5096 Jours de guerre en Europe
1. Le Pen-Bardella : divorce impossible, cohabitation improbable. 2. Affaire Brun : La rumeur de l’Eure. 3. La série Histoire du PS : le chapitre 8, De la Gauche plurielle.
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1. Le Pen-Bardella : divorce impossible, cohabitation improbable
Et si la justice avait été plus efficace que le combat politique contre l’extrême droite ? En condamnant Marine Le Pen, tout en ne l’empêchant pas de concourir à la présidentielle, elle a introduit le ferment de la rupture au sommet du RN, jusque-là apparemment uni. Balayons les arguments faciles du style : l’extrême droite, c’est le clan Le Pen et la famille passe avant le reste. Il est vrai que l’apparence milite en ce sens : entre Duprat, mort d’un attentat – une charge creuse sous le siège conducteur de son véhicule –, Stirbois, mort dans un accident de voiture jamais élucidé, Mégret-Brutus et son « putsch », Gollnisch, battu par Marine Le Pen avec le soutien de son père, Carl Lang, banni pour une raison obscure, Jean-François Jalkh, obligé de démissionner suite à la révélation de propos négationnistes, ou Philippot, victime expiatoire de la défaite devant Sarkozy et remplacée par Nicolas Bay, lui-même exfiltré pour espionnage pour le compte d’Éric Zemmour, il ne fait pas bon être n° 2 du FN-RN. Mais ce n’est pas le sujet du jour. Marine Le Pen avait fait le deuil de sa candidature et s’était résolue à laisser la place au président du RN, qui était dans la famille via une idylle avec la fille de la sœur aînée de Marine Le Pen. Le « président », flatté par des sondages flatteurs, s’est vu président. Il a pris ses aises, devenant le prince « qu’on sort » dans le beau monde grâce à une princesse « Bourbon des Deux-Siciles ». Il a surtout été pris en main par le couple « Bolloré-Ciotti », qui l’a fait évoluer de l’extrême droite à la droite dure. Un glissement sémantique qui cache une divergence stratégique. Il s’agit, pour le patron du RN, d’abandonner le national-populisme pour le national-libéralisme. C’est-à-dire de quitter une imposture sociale pour une posture libérale. Les mauvaises langues diront que ceci rappelle la nuit des Longs Couteaux. C’est un peu excessif, mais c’est l’idée. Le FN, puis le RN ont eu seulement une brève phase libérale sous l’impulsion du nationaliste libéral Jean-Claude Martinez. Si les « horlogers » Mégret et Le Gallou ont tenté de mettre de la crédibilité dans une ligne qui empruntait beaucoup au solidarisme de Stirbois, ils n’ont pas abandonné le vernis social. On se souviendra que, lors du congrès d’intronisation de Jordan Bardella, Steeve Briois, qui a un buste de Jaurès dans son bureau et se réclame du solidarisme, s’était élevé contre le fait que les tenants de la dimension sociale au RN étaient systématiquement marginalisés. « C’est le retour des droitards », tonnait-il. « Le Pen, ce n’est ni de droite ni de gauche. » Et même Louis Aliot s’était fait l’écho de cette mini-fronde. On a pu croire à une bronca de la vieille garde face à l’arrivée d’un « nouveau » après l’erreur de casting Philippot. Mais c’est plus profond que cela : l’extrême droite française, depuis 1980, c’est un alliage solide entre démagogie sociale et xénophobie (un temps antisémite, puis exclusivement anti-islam). Jordan Bardella a, par petites touches, tenté la « normalisation dans la banalisation ». Il a, sous l’influence de Bolloré, entrepris de séduire les patrons, donnant des gages de capacité à gouverner. Il a, sous l’influence de Ciotti, poli le discours pour tenter de le rendre compatible avec la droite classique. Cet « accommodement » n’est pas seulement un problème de style. Il s’agit d’une orientation qui n’est pas celle de Marine Le Pen. Autant elle a tenté de gommer le nationalisme racialiste pour nager dans les eaux troubles d’un racisme implicite de bon aloi, bridant les démons antisémites chers à son père, autant elle a gardé la démagogie sociale. À partir du moment où la droite classique braconnait plus ou moins sur les terres « xénophobes », la différenciation maximale chère à Mégret-Le Pen devait porter sur le social. Jean-Marie Le Pen mettait régulièrement en garde contre la banalisation du FN qui, à force de vouloir ressembler à la droite, finirait par s’y dissoudre. Il s’agit du problème classique des formations tribunitiennes entre banalisation et identité. C’est sur cette question que butèrent le boulangisme et, d’un certain point de vue, les partis communistes européens, entre la ligne dure d’A. Cunhal au Portugal ou celle, ouverte, d’un S. Carrillo en Espagne, Berlinguer en Italie avec l’eurocommunisme. Le PCF de Georges Marchais allait de l’un à l’autre, du dialogue avec les catholiques au soutien à l’URSS en Afghanistan ou à la rupture du programme commun. Aucune des trois tentatives ne fonctionnera. C’est le problème stratégique du RN, hégémonique à droite et sur les idées dans le pays, mais sans majorité électorale. Comment garder l’un tout en atteignant l’autre ? Marine Le Pen veut rester fidèle au rêve secret de son père – effacer le gaullisme – et à sa définition de l’extrême droite : « chef de la droite nationale et populaire ». Ce n’est pas tout à fait un hasard si elle a choisi comme directeur de campagne Julien Sanchez, qui affiche ses parents militants à la CGT et au Parti communiste, lui qui avait embauché Damien Rieu, le porte-parole de Génération identitaire, au service com de la mairie de Beaucaire. Le discours de la candidate nationaliste, le week-end dernier à Hénin-Beaumont, reflétait cette préoccupation stratégique. Elle a mixé la préférence nationale, devenue dans sa bouche priorité nationale, avec la question sociale du logement, élevée au rang de symbole de la gestion nationaliste d’une urgence populaire.
