5043 Jours de Guerre en Europe

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1.     La primaire de la petite Gauche, c’est non

2.     Changement de pieds pour mieux sauter

3.     Enfin, le 49.3 vint.

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1/ La primaire de la petite gauche, c’est non !

Dès le premier jour de la Nupes, j’avais mis en garde publiquement les socialistes.
Je récidive aujourd’hui en les exhortant à ne pas entrer dans la primaire de la petite gauche pour la présidentielle, qui n’est autre que la primaire du seul groupe écologiste à l’Assemblée nationale.

La Nupes n’était pas une union, mais une reddition, une abdication socialiste, qui conduisait à une subordination au populisme de gauche inapproprié et lourd de dangers. Sa version Nouveau Front Populaire, bâtie à la va-vite pour effacer le succès socialiste et de Raphaël Glucksmann aux Européennes, ne valait guère mieux. Elle avait comme seul avantage l’apparence d’un contrepoids à l’extrême droite.
Mélenchon dérivait déjà dans l’antisémitisme d’atmosphère, faisait de l’affrontement frontal tous azimuts le premier acte de la révolution et rendait l’alliance impropre à présenter une alternative crédible au macronisme finissant et au national-populisme d’extrême droite prétendant au pouvoir.
L’urgence face à une dissolution aussi soudaine que folle et un front républicain inattendu cacha cette bévue. La pantalonnade du Premier ministre « NFP » passée, il ne restait qu’à se désarrimer de cette subordination au mélenchonisme rendu impraticable, même pour les plus « gauchisto-unitaires » des socialistes, qui rentraient penauds à la maison, après les derniers feux d’un congrès du PS en trompe-l’œil.
Mélenchon, entre-temps, est devenu l’homme le plus détesté de France — il vient de se fâcher avec la CGT, qui a adopté à la quasi-unanimité un texte sévère à son endroit. Il campe sur le réduit des 10 % du vote d’extrême gauche, ne s’occupe qu’à entretenir ce fortin électoral et flatte un prétendu vote communautaire.

La brouille — socialistes désespérément polis avec Mélenchon — fut chose faite au travers du débat budgétaire. Macron jeta par-dessus bord une grande partie de son bilan pour que sa montgolfière ne s’écrase pas avant la ligne d’arrivée, et Mélenchon refusa même de soutenir la suspension de la réforme des retraites, comme l’avait exigé l’intersyndicale.
Le débat fut un peu longuet : il fallait ne pas lâcher LR, ne pas fatiguer la majorité du Sénat, tout en tentant de ramener des écologistes qui ne voulaient pas lâcher la main de Mélenchon. Mais ce « moment » servit de véhicule pour réancrer le PS dans une culture de gouvernement, du compromis conséquent, nécessaire à l’état du pays et à sa stabilité, pour reprendre les mots du « président » Hollande.

Au moment où les socialistes sont présentés comme vainqueurs de cette séquence parlementaire, obtenant de surcroît pour les Français nombre de concessions au libéralisme dominant ;
au moment où les Français sont confrontés à de multiples difficultés et à la marche incertaine et dangereuse du monde ;
au moment où une vraie gauche responsable triomphe, où les socialistes résistent dans les études d’opinion des municipales ;
c’est à cet instant que, patatras, les fauristes nous font une rechute. Nous voilà repartis dans l’autre sens, dans un retour incongru vers une « alliance primaire » de la « radicalité soft ».

