guerroya contre les armées républicaines entre la Vendée et le sud de la Bretagne sans grand succès. Il eut néanmoins un temps de négociations avec la République, puis reprit les armes. Arrêté, condamné à mort, il sera fusillé à Nantes le 29 mars 1796. Voilà pour une biographie dont les épisodes – on évitera quand même une fin excessive – ressemblent à celle du sénateur de Vendée.
En effet, le 3ᵉ pilier de la droite, après G. Attal et E. Philippe, est un antimacroniste primaire qui ferrailla avec ardeur, avant de rallier le bloc central macroniste en devenant son ministre de l’Intérieur. Cette entorse à l’orthodoxie lui valut un beau succès sondager et une présence remarquée. Mais après avoir agité tous les poncifs anti-immigrés, anti-islamistes, anti-Conseil constitutionnel et nous avoir fâchés avec l’Algérie, il quitta son poste sur un coup de tête et se rétrograda dans le troupeau des « nationaux ».
Retailleau est une sorte de frère cadet de Philippe le Jolis de Villiers de Saintignon, dit de Villiers, revisité par Patrick Buisson. Le Grand Lay et le Petit Lay, ces deux rivières du département, semblent faites pour eux. On a même pensé un moment baptiser la Vendée les « Deux-Lays » ; en tout cas, ces deux-là incarnent bien l’un des rameaux historiques de la droite. Cette droite-là est réactionnaire, mais n’est pas l’extrême droite national-populiste des Le Pen. Même si, en 2002, Philippe de Villiers offrit à Jean-Marie Le Pen les 30 signatures qui lui manquaient. On oublie souvent, dans le récit de la défaite de Lionel Jospin à l’élection présidentielle, cet épisode sans lequel le leader frontiste n’aurait pu concourir et être au second tour.
René Rémond, dans son livre de référence sur les droites, en voit 3. Légitimiste, c’est-à-dire contre-révolutionnaire ; orléaniste, elle est libérale modérée ; bonapartiste, qui est autoritaire populaire. Il faudrait de nos jours y ajouter une 4ᵉ : l’extrême droite national-populiste, tout à la fois illibérale et xénophobe. La droite vendéenne de De Villiers et Retailleau se rattache à la première, profondément contre-révolutionnaire. Ce qui ne veut pas dire contre la République aujourd’hui installée – encore que les sorties contre le Conseil constitutionnel et l’État de droit l’y rattachent. Mais la marque de cette droite est une réaction à tout ce qui est progrès.
Elle est viscéralement attachée à la tradition, à l’Église catholique, à la hiérarchie et à l’ordre. Ce n’est pas un hasard si le logo de la Vendée, avec ses deux cœurs, symbolise une double fidélité historique à la religion catholique (la croix et le Sacré-Cœur) et à l’histoire royale (la couronne), résumant le slogan « l’amour et la fraternité » au Roi et à l’Église. Personne ne peut oublier que les couleurs de ce symbole sont « rouge et blanc », c’est-à-dire les couleurs historiques des combattants royalistes par opposition au bleu des Républicains. Ces insignes furent officialisés en 1943 – cela ne s’invente pas – alors que la Vendée luttait dans la Résistance contre l’envahisseur. De Villiers remit à l’ordre du jour cet oriflamme alors qu’il était président du Conseil général de Vendée et Bruno Retailleau son vice-président. Il sera même son suppléant à la députation avant de le remplacer à la présidence et le secondera à la vice-présidence du Mouvement pour la France.
Cette droite légitimiste a fini par prendre le pouvoir dans le parti gaulliste. La droite orléaniste est partie chez E. Macron.
La droite bonapartiste est en déshérence, faute d’un Bonaparte. Cette droite légitimiste-réactionnaire que le général de Gaulle avait mise sous le boisseau fut un temps réactivée par Giscard – d’Ornano – Poniatowski, dans une synthèse originale avec la droite orléaniste, « donnant le pion » aux gaullistes. Ces derniers s’étaient divisés sur la candidature d’un des leurs, J. Chaban-Delmas.