Acte 1 : la cheftaine de l’extrême droite exerce sa fonction tribunitienne en faisant assaut de démagogie, mêlant dans un inventaire toutes les plaies du logement : « la fin du logement indigne, le rééquilibrage du marché locatif, l’amélioration des logements existants, la relance massive de la construction de logements, la protection de la propriété contre les squats et les occupations illicites, l’accession du plus grand nombre à la propriété, la question du logement social ». Rien n’a été oublié dans cette volonté de couvrir la question sociale en « rasant gratis ».
Mais, acte 2, ce « tout est possible » est assorti d’une condition : « remettre sur le marché les 620 000 logements occupés par des étrangers », dit le programme du RN, qui ajoute que l’on expulsera de leur logement 90 000 étudiants étrangers. Le chaos, par la mise en place de telles mesures, est prévisible – les 700 000 expulsés seront logés où ? Dans des camps ? – et, pour ce faire, on fait donner l’armée ? On décrète l’état d’urgence à l’instar de Mélenchon ? Décidément, on caresse un peu trop, dans cette pré-présidentielle, la remise en cause de la démocratie et de l’État de droit. On a compris que, non seulement, la mesure est terrifiante pour l’ordre public, mais qu’elle est inconstitutionnelle. Marine Le Pen ne s’arrête pas à ces questions subalternes : elle nous annonce que ceci devrait « créer, au 1er janvier 2028, plus d’un million de logements ».
Cette promesse s’accompagne, acte 3, d’un gros zeste libéral avec l’abrogation de la loi SRU (qui oblige une partie des communes à maintenir entre 20 % et 25 % de HLM sur leur territoire).
Ce pudding bourratif et immangeable n’est que l’application de la ligne « gaucho lepéniste », sorte de synthèse entre la démagogie sociale et les Français d’abord, socle de la « rupture » et de la « grande alternance ».
Ce long détour pour expliquer que l’amertume du petit prince du RN de voir revenir dans le jeu la mamie de l’extrême droite cache un désaccord stratégique. Marine Le Pen veut bien se banaliser, mais pas cohabiter avec la droite. Elle cherche à la briser et à la réorganiser sous son égide. Le débat sur la retraite recouvre cette faille.
On a voulu voir, dans la demande de donner plus de visibilité à Marion Maréchal, un signe à la famille au détriment du Premier ministre autoproclamé Jordan Bardella. C’est, là encore, un peu plus compliqué que cela. La candidate anticipe la phase suivante. Elle est très haute dans les sondages, mais ne progresse plus. Elle se tasse à un niveau inégalé pour l’extrême droite. Il lui faut reprendre sa marche en avant, se mettre à l’abri du retour de la droite dite classique. Il faut donc siphonner les marges pour absorber le choc. L’entrée en campagne d’É. Zemmour : certes, il ne pèse pas bien lourd, mais ses 4 % ou 5 % pourraient être décisifs. Car, pour l’emporter, il faut au RN être solidement arrimé à plus de 30 %. Il n’a pas échappé non plus à Marine Le Pen que Sarah Knafo présentait un attrait pour le vote Zemmour à court terme et une menace pour elle-même à plus long terme. Alors, placer Marion Maréchal au sein de sa « garde brune » serait un moyen de réduire le candidat de « Reconquête » et de contenir sa compagne. Évidemment, « Jordan », ayant été mis au courant d’un déjeuner de famille à Montretout précédant l’annonce, a mal pris cette nouvelle donne dans le billard nationaliste.