Cette primaire n’a ni queue ni tête. Son périmètre est réduit à une Marine Tondelier empêtrée dans ses dîners avec les « cathos tradis », qui a tombé la veste verte pour l’occasion et joue les « mères-omptoires » : « c’est comme cela et pas autrement, on vous l’imposera » à ceux qui osent ne pas goûter l’opération primaire de Bagneux.
Eh bien si ! Les socialistes doivent dire non, ne pas participer, et boycotter s’il le faut cette primaire-moignon. Enfin !!!
Ouvrons les yeux sur la forme d’abord. Elle ne rassemble pas la gauche : il y a plus de monde à l’extérieur du périmètre qu’à l’intérieur. Ni Glucksmann, ni Mélenchon, ni Hollande, ni Cazeneuve, ni Guedj, ni Bouamrane ne veulent s’y intégrer. Le Parti communiste et les Radicaux refusent d’en être, la moitié du PS — Geoffroy, Mayer-Rossignol, Brun, Delga — tout autant.
Quant à Boris Vallaud, qui administre la direction du PS avec O. Faure, il fait de la désignation du candidat socialiste un préalable à toute primaire.
Alors, qu’est-ce qu’il reste dans ce bateau ? Les écologistes !? Pas tout à fait d’ailleurs, puisque Jadot et Duflot ont pris leurs distances, le courant de O. Faure au PS et un quarteron de députés rescapés des purges de LFI, lestés par un député de Génération.s qui se targue d’être le chouchou de Mélenchon.
Il s’agit en fait de la primaire du groupe parlementaire écologiste. Groupe sous la pression de Ruffin, Autain, Corbière, qui ne se distinguent sur le fond en rien de LFI. On pourrait d’ailleurs les apostropher : « Vous pensez, agissez, votez comme “Avant” avec Mélenchon et ne voyez à gauche aucun avenir sans sa participation à l’union. Où sont vos divergences avec lui, camarades, à part qu’il parle dru ? »

Étrange paradoxe, quand même : le PS doit son retour dans le jeu politique à sa position « responsable de gauche » sur le budget, et il propose d’organiser une primaire, en un mot un candidat commun à la présidentielle avec ceux qui refusent cette démarche.
Marine Tondelier déclarant : « Je ne sais pas à quoi jouent les socialistes », à propos des succès des socialistes dans le débat budgétaire.
On ne peut marier de force ceux qui sont pour un compromis pour le pays et ceux qui refusent tout compromis pour préserver Mélenchon, dont ils veulent rester amis. Le budget n’est-il pas le « partage des eaux » dans le débat politique ?

Comment comprendre que O. Faure ferraille le mercredi contre ceux qui mettent en cause sa démarche de compromis, se présente comme le chantre de la gauche réformiste, se gausse à raison de ceux qui se « limitent à la critique », dont les écologistes, en déclarant : « Où étaient-ils quand il fallait peser dans la discussion ? », et pactise avec eux le samedi autour du « socle commun de la rupture » dans la conférence de presse annonçant la primaire ?

La crédibilité d’une alliance est son centre de gravité. Et là ! il ne correspond pas au compromis exigeant défendu au Parlement par les socialistes.

La présidentielle sous la Ve République, c’est la clarté dans l’incarnation de la Nation. Elle n’aura jamais été aussi importante vu le basculement du monde. Et là ! nous sommes dans « l’à-peu-près », le « faux-semblant », le flou pour préserver une union de façade, vu les divergences avec les écologistes sur toutes les questions internationales.

En un mot, la démarche de cette primaire est étroite dans la forme, sans forme sur le fond.
Cette annonce de primaire est d’autant plus délétère qu’elle percute la préparation des municipales. Elle s’apparente par ailleurs à un croche-pied pour les candidats qui cherchent à crédibiliser la vraie gauche, celle qui gagne, obtient des résultats, une gauche de l’intérêt général, ô combien nécessaire pour faire barrage à la poussée du RN. Ce n’était pas l’urgence du moment.
Enfin, cette malencontreuse initiative prend le risque de réactiver la division au sein du PS alors que les opposants à la « ligne Faure » ont scrupuleusement évité toute polémique depuis septembre, ce qui a été déterminant dans le rapport de force avec le Premier ministre.