Puis ils ont préféré jouer F. Mitterrand gagnant plutôt que voir Valéry Giscard d’Estaing réélu. La droite légitimiste réactionnaire, boostée par la vague idéologique de l’extrême droite, s’est imposée à la tête des Républicains. Elle est aujourd’hui incarnée par Ciotti, Wauquiez et Retailleau. Ces trois chevaliers de l’apocalypse du gaullisme braconnent sur les terres frontistes.
Ils partagent les obsessions de l’extrême droite tout en pensant se substituer à cette dernière grâce à leur culture de gouvernement.
Cette proximité ne fait qu’élargir l’espace du nationalisme d’exclusion. La droite orléaniste – E. Balladur, A. Juppé, E. Philippe, Bruno Le Maire, Michel Barnier, Valérie Pécresse – est hors les murs ou réduite à une trace. La droite bonapartiste, depuis la mort de Séguin et Pasqua, est reléguée à la marge autour d’un Xavier Bertrand cantonné dans son donjon des Hauts-de-France. Le RPR, devenu l’UMP et aujourd’hui Les Républicains, n’a plus de force propulsive ; il n’est plus qu’une force d’appoint. Si le macronisme a siphonné la droite libérale, l’extrême droite a réussi son OPA idéologique sur la droite dite classique et captera, via Ciotti, l’ancien patron des Républicains, une partie du mouvement.
Trois événements sont à la racine de cette « fusion-acquisition ». D’abord, les campagnes contre le grand service public de l’éducation intitulées « L’école libre », qui se terminèrent par une première : l’acceptation, grâce à l’Église catholique, de la présence du FN dans le cortège de la manifestation du 24 juin 1984. Ensuite, la campagne parallèle entre Pasqua, Séguin, De Villiers et Le Pen contre le traité de Maastricht, créant un bloc de fait des souverainistes de droite, cache-sexe d’un nationalisme rampant. Enfin, la manifestation contre le mariage pour tous.
Depuis, la droite légitimiste domine la droite classique, elle-même dominée par l’extrême droite national-populiste. Le centre de gravité de la nouvelle droite ainsi reformatée porte – comme la nuée porte l’orage – la grande confrontation avec la République à travers la réforme constitutionnelle, qui est le programme commun des nationalistes. Je vous en parle depuis des mois : c’est la mère de toutes les batailles. Cette dérive, ce changement de paradigme, a une préhistoire avec le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy adoubant la préférence nationale. Mais il devint l’histoire du parti gaulliste lors des primaires des Républicains en 2016. F. Fillon, pour l’emporter et battre d’abord N. Sarkozy puis A. Juppé, dut prendre la tête de cette droite légitimiste. Il entra en campagne tout à la fois pour l’ordre et le respect des racines chrétiennes de la France et contre l’État social et l’islamisme, avec son livre « Vaincre le totalitarisme islamique ». Bruno Retailleau fut son directeur de campagne puis le n° 2 de son mouvement « Force républicaine », accessoirement son trésorier. Il est aujourd’hui en campagne pour la présidence de la République en agitant les mêmes thèmes et publie « Ne rien céder, manifeste contre l’islamisme ». Et il est, en outre, le plus virulent contre le Conseil constitutionnel. Il vient d’ailleurs de faire une conquête en la personne de Valérie Pécresse. Elle s’emporte contre le Conseil « qui veut faire la loi à la place du législateur ».