De l’égratignure à la gangrène, il y a un pas, disait l’autre. Mais le divorce entre Marine Le Pen et Jordan Bardella est impossible : il ruinerait la campagne de l’une et l’avenir de l’autre. On ne peut parler non plus de cohabitation, car il ne s’agit pas, de la part de Bardella, d’une orientation assumée et il n’a pas – à cette étape – les moyens de le faire.
Si, par malheur, Marine Le Pen l’emportait, il serait contraint de mettre son mouchoir sur sa rancœur. Mais cette divergence se révélera face à la gestion du pouvoir.
En cas de défaite, la stratégie sera remise en cause et ceci ne se fera pas sans déchirement.
Le RN est un colosse sondagier aux pieds d’argile : il va être confronté à son « ADN nationaliste d’exclusion ». Soit en réactivant le rejet avant l’élection présidentielle – on vient de le voir avec les amendes pour le port du voile dans la rue –, soit, une fois au pouvoir, dans l’application de ce programme qui nécessite illibéralisme et remise en cause de l’État de droit. Il y a bien deux extrêmes droites en gestation. L’habileté qui consistait à présenter un double, Jordan Bardella, à Marine Le Pen, dans le cas d’une décision de justice rendant la candidate naturelle inéligible, a réussi, mais a précipité un désaccord politique. Il se double maintenant d’une crise rampante de leadership, vu la visible bouderie de Bardella. Avant que cela éclate, Marine Le Pen sera au second tour et là se joue le destin de la France.
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2. La Rumeur de l’Eure
D’abord, il y eut la rumeur. Elle court, elle court, elle court, la rumeur, portée par mille voix, répétée, amplifiée, déformée, poisseuse, visqueuse, insidieuse. La rumeur, vous savez, celle que Victor Hugo croquait dans Notre-Dame de Paris, « aigre, aiguë, acérée, sifflante comme les ailes d’un moucheron », celle que les socialistes dénoncent en prenant l’exemple des réseaux sociaux, eh bien, elle s’imposa : Philippe Brun se serait rendu coupable de quelques violences sur une femme. On ne vous en dira pas plus, mais c’est lourd de sous-entendus. On le sait, puisqu’on nous l’a dit, puisqu’on vous le dit, puisqu’on l’a entendu à Blois, enfin, on nous l’a rapporté. C’est là que le vernis de la civilisation craque et que la foule anonyme réclame son dû : le lynchage. Le seul fait tangible est une plainte, en juillet, à la CNC, qui traite des conflits, et à la COMHADIV, plus spécifiquement chargée des sujets de harcèlement. Le secret de l’instruction est censé protéger la plaignante et, pourtant, elle va être rendue publique. On y apprend qu’il y a des raisons de se plaindre, avec son cortège de brimades, de vexations, d’entraves ou de mises à l’écart, mais pas de violence, en tout cas pas de quoi faire déclencher une procédure d’urgence ni porter plainte. Mais les accusateurs anonymes ne désarment pas. On nous l’assure sous le manteau : il y a d’autres faits, on ne peut les présenter, mais ils sont accablants. Très bien, alors pourquoi n’en trouve-t-on pas trace dans la plainte ? Enfin, un mail serait à l’origine de la décision d’exception. Qu’y a-t-il dans ce mail ? Personne ne le saura. Et ceci au point même qu’aujourd’hui, on soupçonne qu’il n’ait jamais existé. Mieux, on va apprendre que la Première secrétaire, qui, à l’époque, ne l’était pas, a écrit le 10 août à la présidente de la COMHADIV, Isabelle Dahan, pour que l’affaire Brun soit traitée en urgence. Donc, elle ne découvre pas le problème la veille des investitures pour la primaire. Toujours est-il que c’est cette preuve « arlésienne » qui va être agitée pour trancher. À 23 h 30, la Première secrétaire par intérim ne suspend pas le processus d’accréditation des candidatures pour faire la clarté. Elle assène à ses pairs que les faits pourraient relever du pénal. Est-ce que ce sont les éléments nouveaux portés à sa connaissance par le fameux mail ? Pourquoi, alors, ne pas avoir porté plainte ? Le PS était légitime à le faire et aurait démontré ainsi – puisque la « plaignante est forcément victime » – qu’il était protecteur de la parole des femmes. Non, ni confrontation ni plainte : elle informe les responsables de courants. De quoi ? On n’en saura pas plus à ce moment. Par contre, la Première secrétaire par intérim se transforme en Georges Couthon au tribunal révolutionnaire de l’an II (loi du 22 prairial). Souvenez-vous : « Le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître. Il s’agit moins de punir que d’anéantir. » Elle soumet, sans autre forme de procès, à un Bureau national transformé en « tricoteuses », la sentence : « Dehors ! » Pardon, suspendu. Il s’agit