5033 Jours de guerres en Europe
****
1. La présidentielle, une passion triste française.
2. Ça bouge à gauche.
****
1. La présidentielle, une passion triste française.
« Tout part et tout revient à la présidence de la République » se lamentait G. Pompidou : ce système vertical s’est grippé puis décomposé.
Les partis « font leur petite soupe dans leur petit coin » dénonçait le général De Gaulle. Il y mit fin et nous débouchons aujourd’hui sur la domination des populistes, pas forcément tenants de l’intérêt général.
Cette double crise réduit la présidentielle à un mirage vers lequel pourtant toute la vie politique nationale converge.
De Gaulle mit donc sous le boisseau de son talon de fer les partis fauteurs d’instabilité. Ils ne l’étaient pas en soi. Ce fut l’incapacité à régler la question de la décolonisation en général et celle de l’Algérie en particulier qui conduisit à cette impasse. Il fallait un sabre pour couper le bras mort qui gangrenait le pays. De Gaulle avait le prestige pour le faire et « sut s’adapter au terrain » comme me le dira un peu cruellement F. Mitterrand. En tout cas il réorienta la France vers l’Europe, rationalisa le tournant des Trente glorieuses, dota la France de l’arme nucléaire. Mais surtout, il légua à la France des institutions taillées sur mesure et c’est peut-être tout le problème. En tout cas la victoire posthume du général est là, les partis sont exsangues. Pour autant si la présidentielle a tué l’offre partisane elle s’est au fil du temps dévitalisée et s’apprête à accoucher de la victoire de l’extrême droite qui jettera le pays dans l’instabilité. La boucle est bouclée ?
Le paradoxe de la présidence de la République tient au fait qu’elle a absorbé - tel un trou noir - toute lumière politique mais elle n’est pas loin de s’effondrer sur elle-même au terme d’un long cheminement gravitationnel.
La présidentielle est devenue aujourd’hui un rituel désincarné où la France joue tous les cinq ans la ritournelle du grand changement. Cette passion française on la retrouve aux États-Unis et encore il s’agit là d’élire de grands électeurs. Elle va prendre pour cette édition un relief particulier.
La victoire possible de l’extrême droite, produit d’une longue déconstruction, peut modifier toute la donne de la politique. Mais son installation durable pèse déjà sur le climat politique français.
Nous sommes loin des pleins pouvoirs à de Gaulle en 1958, de la Constitution rédigée pour lui par Michel Debré, et du référendum-plébiscite de 1962 instaurant la monarchie républicaine.
F. Mitterrand, qui avait tant attaqué la Ve République, la sauva par deux fois avec l’alternance en 1981 et la cohabitation en 1986. L’arrivée de la gauche au pouvoir n’était pas prévue par les gaullistes ou les Giscardiens mais donnait à la Ve République une respiration inattendue après la grève générale de 1968 et le départ de de Gaulle en 69 largement voulu - déjà un signe - par un Sénat marqué à droite. La cohabitation en 1986, maîtrisée par le président français, évitait la crise de régime mais cantonnait la clé de voûte des institutions à un rôle de chef moral de l’opposition au Gouvernement de cohabitation Jacques Chirac. Il s’agissait d’une distorsion majeure dans la centralisation bonapartiste du régime. Le passage au pouvoir de la gauche puis la cohabitation et la réélection dépolitisée (La France unie) de F. Mitterrand provoquait la crise dans le PS qui se démitterandisa. Le PS échappa au président et la deuxième cohabitation de velours celle-ci, réduisit le vieux président malade à un surplomb spectateur.
Le parti gaulliste du règne interrompu de G. Pompidou, à la défaite du président Giscard d’Estaing en 1981, entrait en crise. D’abord par le lourd échec du baron du gaullisme Chaban-Delmas trahi par J. Chirac et éliminé au premier tour de la présidentielle et la victoire du libéral atlantiste pro-Algérie française Giscard. Sous cette « victoire » couvait déjà celle de la gauche, différée par la division du PCF, dictée par Moscou. Giscard voulut mettre fin à la « République des coquins et des copains » gaullistes mais récompensa J. Chirac à Matignon. Et ce fut l’affrontement entre les Giscardiens et les Chiraquiens néogaullistes. Cette rivalité favorisa la victoire de la gauche en 1981. Face à ce séisme une fraction de l’électorat gaulliste anticommuniste retourna à l’extrême droite, pendant que le Parti communiste, défait par le PS dans la gauche et sans tuteur après la chute du mur de Berlin, s’affaissa libérant un vote FN protestataire xénophobe stimulé par un chômage et une précarité de masse.