Toute la difficulté de Retailleau est là. Ses prises de position le poussent vers l’extrême droite, mais sa survie le conduit à être le flanc-garde extrême du bloc central. Doit-il s’allier avec les orléanistes d’E. Philippe ou tenter de siphonner les nationaux-populistes d’extrême droite ? Honnêtement, c’est lui qui pourrait voir ses électeurs happés par ces derniers. Pour l’instant, il tente de ne pas choisir. Il refuse de tirer une conclusion, ni en choisissant l’alliance avec E. Philippe comme B. Le Maire ou Darmanin, ni pour l’union des droites comme le lui propose Ciotti et qui va être renforcée sur ce thème par N. Sarkozy, ni même une primaire de Knafo-Zemmour à Darmanin comme le défend Wauquiez. Retailleau incarne donc une droite résiduelle légitimiste.
Elle a des racines historiques, mais elle est dans un corner politique. Avec ses 8 à 10 % dans tous les sondages, il ne l’emportera pas. Mais il peut empêcher le gagnant de la primaire sauvage macroniste d’accéder au second tour. Il est probable que, dans ces conditions, ses pairs, à commencer par ceux du Sénat, le laissent aller jusqu’au bout.
Et pour couronner le tout, le ralliement aux Premiers ministres de Macron libérerait son électorat, qui filerait vers Marine Le Pen. Alors que son maintien provoquerait l’élimination de la droite classique ou une chute de LR à la Pécresse au nom du vote utile. Cette impasse est la marque de la probable fin des Républicains, dernier avatar du RPF fondateur des gaullistes.
En cas de victoire de Marine Le Pen, ne nous trompons pas, il y aura un abstentionnisme caché dans la gauche radicale au second tour ; elle provoquera un séisme dans la droite. Une partie de celle-ci sera absorbée ou satellisée par l’extrême droite, une autre choisira le Front républicain pendant que les derniers se réfugieront dans un ni-ni résiduel. La question du référendum sur la Constitution sera la ligne de partage entre les partisans du oui et ceux du non. Soit ce sera la victoire du bloc dit central où la gauche classique et les Républicains seront marginalisés.
Le grand remplacement des droites classiques par les nationaux-populistes a commencé. Comme la Vendée monarchiste luttait pour un monde englouti par l’histoire, la droite légitimiste est le syndic de faillite d’une droite gaulliste qui a vendu son âme à l’extrême droite.
****
2/ La série de l’été
Jusqu’à mi-septembre, nous publierons les enseignements de notre histoire, une série de « petits cours » que j’ai donnés aux jeunes du courant DLS (Hélène Geoffroy) tout au long de l’année. Il s’agit là de mes notes, autant comme repères pour les uns, « pense-bête » pour les autres, dans cette veillée d’armes où tout peut basculer.
Épisode n° 5
La SFIO de la guerre d’Algérie et l’avènement du gaullisme
A - La crise algérienne, facteur décisif du retour au pouvoir du général de Gaulle, 1958
● La guerre d’Algérie est un fait majeur dans l’histoire de France d’après-guerre pour de nombreuses raisons : la fin de l’Empire colonial, la puissance économique et politique du pilier colonial entamée, la présence d’une immigration importante sur le sol français, le retour des pieds-noirs, la nécessité de réorienter la France en la tournant vers l’Europe (préparée par Mendès France et réalisée par le général de Gaulle), le risque d’une guerre civile avec les tenants de l’Algérie française qui refonderont l’extrême droite. L’onde de choc, toujours visible chez les Français de 2ᵉ ou 3ᵉ génération comme en Algérie même ou dans la droite nationaliste qui ne s’est jamais remise d’une guerre et d’une défaite qui n’a jamais dit son nom. Durant cette période historique, la SFIO va perdre sa centralité politique.
● Le 1er novembre 1954, l’insurrection algérienne : la Toussaint rouge est le produit du rejet du fait colonial et de la maturation du mouvement nationaliste algérien.
- Le traumatisme du 8 mars 45. Le jour où la France célèbre la victoire sur l’Allemagne, des manifestations nationalistes éclatent en Algérie. À Sétif, elles dégénèrent, des Français sont tués. Une répression extrêmement dure est organisée dans le Constantinois. On parle de 15 000 à 45 000 morts. Ce qui coupe la route à la solution pacifique dans le mouvement nationaliste.