Marine Tondelier verrouille le PS dans une primaire avec les Verts, non seulement avant que les socialistes en débattent, mais avant que les élections municipales aient rendu leurs verdicts sur la représentativité de ceux-ci. Les Verts croient tenir ainsi Faure, pendant que ce dernier parie sur leur échec aux municipales pour s’imposer dans l’étau de la primaire de la gauche.
Et vu le mode de scrutin — discuté nulle part — envisagé : un classement plutôt qu’une désignation au suffrage universel, il se voit le recours dans cette roulette russe. Et au passage, ce mode de scrutin « dépossède le PS du choix de son candidat, permet aux écologistes et autres de choisir le socialiste de leur choix. C’est une dissolution du PS dans le « parti de la primaire verte ».

Dans le monde tel qu’il est, la France telle qu’elle peut devenir, cela est pathétique.

Comment ne pas s’opposer à cette nouvelle régression ?

Les socialistes doivent aborder les échéances dans le bon ordre. D’abord les municipales : elles ne sont pas gagnées. Ensuite, le projet : le monde est suffisamment chahuté pour en discuter. Puis l’élargissement en rassemblant, dans une fédération, les tenants de la gauche du réel, ou mieux dans un nouveau PS s’ils le souhaitent.
Et ce sera le temps de la désignation du candidat des socialistes à la présidentielle : les adhérents ne peuvent être dépossédés de ce choix.
Enfin, une alliance pour les législatives : ce sera déterminant en cas de victoire du candidat socialiste ou de l’extrême droite. Nous avons gagné ainsi avec Mitterrand et Hollande, et la gauche plurielle de Jospin procédait de cette démarche.
La subordination à la petite gauche, fut-elle sous le masque des écologistes, prend le tapis roulant de l’histoire à l’envers.
La primaire des écolos, c’est NON !

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2/ Trump, changement de pieds pour mieux sauter

Trump est « imprévisible, ingérable ». Nixon avait déjà théorisé cette attitude où tout est possible comme la forme ultime du rapport de force. Mais précisément, il faut distinguer ce qui relève du personnage fatigué, vaniteux et de peu de foi, et la tendance lourde de notre époque. Sinon, nous danserons au bout d’une corde au gré des foucades trumpiennes.

La déclaration de guerre à l’Europe — car c’est de cela qu’il s’agit — se proposant d’annexer une partie de son territoire semblait improbable ; pour autant, elle devenait possible.

La stratégie des États-Unis est clairement un glacis américain pour reconstruire son hégémonie ébranlée ou entamée par la Chine, mais aussi économiquement par l’Europe et les BRICS. Il faut partager l’appréciation du Premier ministre canadien Mark Carney dans son discours de Davos : nous ne sommes pas dans une transition, mais une rupture.
Trump donne les traits de sa sénilité obsessionnelle, de son agressivité, à ces orientations stratégiques. Le choix de l’escalade de la discorde est tout à la fois une ligne, une humeur et un dérivatif. En effet, il ne faut jamais oublier qu’il s’agit, un jour, de faire oublier la mascarade du Venezuela, un autre jour, la volte-face en Iran ou l’échec économique.
Dans ce monde transformé en flipper, il faut suivre la trajectoire de la boule, pas ses rebondissements sur les obstacles.

Au moment où j’écris, le Groenland occupe tous les esprits, au point que, pour les Français sondés à l’occasion de l’anniversaire de l’investiture de Trump, les États-Unis sont au même niveau que la Russie, la Chine et la Corée du Nord comme danger pour notre pays.
On mesure ainsi le bouleversement.

Les États-Unis veulent-ils faire main basse sur cette partie du territoire européen ? Rationnellement non : ils y sont déjà présents, pointent leurs missiles sur l’Europe depuis des lustres, le Danemark ne leur refuse rien, l’OPA économique sur les ressources minières est une question de prix.