d’une mesure conservatoire, nous dit-on, qui tranche quand même pour le retrait de Brun de la primaire, ce qui s’apparente, vous l’avouerez, à une sanction. Ou alors, la primaire n’a aucune importance. « La décision est unanime », tweete O. Faure. Pas tout à fait : il y eut quand même des courageux pour refuser d’avaliser en s’abstenant. Certains ont vu la plaignante, d’autres pas. Certains ont vu des photos de violence, d’autres pas. Certains ont lu la plainte, d’autres pas. Certains sont présents, d’autres pas. En tout cas, rien n’est exposé, même si tout est suggéré dans ce huis clos par écran interposé. Envolés les principes du contradictoire, disparues les leçons de Voltaire dans l’affaire Calas ou le chevalier de La Barre, abandonnés la discrétion pour la plaignante et les droits de la défense. « On a voulu me tuer », réagit le mis en cause, qui n’a pas convaincu ses collègues, un peu saisi, un peu groggy, un peu trop mis devant le fait accompli. « Mais, répondent benoîtement les accusateurs, il y a maintenant une procédure judiciaire, tu vas pouvoir te défendre, c’est essentiel. » En attendant, pas de pot : « Tu es mort. » Quand la candeur le dispute au cynisme… De Ponce Pilate à Fouquier-Tinville, tous les suspects sont réputés coupables. Dans la foulée, le président du groupe socialiste au Parlement fait voter au canon la suspension du coupable, forcément coupable. Car des conflits précédents entre le député et ses assistantes seraient la manifestation de la faute. Ne pouvant apporter la preuve, le soupçon d’hier vaut condamnation aujourd’hui. Et dire que les mêmes font la leçon à l’extrême droite et à sa remise en cause de l’État de droit. O. Faure, prudent, qui s’était félicité de la vigilance du PS dans les violences faites aux femmes, concéda quand même, le lendemain, qu’il était incompétent à juger. C’est plus sage, en effet, mais a-t-il voté lors de ce fameux Bureau national ? A-t-il abaissé le pouce ou mis les pouces ? Il serait fâcheux qu’un candidat ait participé à la mise à l’écart d’un autre candidat. Personne ne sait, parce que nous sommes dans l’ignorance même du nombre de votants, des votes pour ou contre. C’est le « mystère de la visio ».
On peut être en complet désaccord avec P. Brun – ce qui est mon cas –, ne pas goûter son ton, ses attitudes, ses mœurs, ses méthodes, que sais-je, et trouver affligeant que l’on jette aux chiens qui avaient faim l’honneur d’un homme et la plainte d’une femme en quête de justice et de réparation. Ceci au prix d’un manquement aux droits et pour la raison obscure qu’une candidature de témoignage à la primaire venait en perturber le résultat annoncé. Les victimes de ce moment d’abandon sont nombreuses, à commencer par la sensibilité « Gauche popu » et l’hyperproximité que P. Brun voulait, à tort ou à raison, incarner, le Parti socialiste et, maintenant, la primaire.
Car la contre-attaque judiciaire de P. Brun serait redoutable pour la primaire devant un tribunal administratif. Ses avocats écrivent : « fera valoir par toute voie utile, y compris le contentieux, son droit à un débat démocratique loyal et n’exclut aucune procédure de manière à faire valoir sa voix dans le cadre de cette primaire ».
Vu cette situation, la seule position digne qui vaille est celle-ci : que l’on publie immédiatement les preuves, le mail accusatoire, ou que l’on réintègre Philippe Brun dans ses droits à concourir.
Le pire serait de parier sur le flot des événements emportant l’événement. Et, vu la situation budgétaire et la menace russe, ils ne vont pas manquer. Ne vous trompez pas, cela laissera des traces. Comme le dit la sénatrice L. Rossignol, peu suspecte de défendre les agresseurs de femmes : « La direction du PS n’a pas été à la hauteur, par négligence, par manque de professionnalisme ou par calcul politique. » Comment lui donner tort ?
Tirons quand même une leçon de cette triste affaire. Face à la rumeur, il faut avoir des principes et non des préjugés, et exercer l’épochè Grecque, ce doute, « école de la vérité », selon F. Bacon.
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3. La série
Il s’agit de l’avant-dernier chapitre de ces enseignements de l’histoire du Parti socialiste. Nous publions les notes de mes petits cours dispensés aux jeunes du courant DLS (H. Geoffroy) tout au long de l’année.
Chapitre 8
De la Gauche plurielle
● La gauche n’est pas irréconciliable à partir du moment où elle ne commet pas l’irréparable (éthique ou politique) : elle est plurielle.
● F. Mitterrand nomme Michel Rocard Premier ministre le 10 mai 1988.
● Le 14 mai 1988, Pierre Mauroy devient Premier secrétaire.