- Le mouvement nationaliste algérien s’organise.
- Ferhat Abbas crée en 1946 l’UDMA, défendant une évolution politique en Algérie.
- Messali Hadj crée le MTLD, qui va progressivement revendiquer l’indépendance.
- Les Oulémas (les savants du Coran ; l’islam n’a pas de clergé comme dans la religion catholique) jouent un rôle important.
- 1947 : adoption du nouveau statut de l’Algérie avec une Assemblée algérienne de 120 membres et un double collège, les « Européens », les « Musulmans » ; ils ne reflètent pas le poids démographique.
- L’élection de 1948 voit une poussée du MTLD, mais l’élection est truquée par le gouverneur général, comme ce sera le cas en 1950 ou 1954. Ce qui radicalise le mouvement nationaliste.
- 1950 : la France démantèle « l’Organisation spéciale », qui est l’organisation clandestine du MTLD. Ce qui prévient le risque d’affrontements armés, mais va affaiblir les messalistes et provoquer une crise. 3 factions : les messalistes fidèles à Messali, les centralistes autour du comité central, les révolutionnaires qui veulent construire une organisation capable de déclencher une lutte armée.
- La situation internationale est propice à la radicalisation. La décolonisation s’accélère en Asie et au Moyen-Orient et des mouvements nationalistes se constituent au Maroc et en Tunisie. Surtout, la France subit une défaite en juillet 1954 à Dien Bien Phu devant le FLN vietnamien de Hô Chi Minh et du général Giap.
- Des militants issus de l’ancien courant clandestin du MTLD créent le Comité révolutionnaire d’unité et d’action : Boudiaf, Ben Bella, Aït Ahmed, Krim, Khider. En octobre 1954, création du Front de libération nationale. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, 70 actions sont menées : c’est le début de la guerre d’indépendance.
B/ La marche au coup d’État de 1958
● 1956 : une majorité républicaine sort des urnes. Une coalition est constituée : Guy Mollet, Pierre Mendès France, François Mitterrand, Jacques Chaban-Delmas.
● Pierre Mendès France, la rectitude de gauche, étudiant antifasciste, adhère au Parti radical, député de l’Eure en 1932, s’oppose après le 6 février 1934 à l’alliance des radicaux avec la droite, participe au Front populaire, entre au 2ᵉ gouvernement Blum en 1938, résistant, fait prisonnier, s’évade, puis Forces françaises libres, ministre du général de Gaulle en 1943 puis 1944 et 45 à l’Économie et aux Finances, démissionne après le rejet de son plan de rigueur. Après la défaite de Dien Bien Phu, il devient président du Conseil, conclut la paix en Indochine, prépare l’indépendance de la Tunisie et du Maroc, pose les bases du nucléaire français et est renversé sur la question algérienne. Revient ministre du gouvernement du Front républicain, en désaccord avec la ligne de Guy Mollet sur l’Algérie, démissionne. Vote contre l’investiture de De Gaulle. Va créer le PSU, nous allons y revenir.
● Guy Mollet devient président du Conseil. Il avait promis une politique de paix et de négociation et fait l’inverse.
- Mars 1956 : le gouvernement obtient les pouvoirs spéciaux en Algérie avec une mobilisation militaire à la clé. La marche à l’affrontement est enclenchée pendant que la crise politique s’accentue en France face à l’impossible question algérienne.
- Nomination du gouvernement Pflimlin alors que F. Mitterrand était prévu. Le 10 mai 1958, dans L’Écho d’Alger, éditorial d’Alain de Sérigny : « Je vous en conjure, parlez, parlez vite, mon Général. » Le jour de l’investiture, le 13 mai 1958, une manifestation dégénère à Alger ; les manifestants prennent le contrôle du Gouvernement général.
