5008 Jours de Guerre en Europe
1. Tuerie antisémite, des lueurs et des larmes. 2. Agriculture : l’état de suspicion. 3. PS-Verts et les municipales. 4. Répliques : #Macron et la Chine #Guetté (LFI) oublie le Venezuela #Trump-Xi-Poutine : le temps des empires.
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1. Tuerie antisémite, des lueurs au milieu des larmes
Au cœur du drame, dans cette tuerie antisémite, au sein de l’orage meurtrier, un rayon de soleil : le courage d’un musulman s’attaquant à mains nues aux assaillants.
L’horreur et l’honneur se faisant face, la haine du Juif et le don de soi réunis dans un même instant. On a mis 48 h à le voir, tant on était pressé de sauter à la gorge de l’autre : qui, relativisant les meurtres au nom d’une mémoire de Gaza prenant la place de celle de la Shoah ; qui voyant ainsi légitimé, chez les musulmans, un ADN antisémite.
Si vous me permettez cette facétie un peu malvenue dans la douleur du moment, il faut remettre l’église au milieu du village.
Il n’y a aucune excuse à l’antisémitisme. Rien : ni la situation faite aux musulmans en Palestine ou dans le monde, ni la nature du gouvernement israélien, ni les délires suprémacistes de ses ministres d’extrême droite. Rien ! Aucune excuse à se parer des turpitudes de Netanyahou pour renouer avec ce qui a conduit au pire crime contre l’humanité, celui du régime nazi. Car c’est de cela dont il s’agit. Vouer les Juifs à la mort pour leur religion, leur filiation, leur identité est le mécanisme qui a conduit à l’extermination. Il en est de même de leur prétendue inclination politique (qui ne saurait d’ailleurs être organique à un peuple) : voir ce discours monstrueux où, dans chaque Juif, sommeille un Netanyahou. Tout cela n’est pas une opinion parmi d’autres, mais un crime. Et la volonté de déposséder les Juifs de leur mémoire pour mieux accuser Israël n’est pas une option, mais une abomination. Assassiner des Juifs innocents et sans défense, ce n’est pas un acte de résistance, mais une lâcheté immonde.
Mais voilà : le « génie de l’horreur » est sorti de sa bouteille et je crains qu’il n’y rentre pas de sitôt. Nous le savons, nous le voyons : l’antisémitisme parcourt à nouveau la planète. Cette anorexie mentale n’a jamais été extirpée des cerveaux malades des hommes. Elle n’avait pas besoin de grand-chose pour ressurgir. On lui a permis de se donner une bonne conscience avec la guerre de Gaza. Car stigmatiser l’antisémitisme sans réserve ni faux-semblants ne saurait relativiser la violence inouïe et barbare avec laquelle le gouvernement Netanyahou a mené une guerre d’anéantissement des Palestiniens à Gaza, identifiés au Hamas. Et évidemment, les antisémites, contrariés par la mauvaise conscience de ce que l’homme aux hommes, se sont drapés dans le drame pour mieux libérer leurs instincts les plus bas. Combattre ceux qui voient dans chaque Juif un suppôt de Netanyahou, rompre avec ceux qui créent ainsi, consciemment ou pas, des « pogroms symboliques » au sein de la communauté nationale, ne saurait valoir sauf-conduit pour ceux qui ont conduit cette guerre victorieuse mais indigne…
Et B. Netanyahou en rajoute lorsqu’il déclare sans fard : « la reconnaissance de l’État palestinien par le gouvernement australien est responsable de ces meurtres » : c’est pur cynisme. Combattre une solution politique en l’affublant d’un antisémitisme de destination n’est pas une bonne action. C’est vouloir s’exonérer de ce qui s’est passé dans cette guerre, qui n’est pas la cause de l’antisémitisme mais son prétexte. Elle a provoqué d’ailleurs une courageuse résistance des Israéliens eux-mêmes contre les bourreaux des Palestiniens. Notons avec tristesse : nous n’avons pas l’équivalent dans les consciences arabes, où seul le silence est synonyme de réprobation.
On ne peut être que frappé de stupeur par l’horreur du massacre de la plage Bondi en Australie. Il ne s’agit pas d’un attentat à la bombe, malheureusement classique. Mais de la chasse aux Juifs, qui n’est pas sans rappeler le 7 octobre en Israël.
Ce qui est odieux par-dessus tout, et pour le coup signifiant, c’est ce tir au fusil de chasse. Ce baltrap, ce safari antisémite, révèle la haine au bout du fusil. C’est à désespérer du genre humain et puis Hamed Alhamed, marchant de 4 saisons, au passé pas totalement blanc-bleu, surgit. « Si je meurs, c’est pour sauver des vies », dit-il, faisant ses adieux à son cousin, avant de se ruer sans armes sur les meurtriers, tirant sans relâche sur des victimes sans défense. On peut difficilement être plus altruiste. Il désarme l’un des assassins, prend deux balles dans le corps, alors que deux autres Australiens sont tués en cherchant à s’interposer. Il devient tout à coup la conscience humaine qui s’avance contre le crime et l’arbitraire. Son courage, mais aussi ce qu’il est musulman dans une tuerie antisémite au nom frelaté de Allah, est un formidable pied de nez à ceux qui rêvent de purification ethnique. Son acte est le talisman de l’espoir en l’humanité, car cette lueur au milieu des larmes nous permet de croire encore malgré tout en elle.