F. Mitterrand fut le dernier monarque romanesque cultivé et jupitérien appuyé sur un parti et des réseaux transpartisans personnels. Depuis, le bonapartisme reste comme la trace d’une réalité monarchique disparue.
La Ve République est devenue le régime des régents. Des hommes, que des hommes d’ailleurs, intelligents et ambitieux pour leur pays autant que pour eux-mêmes mais régents. La rencontre entre un homme et un peuple inhérente aux institutions laissa place à la rencontre entre des prétendants et des sondages.
J. Chirac fut le premier de cette séquence et parallèlement à sa présidence, la naissance des primaires dans les partis de gouvernement démontra la crise de leadership dans ces partis. Elle débonapartisera et parlementarisera la sélection du « candidat-président ». Ce fut une démocratisation bienvenue mais cet « emprunt américain » contrevenait à l’esprit - au sens strict du terme - des institutions.
Le tournant décisif dans cette remise en cause fut la décision « Jospin-Giscard » suivie par J. Chirac - pour le quinquennat une idée de G. Pompidou. Elle désacralisa le « règne » codifié par sa temporalité spécifique de sept ans, et instaura une « fonction » sans réifier pour autant les partis car elle s’accompagnait de l’inversion du calendrier (d’abord la présidentielle puis les législatives).
Jupiter descendait de l’Olympe mais privé de ses attributs il était banal ou normal, pendant que les partis politiques affaiblis par la quête présidentielle et la dépolitisation ne se maintenaient que par le bipartisme. Cette situation où l’exécutif était anémié et les partis atrophiés laissait un espace à une contestation tribunitienne et populiste utilisée par Le Pen qui commença à décomposer la droite. Cette dernière se fractura sur la question européenne : son aile souverainiste fit obstacle à l’Europe politique. Et le contournement du vote majoritaire contre ouvrit un champ au populisme entre la France d’en haut et d’en bas qui nourrira tout l’imaginaire politique et fracassa ce qui restait de gaullisme. La gauche grâce à un PS central et une gauche plurielle imposa une nouvelle cohabitation mais de cinq ans celle-là, marquée par le passage du pouvoir à Matignon. Ce retrait forcé du « monarque » le préserva et lui permit de tenter de l’emporter face à une gauche certaine de l’emporter. Et ce fut la première manifestation du populisme à gauche. La campagne de J.-P. Chevènement en 2002 eut comme ressort un « ni droite ni gauche » ou un « Chirac-Jospin, du pareil au même » qui conduisit à la défaite de la gauche et l’institutionnalisation de Le Pen par sa qualification au 2e tour. Si J.-L. Mélenchon ramassa ce gant, 2002 a frappé à mort le PS, il fit mine de ne pas voir et vécut sur ce remords.
L’affaiblissement de l’exécutif s’était poursuivi avec le travail de sape de Nicolas Sarkozy contre le président Chirac puis la victoire de l’ancien maire de Neuilly à la présidentielle. Elle déboucha sur l’« ouverture » premier coup de canif significatif dans le bipartisme. Le passage de l’ouverture au nationalisme d’exclusion avec le discours de Grenoble fractura la droite. Les démocrates chrétiens avec F. Bayrou s’opposèrent à sa réélection. Et la gauche s’imposa avec F. Hollande sur un rejet habilement géré par le nouveau président. Les sondages stratosphériques de DSK avant sa propre déchéance l’annonçaient déjà. Mais la nécessité de redresser les finances publiques et réduire le chômage, la politique de l’offre mit le PS au bord de la scission. Les frondeurs minèrent à leur tour le président en remettant en cause son autorité au-delà de la politique économique, cherchant à imposer le pouvoir du Parlement contre l’exécutif. Ils déposèrent même une motion de censure contre leur gouvernement puis travaillèrent à empêcher le président sortant de se représenter. Ils provoquèrent la déroute de l’un des leurs à la présidentielle ramenant le PS au score de la SFIO finissante. Puis leur devoir accompli, ils le quittèrent. Pendant que d’autres, à commencer par l’ancien premier ministre M. Valls volèrent au secours de la victoire d’E. Macron.