- Un comité de salut public est créé à Alger (Pierre Lagaillarde, président de l’association des étudiants d’Alger, UNEF ; Léon Delbecque, gaulliste chargé de mission au cabinet de Chaban-Delmas ; Jacques Soustelle, ancien gouverneur d’Algérie).
- L’opération « Résurrection » est lancée avec le contrôle de la Corse et une intervention possible sur le continent.
- De Gaulle se présente comme recours, lui qui est retiré de la vie politique depuis 1946. Il est prêt « à assumer le pouvoir de la République ». Il déclare en outre vouloir revenir légalement au pouvoir et mettre fin à l’impuissance de la République. Le 1er juin 1958, le président René Coty fait appel à De Gaulle et lui demande de former un gouvernement qui obtient l’investiture de l’Assemblée nationale. De Gaulle a les pleins pouvoirs (329 voix sur 553). Pierre Mendès France déclare : « C’est parce que le Parlement s’est couché qu’il n’y a pas eu de coup d’État. » La loi du 20 juin 1958 lui donne des pouvoirs spéciaux pour six mois afin de résoudre la crise et de préparer une nouvelle Constitution. Le 28 septembre, les Français approuvent celle-ci par référendum : 79,25 % pour. Le 4 octobre 1958, naissance de la 5ᵉ République.
La gauche est défaite quasiment sans combat (Mendès, Mitterrand, Hernu, Deferre, le PCF, la Fédération de l’Éducation nationale et les trotskystes groupusculaires manifesteront place de la République).
C/ La crise dans la SFIO
● La décision de Guy Mollet de voter les pleins pouvoirs à De Gaulle et de rentrer au gouvernement provoque la crise dans la SFIO.
- Il ne s’agit pas seulement d’un opportunisme, mais d’une position politique. La gauche, y compris le Parti communiste, qui ne réagira pas à la répression dans le Constantinois en 1945 avant d’évoluer tardivement pour l’indépendance, est attachée au principe de l’Algérie française par tradition jacobine, celle de la « mission civilisatrice de la France ».
- À partir de 1956, une différenciation commence à se faire. Le slogan de la SFIO « Paix en Algérie », qui fut celui de la SFIO sous le Front républicain, n’était plus suffisant. Guy Mollet s’est heurté à l’intransigeance des pieds-noirs, reçus à coups de tomates à Alger, et à l’exigence de l’indépendance du FLN. Il choisit De Gaulle pour imposer une solution. Gaston Deferre défend l’idée d’une 3ᵉ force entre les communistes et les gaullistes. Et la gauche du PS subit l’évolution du mouvement catholique et protestant sur la question de la guerre d’Algérie. F. Mitterrand va lui aussi évoluer entre le garde des Sceaux de Mendès qui refuse de gracier des militants du FLN condamnés à mort. Il déclara : « L’Algérie, c’est la France. » Il est sur la thèse : écraser l’insurrection puis négocier, même s’il n’a jamais adhéré à la thèse « mission civilisatrice de la France » ; il a même soutenu la décolonisation en Afrique noire. À partir de 1956, il devient favorable à l’indépendance.
- Septembre 1958 : congrès de la SFIO, deux points à l’ordre du jour : la montée du gaullisme et le soutien de la guerre en Algérie. Mollet accentue le soutien à De Gaulle et à la Constitution.
- Les minoritaires D. Mayer, Édouard Depreux, Robert Verdier, Alain Savary, Oreste Rosenfeld quittent la SFIO et fondent le PSA (Parti socialiste autonome) autour de deux questions : le refus de la Constitution et le refus de l’intégration de l’Algérie.
- La gauche chrétienne entre en mouvement autour du thème suivant : « L’Algérie n’est pas la France. » Les chrétiens s’étaient déjà – faiblement – manifestés à propos de la guerre d’Indochine et des événements au Maroc et en Tunisie. Jean-Marie Domenach, dans Esprit, écrit : « Dès les mois qui suivent la Toussaint 54, au lieu de parler d’événements, une véritable guerre où s’oppose l’État colonisateur et des hommes révoltés. » L’usage de la torture est dénoncé (Michel Rocard). Esprit et Témoignage chrétien s’engagent (Claude Bourdet – qui créera Le Nouvel Observateur –, Francis Jeanson).