● L’Assemblée nationale n’a plus de majorité socialiste.
Ce sont les trois coups de la crise du mitterrandisme : son dispositif est déstabilisé, son deuxième septennat s’annonce sous ces contraintes.
A - la marche au congrès de Rennes
● F. Mitterrand ne souhaitait pas Michel Rocard. Au cours de la campagne présidentielle, le thème de la France unie impose Michel Rocard. Le président résume au patron du patronat, A. Roux, son état d’esprit : « Je vais le nommer, puisque les Français semblent le vouloir. Mais vous verrez, au bout de 18 mois, on verra au travers. » De son côté, M. Rocard dira : « La cohabitation Mitterrand-Chirac était plus heureuse. »
● Michel Rocard n’a pas de majorité. Il va dégainer 28 fois le 49.3 et multiplier les votes bloqués, alors que les socialistes s’étaient engagés à ne pas le faire.
- Nous avons vu, il y a 15 jours, l’œuvre législative de Michel Rocard : RMI, CSG, Livre blanc des retraites, Nouvelle-Calédonie, etc.
- « L’ouverture » n’a pas fonctionné : aucun dirigeant de droite n’est venu soutenir la solution Rocard.
- Le 15 mars 1991, François Mitterrand va contraindre Michel Rocard à la démission. Mais, entre-temps, il y eut la crise du PS.
● Au PS, le président souhaitait Laurent Fabius comme Premier secrétaire. Lors de la réunion du courant majoritaire (dit A-B) au Sénat, avant le Comité directeur du 14 mai 1988, il y a trois candidats : Pierre Mauroy, Louis Mermaz, Laurent Fabius. Le modernisme de ce dernier, combiné à la deuxième gauche de Rocard, permet aux jospinistes (Jospin restera silencieux) de faire basculer une alliance « Gauche sociale » mauroyiste, mermazienne et jospiniste pour le maire de Lille, qui devient Premier secrétaire.
Mitterrand est isolé dans son propre parti, mais n’a pas renoncé à y imposer l’un des siens.
B - Le congrès de Rennes
● Le congrès du 15 au 18 mars est précédé par le débat des neuf contributions :
- 1. « Fermer la parenthèse libérale » (J.-P. Chevènement). 2. « Débattre pour rassembler » (Mermaz-Joxe-Delors). 3. « Égalité » (Fabius). 4. « Un PS ouvert et renouvelé ». 5. « Socialisme » (Jospin, Emmanuelli, DSK, Delanoë, Vaillant). 6. « Un cours nouveau pour l’action socialiste » (Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray). 7. « Les chances du socialisme démocratique » (les rocardiens). 8. « Redistribuer le pouvoir pour changer la société » (Marie-Noëlle Lienemann). 9. « Un combat pour un contrat social » (J. Poperen, Colette Audry, ex-proche de Marceau Pivert). La contribution avait, à l’époque, un vrai statut de précongrès, donnait lieu à débat et à un Comité directeur (Conseil national) de synthèse.
● Les motions sont réduites à sept :
- 1. Mauroy-Jospin-Mermaz : 28,94 % ; 2. Poperen : 7,2 % ; 3. Michel Rocard : 24,26 % ; 4. Mélenchon-Dray : 1,35 % ; 5. Laurent Fabius : 28,84 % ; 6. Marie-Noëlle Lienemann : 0,66 % ; 7. J.-P. Chevènement : 8,52 %.
● Le congrès s’ouvre dans une ambiance délétère de violence verbale et de slogans pour chaque champion. Il y a, dans ce congrès, la superposition d’un affrontement politique, sociologique, institutionnel et tactique :
- Politique : la crise du courant majoritaire entre L. Fabius et L. Jospin recouvre des désaccords sur le type de socialisme dans l’après-mitterrandisme.
- Sociologique : il s’agit de l’affrontement entre l’appareil électoral (plutôt fabiusien) et l’appareil des fédérations (plutôt jospiniste).
- Institutionnel : Michel Rocard, qui est reclus dans sa chambre d’hôtel, ne veut pas s’impliquer avec L. Jospin et Pierre Mauroy car, Premier ministre, il mettrait F. Mitterrand, qui soutient L. Fabius, dans la minorité, provoquant ainsi une crise au sommet de l’État. Mais il ne souhaite pas non plus la victoire de L. Fabius, qui est son concurrent direct à la présidentielle.
- Tactique : la tradition veut que la synthèse s’organise autour de la motion arrivée en tête. Cela devait donc être Mauroy-Jospin. Mais, coup de théâtre, Mélenchon-Dray et Marie-Noëlle Lienemann se rallient en plein congrès à L. Fabius. Ce qui provoque un gigantesque charivari avec quelques noms d’oiseaux dûment rapportés par la presse.