La fin du bipartisme avec sa victoire sur les partis de gouvernement exsangues, libéra les populistes qui accédaient définitivement à la compétition présidentielle. On a voulu voir la fin du « monde d’avant » sans percevoir que cette fin préparait le « monde d’après » avec le règne des populistes et des nationalistes. Le ruissellement cher à E. Macron ne fut que celui de l’idéologie de l’extrême droite dans toute la société au point de devenir idéologie dominante en résonance avec la vague planétaire national populiste. Ce fait devint structurant au point que depuis quinze ans la présidentielle se réduit au vote utile et à « qui peut battre l’extrême droite » laissant les questions vitales en jachère.
E. Macron crut trouver là le moyen de se maintenir. Dans ce tête-à-tête avec le populisme il perdit beaucoup et ces derniers en profitèrent énormément.
La réélection par défaut d’E. Macron déboucha sur une absence de majorité au Parlement. La crise du couple président - partis prenait un nouveau relief.
La dissolution liquida le peu qu’il restait de « pouvoir personnel » la défaite du parti présidentiel tout à la fois devant le cartel des Gauches et le Rassemblement national posait la question du maintien du président. E. Macron choisit de rester. Il ne dut son salut qu’à la décision du PS aiguillonné par F. Hollande de ne pas précipiter la crise de régime. Mais ce maintien tranchait clairement avec le départ du général de Gaulle en 1969 après sa défaite au référendum. La pratique des institutions n’était plus gaullienne et achevait cette déconstruction « en marche » Et cela alors que les Français déjà déboussolés par la condamnation à la prison de J. Chirac virent éberlués N. Sarkozy embastillé. On n’imaginait pas de Gaulle mis en examen mais encore moins en prison pour « association de malfaiteurs. » Ceci renforça un abstentionnisme de masse. Un climat de méfiance, même une culture de la defiance, de l’amertume, de la critique systématique s’installa dans un pays qui n avançait pas. La perte de confiance des citoyens dans les représentations prit une dimension systémique rendant quasiment impossible la stabilité au-delà des quelques semaines suivant l’élection présidentielle.
Le monarque républicain n’a plus symboliquement et politiquement l’assise nécessaire à son statut, pendant que les partis politiques n’ont plus de force propulsive. Il ne reste plus debout que des institutions « inhabitées » et inadaptées au monde tel qu’il est advenu.
L’imaginaire reste ; la réalité n’est plus. L’impression rétinienne est celle des très riches heures du bonapartisme triomphant mais il n’est que l’ombre de lui-même. Quant aux partis politiques, ils ont été passés à la moulinette de la présidentielle. Ils libèrent des « personnalités - partis » qui ont toute légitimité à se faire entendre mais n’ont pour la plupart pour seul destin celui de se faire entendre.
Ce pouvoir vers lequel tout politique tend n’est que la lumière d’une étoile morte. Cette passion française devient une passion triste : elle va se terminer tristement.
****
2. Ça bouge à gauche.
Dans le brouhaha des mots et des maux, dans la bousculade des ambitions se joue une lente et chaotique clarification à gauche qui est l’une des clés de cette présidentielle.
Mon propos n’est pas de spéculer sur la mère des batailles, sous la Ve République dont nous venons de voir combien elle était un leurre. La gauche a peu de chances tant elle a tardé à se recomposer, à se reformuler. Mais ce n’est pas totalement joué car hors l’offre structurante de l’extrême droite la situation est volatile, tout entière articulée autour d’un putatif vote utile pour le second tour. Et il est probable que la présence d’un social-démocrate a plus de chance de rassembler les Français dans ce moment crucial qu’un candidat issu du bloc macroniste ayant peu ou prou conduit la France là où elle est aujourd’hui. Mais la qualification pour la finale ne se décrète pas en politique comme au football. Par contre nous pouvons déceler dans les événements en cours, le paysage de la gauche dans les années à venir. Et ceci même si celle-ci passe au travers de ce moment qui peut être historique du seul fait de l’accession de l’extrême droite au pouvoir.