● La création du PSU.
- Le 3 avril 1960, à la suite du PSA, se constitue le PSU. Il est présidé par Laurent Schwarz, futur médaillé Fields et président de Qualité de la science. On y retrouve les historiques de la SFIO, Daniel Mayer et Édouard Depreux, mais aussi Pierre Mendès France. Une série de groupes membres de l’Union des gauches socialistes, à savoir la Nouvelle Gauche, le Mouvement de libération des peuples, Jeune République. Des personnalités comme Yvan Craipeau, Gilles Martinet, Claude Harmel ou Pierre Naville, principal dirigeant trotskyste pendant l’entre-deux-guerres avec Raymond Molinier. Il y a aussi Tribune communiste avec Jean Poperen, François Furet et Serge Mallet, les anciens du PSOP comme Colette Audry. Les animateurs de la revue Tribune marxiste, Jacques Kergoat, Marcel Bleibtreu, Michel Lequenne, Michel Simon, et des lambertistes Yves Dechezelles, Robert Chéramy ou Jean-Jacques Marie chez les jeunes.
● Le passage de la CFTC à la CFDT.
- Le mouvement dans la gauche chrétienne et l’activisme du PSU vont produire un courant « Reconstruction » qui va amener à la CFDT, rompant ses relations avec l’Église catholique.
D/ Mitterrand et Le Coup d’État permanent, 7 mai 1964
● La grève des mineurs de 1963 intervient un an après le référendum-plébiscite sur l’élection du président de la République au suffrage universel. Elle marque le premier recul de l’exécutif et la fin de la séquence 1958-1963.
● F. Mitterrand publie son livre après ces deux événements. Il s’agit de l’affrontement avec l’essence même du régime, là où les autres opposants de gauche veulent s’opposer à partir des revendications.
- L’inspiration du livre est tout à la fois V. Hugo, « Napoléon le Petit », et K. Marx, Le 18 Brumaire.
- Il écrit : « De Gaulle, un Louis-Napoléon Bonaparte qui habiterait les restes bourgeois d’un Louis-Philippe. » « Entre De Gaulle et les Républicains, il y a d’abord, il y a toujours le coup d’État. » « Le régime, c’est De Gaulle et la police. »
- F. Mitterrand s’impose par la plume. Il n’a pas été accepté au PSA (il ne l’oubliera jamais). L’affaire de l’Observatoire (un vrai-faux attentat où un certain Pesquet, proche de Rivarol, le fait tomber dans un piège, en 1959) en a fait un paria. Il est à la tête d’un micro-parti, « La Convention des institutions républicaines ».
- Dans ce livre, Mitterrand rompt avec le ministre de la Justice qu’il fut à propos de l’Algérie française. Il plaide pour une nouvelle forme d’association entre la Métropole et l’Empire, sorte de Commonwealth à la française.
- De Gaulle, ce n’est plus l’homme du 18 juin, mais un régime : centralisme de l’exécutif, bureaucratisation, affairisme, décision liberticide (presse, lois d’exception), mépris du Parlement, ministres réduits à des exécutants. Mais il est prudent sur l’élection du président au suffrage universel car il a tout de suite vu qu’il y avait là une force du régime, mais le talon d’Achille du régime, le goulot des Thermopyles pour affronter De Gaulle et s’imposer à la gauche.
- De fait, il est le candidat de la FGDF en 1965 avec le soutien décisif du secrétaire général du PCF, Waldeck Rochet. F. Mitterrand est au second tour et met en ballotage le général de Gaulle le 14 décembre 1965.
La gauche est prête pour la fin du gaullisme.
À dimanche prochain.