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2. L’état de suspicion
La révolte paysanne contre l’abattage des vaches atteintes de dermatose nodulaire contagieuse est la manifestation la plus pure du dysfonctionnement de la démocratie. Il s’agit de la perte de confiance, et pour tout dire une défiance, dans ce qui fait le « commun », identifié comme la parole mensongère des élites. Nous avions déjà connu cela lors du Covid avec le refus de masse de la vaccination. La rationalité scientifique est vécue comme une vérité octroyée, remettant en cause ce commun, cette confiance sans laquelle il n’y a pas de démocratie. Petit à petit s’impose un raisonnement clos, valable en toute chose : il y a « eux », avec leurs règles sanitaires européennes, nationales, même si elles sont cautionnées par les confédérations syndicales. Et puis il y a « nous », nous qui sommes le terrain : celui-là ne ment pas. Et ceci est d’autant plus vrai que ce nous est légitimé, structuré, documenté par les réseaux sociaux. La démocratie clivée perd sa raison d’être : si chacun a sa vérité, il n’y a plus de vérité, et si elle disparaît, on ne peut faire ni société ni démocratie.
L’abattage d’un troupeau à partir du moment où une bête est infectée, on le pratique pour la fièvre aphteuse ou la vache folle. Mais tout à coup, le système se détracte parce qu’il n’y a pas transmission à l’homme. Le danger devient relatif et l’affect pour le troupeau s’empare des masses. On a tout dit sur le malaise paysan : la perte de sens, le salaire indigne, les horaires harassants, la concurrence tarifaire des importations à bas prix, sans le coût des normes sanitaires imposées aux producteurs européens ou français. Et le cauchemar que représente la perte d’un troupeau pour un éleveur. Tout cela est vrai. Mais accepter la société de défiance sur laquelle souffle l’extrême droite est une grave erreur qui ne vaudra aucun vote du monde paysan en retour. La gauche doit comprendre mais rester ferme. Il n’y a qu’un seul discours qui vaille : « abattage dès le premier animal contaminé, dédommagement à la hauteur du préjudice et vaccination de masse ».
La gauche est étrangement muette, toujours ce fameux « tout ce qui bouge est rouge ». Le PS est aphone, à part l’adresse au gouvernement de Carole Delga. Ce n’est pas en se taisant que l’on redevient crédible.
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3. L’accord PS-Verts, l’axe de la résistance face à l’union LR-RN
Alors que les libéraux sont ivres de rage avec l’adoption de la loi de finances de la sécurité sociale — « son délire fiscal, son hérésie de la suspension de la réforme des retraites » — préférant la venue au pouvoir du RN plutôt que ces vieilleries, le paysage des prochaines municipales à gauche est en mouvement. Après Lyon, Marseille, Nantes, Rennes, Grenoble, etc., c’est maintenant Paris qui voit les écologistes conclure un accord avec les socialistes, malgré les oukases de LFI. La distorsion politique des Verts atteint son apogée quand on compare ces accords avec la volonté de faire perdre la gauche dans de très nombreuses villes, dont Montpellier, Lille ou Strasbourg, etc.
Le combat sera des plus difficiles à Lyon tant la personnalité d’Aulas transcende les clivages partisans et relativise le soutien de Renaissance et de LR. Mais le propre de la situation politique tient au fait que la victoire de la droite, en recul dans toutes les enquêtes d’opinion, ne sera qu’une victoire de l’extrême droite par procuration. La droite ne peut l’emporter dans de très nombreuses villes sans le soutien explicite ou implicite de l’extrême droite (clairement envisagé par Mme Vassal à Marseille, pas exclu par Dati à Paris, combattu seulement par X. Bertrand). De son côté, LFI joue son va-tout : sa capacité à faire perdre la gauche, dégageant ainsi le terrain à la présidentielle pour Mélenchon, « seul crédible à gauche pour le second tour ». Le pire est que ceci est maintenant assumé et revendiqué. Plutôt la droite extrême et l’extrême droite que les socialistes et les écologistes : cela nous rappelle tellement le discours des staliniens dans l’Allemagne des années 30.
La vague écologiste reflue, mais l’axe PS-Verts, avec son nouvel horizon municipal, résistera au premier tour. Quant au second, il dépendra du sursaut à gauche pour barrer la route à l’alliance de fait droite extrême droite. Si la victoire ou la défaite aux municipales se juge sur l’ensemble des villes, sa visibilité sera PLM. Ici comme ailleurs, le résultat dépendra de la mobilisation des abstentionnistes, dans une situation où ni LFI ni le RN ne peuvent gagner, mais prendront en otage les seconds tours.
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4. RÉPLIQUES
- E. Macron demande un rééquilibrage des droits de douane entre l’Europe et la Chine. Ce coup de pied de l’âne au retour de Pékin est le meilleur indicateur de la manière dont il a dû être éconduit par Xi.
- C. Guetté (LFI) dézingue le centre gauche, dont la politique aurait amené le retour de l’extrême droite au Chili. Cela n’a évidemment aucun fondement, mais la doublure de Mélenchon à la présidentielle devrait balayer devant sa porte. À quand le bilan du soutien de LFI à Chavez et Maduro au Venezuela ?
- Trump décide le blocus du Venezuela pour faire tomber le dictateur Maduro. Entre soutien aux régimes pro-Trump (Chili, Argentine, Équateur, Bolivie), pression militaire (Venezuela, Mexique, Colombie, Panama), guerre douanière avec le Mexique ou le Canada, l’administration Trump arraisonne sa proximité géographique pour tenter de coloniser le continent américain, comme Poutine le fait à sa manière par la guerre avec l’Ukraine, et met un pied par « inadvertance » en Estonie, et la Chine en rêve avec Taïwan. Le règne des Empires commence. L’Europe devrait s’en convaincre.
À dimanche prochain.