Je vous ai expliqué en quoi nous étions dans le « dernier Mélenchon » (Les Instantanés) principalement parce qu’il est à ce point réprouvé que le risque de sa qualification au deuxième tour, provoquera un vote utile pour que cela ne soit pas ainsi. Ce rejet ne peut que faire image lorsqu’on voit la déroute que serait la sienne et celle de la République dans un face à face avec Marine Le Pen au second tour. Je vous ai expliqué en quoi la montée de la génération « radical-identitaire » au sein de la France insoumise allait amorcer un nouveau cycle dans cette mouvance. Il faut maintenant se pencher sur un autre fait déterminant. Le vote intervenu le 9 juillet au Parti socialiste participe de la maturation nouvelle. Il ferme au PS la séquence de la subordination au mélenchonisme, mais aussi celle de la tentative d’un « accommodement ». Cette position qui, tout en dénonçant le bruit et la fureur de Mélenchon, voit dans la radicalité de son programme, la solution pour se défaire de l’extrême droite, pour la gauche, et pour le pays. On peut résumer cette posture qui est une imposture ainsi : la France insoumise n’est pas en cause : seule son incarnation est la cuillerée de goudron dans le baril de miel d’une radicalité nécessaire.
Ce vote du PS est important à plusieurs titres : il marque la naissance d’un espace potentiellement social-démocrate et oblige au partage des eaux. Et cela quel que soit le candidat à la présidentielle de ce pôle - s’il n’est pas battu par Faure —, c’est une recomposition qui est en marche entre la social-démocratie et le populisme de gauche.
Dès le lendemain du vote socialiste l’écologiste Sandrine Rousseau déclara : « il faut discuter, négocier, soutenir Jean-Luc Mélenchon ». Treize députés dont la présidente du groupe écologiste ont la même inclinaison. Puis ce fut au tour de Génération.s de jeter l’éponge et de s’interroger publiquement sur Mélenchon. C’est ensuite Clémentine Autain qui renonce à concourir et demande à Mélenchon de faire œuvre de rassemblement. Contrairement aux chiffres affichés dans les sondages, il en a bien besoin car il est confronté à un front du refus. Les ralliements au leader de la France insoumise ne sont ni de gros pourvoyeurs de voix ni accueillis avec un enthousiasme débordant par les insoumis.
Par contre ce qui est en train de se déliter, c’est ce « groupe tampon » qui était favorable à une ligne Mélenchon sans Mélenchon et le servait en dernière analyse.
Pour le paraphraser, entre lui et les sociaux-démocrates il n’y aura bientôt rien. Si ce n’est Marine Tondelier ou Ruffin qui vont subir les conséquences de la désintégration de la stratégie néomélenchoniste.
En effet, à l’autre pôle R. Glucksmann est dans les sondages entre 9 et 11 % et donc très loin en tête de la gauche non mélenchoniste. François Hollande revient, lui, en force. Il est maintenant l’homme politique préféré des Français et même l’homme de gauche en tête chez les Français. La compétition « maîtrisée » entre les deux hommes vient de subir une mutation. Il y a l’inversion des rôles entre les deux sociaux-démocrates. C’est maintenant F. Hollande qui est « dehors » et R. Glucksmann qui est « dedans ». L’ancien président prend acte d’un calendrier de la primaire qui volontairement l’empêche d’être prêt, mais surtout qui intervient trop tôt dans la maturation de l’opinion. Il le fait sans condamner la primaire mais exerce ainsi une pression sur celle-ci et ses acteurs tout en lui permettant de s’adresser directement au pays. Alors que R. Glucksmann qui jusque-là se tenait en lisière de la gauche « officielle » et pour tout dire du PS se propose moyennant quelques conditions de participer au jeu de la primaire interne aux socialistes et Place publique.
R. Glucksmann estime qu’une primaire de « ratification » de sa candidature serait un juste retour des choses pour lui qui a redonné des couleurs à la gauche réformiste lors des européennes, tandis que F. Hollande introduit un élément nouveau dans le hollandisme : « c’est l’offre programmatique qui fera la dynamique ». Il défend l’idée d’une nouvelle gauche pour intervenir dans une nouvelle époque. Ce que ne réprouve pas Raphaël Glucksmann mais ce dernier parie plutôt sur une dynamique rendue possible par une cause commune PS Place publique. Les deux sont pour autant prudents. Le député européen entretient le flou sur sa candidature définitive ; il s’est laissé jusqu’en septembre pour la confirmer ou pas. François Hollande déclare : « je peux être utile mais pas une candidature de témoignage ». Il se place d’emblée, s’il y va, dans la catégorie des gagnants possibles et fait ainsi la différence avec Mélenchon qui lui est dans la catégorie de ceux qui ne peuvent l’emporter. L’ancien président a fait de la patience dans l’époque de l’immédiateté une vertu du présidentiable.