- La commission des résolutions commence en toute fin d’après-midi dans les salons de la mairie. Elle dura toute la nuit et la matinée, débouchant sur une absence de synthèse.
- Pierre Mauroy, seul sur scène, une rose cassée à la main, fait image dans le 20 heures.
● 48 h plus tard, Pierre Mauroy (durement chapitré par F. Mitterrand ainsi que par les principaux acteurs) propose un accord : Fabius Premier secrétaire, M. Rocard candidat naturel à la présidentielle et lui candidat à la présidence de l’Internationale socialiste. C’est Jospin qui est isolé. Il déclare : « Je n’ai ni été consulté ni informé », ne participe pas au vote et s’en va. Le JDD en fait sa une et le montre seul, montant la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève : tout un symbole.
● Les gouvernements Cresson et Bérégovoy gouvernent dans un climat délétère.
● Congrès de Bordeaux du 10 au 12 juillet 1992, où Laurent Fabius est reconduit. Trois événements : 1. Daniel Vaillant présente les nouveaux statuts qui vont modifier le fonctionnement du PS. 2. Henri Emmanuelli est mis en examen « par voie de presse » dans l’affaire Urba en raison des fonctions qu’il occupait. 3. J. Delors se voit marginalisé en fin de congrès, à un horaire où les congressistes sont absents, et refuse de prendre la parole.
● 1993 : défaite de la gauche aux législatives. RPR : 257 députés ; UDF : 215 ; PS : 57 ; PC : 23.
● Le 3 avril, Comité directeur de crise à la Maison de la Chimie. L. Fabius est mis en minorité par les rocardiens et les jospinistes. H. Emmanuelli et DSK portent le fer contre L. Fabius, et la motion « d’ordre » qu’ils présentent renverse le Premier secrétaire, qui a eu la maladresse de dire, devant un parterre de battus, que lui, au moins, était élu. Michel Rocard devient Premier secrétaire du PS. Les fédérations fabiusiennes refusent de siéger dans les instances du PS. Une commission provisoire est constituée et administre le PS sans les fabiusiens et leurs fédérations. Les socialistes sont au bord de la scission. D. Percheron, au nom de la puissante fédération du Pas-de-Calais, fabiusien mais non hostile à Rocard, va être le vecteur de la normalisation. Il revient au Comité directeur, charge avec une rare violence la direction provisoire, mais annonce qu’il revient siéger. Les autres vont faire de même, discrètement encouragés par F. Mitterrand. Entre-temps, Michel Rocard s’entoure d’une jeune génération : B. Hamon, J. Glavany, P. Moscovici, Jean-Luc Mélenchon, M. Valls, C. Bartolone, J.-C. Cambadélis.
● M. Rocard décide de préparer le Rassemblement de la gauche (confié à JCC).
- La démarche des Assises de la transformation sociale, portée conjointement par J.-Y. Cochet, écolo, G. Wasserman, communiste, et JCC.
- Devant l’impossibilité de reproduire un programme commun, vu les hostilités d’appareils, il s’agit d’initier un processus de personnalités issues de différents partis. 746 responsables, de J. Sauvageot et Alain Geismar à L. Stoléru, signent un texte dans Le Monde : « Priorité aux idées, pas aux alliances. »
- Congrès du Bourget : Michel Rocard se prépare à prendre la tête de liste à l’élection européenne, alors que L. Jospin se proposait. Le Premier secrétaire confie à ce dernier de se charger du processus des Assises. La motion Refonder du Premier secrétaire obtient 82,27 %, celle de Jean Poperen, Une volonté à gauche, 11,14 %, celle de Mermaz-Dumas-Mexandeau, Unir dans la clarté, 6,6 %.
- Michel Rocard choisit J.-P. Huchon comme n° 2 au détriment du jospiniste de gauche H. Emmanuelli. F. Mitterrand, qui n’a jamais accepté le coup de force de M. Rocard, va jouer sur cette contradiction à l’intérieur et soutenir la campagne de B. Tapie à l’extérieur lors des Européennes.
- Résultat des élections européennes du 12 juin 1994 : Rocard est sèchement battu, 14,49 %, alors que B. Tapie obtient 12,03 %.
- Suite à ce résultat, Michel Rocard démissionne du poste de Premier secrétaire lors du Comité directeur du 19 juin 1994. Henri Emmanuelli dépose sa candidature, immédiatement soutenu par Laurent Fabius et Pierre Mauroy, pendant que Dominique Strauss-Kahn défend la sienne avec le soutien des rocardiens. Henri Emmanuelli est élu, le courant de Lionel Jospin éclate.