Il faut ajouter que ce camp, aujourd’hui enfin majoritaire chez les électeurs de gauche, est irrigué d’autres offres. « laïque - républicain » avec J. Guedj qui vient d’écrire aux maires laissant entendre qu’il ne laisserait pas imposer n’importe quoi. Celle de P. Brun et la thématique de la « feuille de paye » pour reconquérir les couches populaires. Ou de K. Bouamrane et son nouvel humanisme populaire. On peut penser ce qu’on veut, on peut crier au trop-plein, on peut se gausser de l’inflation de candidatures mais ces offres multiples et parfois concurrentes donnent vie à un espace commun. Il respire, pense, élabore, se confronte à bas bruit. Qu’on ne me raconte pas de balivernes : le parti d’Épinay avant que Mitterrand n’asseye définitivement son autorité - et même après, souvenons-nous du congrès de Metz où le futur président fut malmené par M. Rocard — le PS était une formation vivante traversée de courants et de personnalités.
Au-delà de la présidentielle, cet espace a vocation à écrire une nouvelle page de la gauche et, qui sait, déboucher même sur un nouvel Épinay. Il y a des indices peu visibles pour le profane mais qui indiquent le cycle en cours, que ce soit la réintégration dans ce périmètre des anciens de la gauche du PS hier dans l’orbite de la France insoumise comme E. Maurel, Marie-Noëlle Lienemann, ou des héritiers d’Henri Emmanuelli comme les animateurs du club « Les Nouveaux Mondes ». Et dans le même temps l’intérêt à ce qui se passe chez les sociaux-démocrates au Modem mais pas seulement ou dans les cercles de la gauche macroniste, j’ai pu le constater lors de mon débat « la social-démocratie au cœur du jeu » avec Agnès Punier-Runacher à l’Assemblée nationale. Enfin, lors du débat par discours interposés au Mans à l’initiative de Stéphane Le Foll entre F. Hollande, B. Cazeneuve et Raphaël Glucksmann, le public nombreux marquait son intérêt pour cette communauté de dessein à défaut de destin.
Après l’éclatement et la décomposition, la recomposition est à l’œuvre. Reste B. Cazeneuve : l’homme n’est vraiment pas facile. Mais il s’agit incontestablement d’une personnalité qui compte. Il n’est pas simple non plus dans ses choix. Il voulait conduire la campagne législative en 2017 mais ne souhaitait plus être candidat. Il quitta le PS alors que nous engagions le combat contre la mélenchonisation des socialistes. Il fit offre de candidature alors que nous venions de le gagner. Il voulut être Premier ministre dans la crise parlementaire - cela aurait eu de la gueule - sans solliciter le PS et s’étonna que celui-ci le lui refuse. Il proposa une liste autonome aux européennes mais présentée par ses amis radicaux il ne la soutiendra pas vraiment. Il fut pour l’union des réformistes à la condition d’en être le « primus inter pares » comme il l’exposa à la totalité des acteurs sociaux-démocrates réunis par votre serviteur le 21 mars 2023. Il proposa la fusion de sa Convention avec Place publique et s’offusqua que R. Glucksmann n’obtempère pas.
L’ancien premier ministre qui aime faire rire n’est pas un rigolo. C’est un homme d’État intègre plus républicain que social-démocrate. Il ne veut ni être dans la primaire ni dire qu’il n’en sera pas. Il tente donc une candidature devant les Français mais ne brûle pas pour autant ses vaisseaux puisque selon ses proches, il ne s’agit pas d’une candidature en bonne et due forme : il soumet seulement « un contrat » aux Français. Celui-ci présente deux atouts majeurs pour le périmètre que nous décrivons. La lettre aux Français réhabilite la pratique du pouvoir comme horizon et réconcilie le social et le régalien, même si on reste sur sa faim dans le domaine essentiel pour une nouvelle gauche de gouvernement : le défi climatique. Quoi qu’il se passe B. Cazeneuve est et restera une voix de cet espace qui voit le jour.
Ça bouge donc, ça se bat, ça élabore, pense, propose dans ce nouveau pôle qui n’est pas réductible au PS puisqu’il en était un courant qui vient de prendre « le pouvoir ». La vie et le futur sont là.
La clarification est en route. Elle a donc son importance pour la présidentielle. Mais elle conditionne aussi l’avenir de la gauche.
La route ne sera pas pavée de roses mais nous venons de passer le stade des bourgeons.
*
À dimanche prochain