● Le congrès de Liévin des 18, 19 et 20 novembre 1994 :
- La motion H. Emmanuelli, « Être socialiste », recueille 92,15 %, et Vincent Peillon avec Christophe Clergeau, 7,85 %. L. Jospin, qui se retrouve seul, obtient de suivre les Assises de la transformation sociale. Henri Emmanuelli, qui a mis un coup de barre à gauche, s’adresse dans son discours final à J. Delors, qui semble le mieux placé des socialistes pour la présidentielle : « Jacques, fais ton devoir. » Le hiatus entre un parti très à gauche et un candidat de centre gauche est souligné par tous les observateurs.
- Création des rénovateurs : Mauroy, Aubry, DSK, Roman, Moscovici, Cambadélis, A. Richard et les rocardiens.
● La présidentielle est marquée par le conflit entre J. Chirac et É. Balladur. Au PS, on est suspendu à la décision de J. Delors, qui renonce, ouvrant la voie à L. Jospin, qui se déclare le soir même avec le soutien des « rénovateurs », puis à H. Emmanuelli, appuyé par L. Fabius, la Gauche socialiste, J. Poperen, F. Hollande et la quasi-totalité de l’appareil du PS. H. Emmanuelli est durement attaqué, dès les premiers jours, par G. Frêche, député-maire de Montpellier, sur les risques qu’il fait prendre au PS avec les affaires qui le touchent en tant qu’ancien trésorier. À la surprise générale, Lionel Jospin l’emporte.
- Au premier tour de l’élection présidentielle, Lionel Jospin arrive en tête avec 23,3 %, puis J. Chirac, 20,8 %, et le Premier ministre Édouard Balladur, 18,6 %. J. Chirac l’emporte au second tour. Jospin estime que c’est la fin d’un cycle, que la victoire était improbable, mais son succès au premier tour lui offre les portes du Premier secrétariat. C’est H. Emmanuelli qui, avec élégance, le proposera.
- L. Jospin Premier secrétaire, le PS modifie ses statuts. La double innovation, où l’on ne vote plus par mandat, mais « un homme égale une voix », et l’élection du Premier secrétaire au suffrage universel réduit la puissance des grandes fédérations et l’instabilité du Comité directeur, devenant Conseil national, puisque le Premier secrétaire ne peut être renversé.
● La dissolution de l’Assemblée, à la suite d’une note d’A. Juppé, attestant que la France n’est pas qualifiée pour l’euro, va tourner au désastre pour la majorité présidentielle.
- D. Vaillant et J.-C. Cambadélis mènent des négociations en étoile avec les partenaires. Il s’agit d’une sculpture de Cadere, dira Chevènement, où chaque élément équilibre l’autre et, de fait, la Gauche plurielle est une série d’accords bilatéraux. Le 29 avril 1997, une déclaration commune PS-PCF est adoptée, que L. Jospin ne signera pas.
- Le 2 juin 1997, la gauche gagne : c’est la troisième cohabitation.
C - Le Front populaire
réaliste
● Le gouvernement de la Gauche plurielle va accomplir une œuvre législative considérable sans programme commun. C’est la déclaration de politique générale de Lionel Jospin qui va faire office de feuille de route commune.
● La croissance du PIB est de 1 % supérieure à la croissance de l’Europe – emplois-jeunes et prime pour l’emploi – soutien à la croissance et allègement des charges – 35 heures – Couverture sociale universelle – Allocation personnalisée d’autonomie – loi Kouchner sur les droits des malades – AME – Allocation de rentrée scolaire – Congé parental – Compte bancaire pour les démunis – PACS – loi sur les gens du voyage – fin des fonds spéciaux – loi sur le contrôle des fonds publics – loi sur la présomption d’innocence – loi sur la sécurité du quotidien – loi sur la cybersécurité – instauration du quinquennat et inversion du calendrier – 5 novembre 1988, discours de Craonne sur les fusillés pour l’exemple, et le 5 novembre 2002, la loi sur l’accès des femmes aux fonctions électorales et la parité dans la Constitution.
- Dans le même temps, un train inégalé de privatisations : France Télécom, Thomson, GAN, CIC, AGF, la Société Marseillaise de Crédit, AGI France, le Crédit lyonnais, l’Aérospatiale, Matra, EADS, la Banque Hervet.
- Une dream team au gouvernement : DSK à l’Économie, Aubry aux Affaires sociales, Allègre à l’Éducation, Guigou à la Justice, Chevènement à l’Intérieur, Gayssot (PCF) aux Transports, D. Voynet (Verts) à l’Environnement.
- Un triumvirat au PS : F. Hollande, Premier secrétaire ; J.-C. Cambadélis, Fédérations et Relations extérieures ; A. Claeys, Trésorerie.
- Élections européennes : F. Hollande triomphe, 21,96 % ; Pasqua, 13 % ; Sarkozy, 12 % ; Le Pen, 5,70 %.
- Les premiers accrocs : 1999, démission de DSK ; 2000, démission d’Allègre, puis démission de J.-P. Chevènement et celle d’Aubry, qui décide de se présenter à Lille.
- Pour autant, un quinquennat sans crise sociale majeure, sans crise dans la Gauche plurielle, sans crise dans la cohabitation. En un mot, un exercice maîtrisé.
● La chute
- Les élections municipales sont marquées par un net recul des socialistes malgré la victoire de Delanoë à Paris et de Rebsamen à Dijon.
- Les sondages donnent tous, jusqu’au 4 mars (CSA), Jospin gagnant, confirmé 48 h plus tard par BVA, SOFRES, IFOP. Il s’installe l’idée que Jospin va être élu et qu’il faut peser à gauche sur le centre de gravité de la victoire (PCF-Verts), pendant que les Radicaux maintiennent la candidature Taubira et que J.-P. Chevènement cible directement le Premier ministre sur le thème : « Le bilan de Jospin est mauvais, celui de Chirac est nul. » « Jospin-Chirac, les frères siamois. » Max Gallo ira jusqu’à déclarer : « L’un ment, l’autre maquille. » Le 4 décembre, J.-P. Chevènement reçoit le soutien du directeur de l’Action française, Pierre Pujo.
- Jospin n’est pas dans son élément : la monarchie républicaine n’est pas sa culture et cela se sent.
- Le 21 avril 2002, le « coup de tonnerre » : avec seulement 28,40 % des inscrits, J. Chirac, 19,88 % ; J.-M. Le Pen, 16,86 % ; L. Jospin, 16,18 %. Jospin est éliminé du second tour.
Jospin : « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec. » Et il démissionne, estimant qu’il faut un électrochoc et, de fait, ce sera dans la gauche le long remords de 2002, qui protégera la gauche jusqu’en 2017, mais ne lui permettra pas de se refonder politiquement, idéologiquement, stratégiquement face à la montée du national-populisme.
● Congrès de Dijon en 2003 : François Hollande est élu. Laurent Fabius met au cœur du congrès la laïcité et, première historique, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, vient au congrès, pendant que l’ancien patron de SOS Racisme, Malek Boutih, rejoint le PS et soutient F. Hollande.
● 2004, élections régionales : Ségolène Royal est élue présidente de la région Poitou-Charentes et est le centre de toutes les attentions. Le traité pour une Constitution européenne est repoussé par les Français. C’est le tournant perçu en 2002 : le PS perd son hégémonie culturelle sur la gauche, mais profite du remords de 2002, ne construit pas un nouveau cycle et se désagrège en interne. Laurent Fabius est destitué de son poste de n° 2 pour avoir fait campagne contre le traité (H. Emmanuelli aussi). Mélenchon a pris part à cette offensive contre la décision du PS de voter oui. Il fera cause commune avec la CGT, le PCF et les comités pour le non. Il se proposera même comme débouché à la présidentielle de cette force, sans succès, mais, après J.-P. Chevènement, la rupture est consommée, elle en appellera d’autres.
● Le congrès du Mans, du 18 au 20 novembre 2005. Congrès du centenaire.
- Ségolène Royal ne cache pas son ambition pour la présidentielle, mais ne prend pas la parole. L’affrontement sera à l’applaudimètre entre les deux favoris, L. Fabius et DSK, parlant chacun une heure sans notes. Pendant que F. Hollande est reconduit, le NPS éclate à l’initiative de Montebourg. La synthèse cache à peine un parti humainement et politiquement très divisé, qui peine à se remettre du débat sur l’Europe et à être audible sur la crise des banlieues.
(Motion F. Hollande, M. Aubry, DSK : 53,6 % ; motion NPS : 23,6 % ; motion L. Fabius : 21,8 % ; motion Utopia : 1 % ; motion J.-M. Bockel : 0,65 %.)
● La primaire du Parti socialiste
- Ségolène Royal s’envole dans les sondages et Le Figaro annonce même qu’elle serait la seule à battre Nicolas Sarkozy. La plupart des grands élus basculent dans le soutien à sa candidature. Elle l’emporte dans le vote interne, dans une campagne dirigée par J. Dray et P. Mennucci. DSK arrive en seconde position et Fabius en troisième (Royal : 60,65 % ; DSK : 20,69 % ; Fabius : 18,66 %).
● La campagne présidentielle de Ségolène Royal est jugée par A. Duhamel comme psychédélique. Les cadres du PS la boudent pendant que la candidate les boude. Dans les derniers jours, elle tente un coup en suggérant que DSK pourrait être son Premier ministre. Cela ne donnera rien : elle est battue par Nicolas Sarkozy (53,06 % à 46,94 % pour Ségolène Royal).
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À dimanche prochain.