Mais c’est sans compter sur la nécessité de passer du statut de gendarme du monde à celui de garde champêtre de son « hémisphère », pour parler comme Donald Trump. Et dans ce cas-là, la géographie, tout autant que le délire de Trump, compte.
De l’Alaska aux quarantièmes rugissants, cette « terra americana » doit, sous une forme ou une autre, régner. Les États-Unis ne cessent pas d’être un empire, ils se réorganisent, tenant compte de la nouvelle donne mondiale, la compétition avec la Chine et la fin de la domination du monde occidental.
Dans cette nouvelle répartition des forces, l’Europe est clairement un enjeu géoéconomique entre ce que l’on aurait appelé hier les grandes puissances.

Les États-Unis doivent manœuvrer en retraite pour imposer leur loi, sans le rapport de force de l’hyperpuissance qu’ils ne sont plus. Ils sont confrontés à un léger sujet que n’ont pas leurs concurrents : les États-Unis sont une démocratie.
Ils doivent faire avec un État de droit — que Trump aimerait entamer — et une démocratie électorale qu’il aimerait enterrer. Par exemple, la décision de la Cour suprême sur le droit du président à utiliser les hausses des tarifs douaniers sans en référer au Congrès est un obstacle à gérer, et les élections de « midterm », où la défaite du camp républicain est maintenant une vraie possibilité.
Toutes les études d’opinion sont défavorables à Trump, et le poison du rejet s’instille partout plus que celui de l’alternative. Ces élections de mi-mandat se prêtent à ce type de rappel à l’ordre. Nous allons vers le vote sanction (65 % disent ne pas être fiers de l’avoir comme président, 70 % jugent l’économie mauvaise, deux tiers que Trump ne s’occupe pas d’eux).
Et pour couronner le tout, l’influent Wall Street Journal de l’empire Murdoch vient de le lâcher, constatant que les capacités cognitives du vieux président sont entamées.

Donc, il doit faire vite, ne serait-ce que pour créer un « choc patriotique » avant les échéances de cet automne. La chasse aux émigrés avec sa milice ne suffit plus. Cela pouvait être l’Iran, mais les pays arabes et Israël ont dit ensemble — un comble — non !
Il faut dire que l’Iran a une arme redoutable avec les Houthis bloquant le détroit d’Ormuz. Trump n’est pas prêt à y surseoir…
Comme la paix en Ukraine est subordonnée, dans l’approche de Trump, au bon vouloir de Poutine, reste le Groenland, avec le gros mensonge sur la menace de la Chine et de la Russie s’installant au milieu des pingouins.
Mais là encore, débarquer au Groenland est impossible, l’acheter est improbable. Il faut donc avancer à coups de boutoir dans cette réorganisation à marche forcée.

La lettre pleurnicharde et agressive de D. Trump au Premier ministre norvégien, où le président américain indique qu’il n’est plus obligé de « s’occuper de la paix », est signifiante. On a voulu y voir le coup de pied de l’âne du milliardaire président, parce que éconduit du prix Nobel de la paix. C’est l’écume des choses.
Il s’agit aussi d’une lourde menace à propos de l’Ukraine et de l’OTAN. D’ailleurs, Zelensky, au bord de la rupture depuis des mois sur le front du Donbass, s’est aussitôt alarmé des retombées de ce conflit sur le Groenland pour son pays.
D. Trump a confirmé cet état d’esprit dans sa bouillie pour les chats de discours depuis Davos, déclarant ne vouloir qu’« un bout de banquise » et que, si on ne voulait pas, « on s’en souviendra », dit-il. Il suggère ainsi sa possible prise de distance de l’OTAN.

Mais ce n’est pas tout : il transforme le « Conseil de la paix », son organisme chargé de reconstruire Gaza, en un organe concurrent de l’ONU, invitant — sous sa présidence, indeed — la Terre entière et menaçant ceux qui s’y dérobent.
Encore une fois, il s’agit du désengagement du multilatéralisme américain (OMC, OTAN, ONU, UNESCO, Accord de Paris, UE, etc.) au profit de l’unilatéralisme US géré de façon « pittoresque » par D. Trump. Et dans ce domaine, tout est possible : le coup de force comme le coup de bluff.
On comprend pourquoi la Bourse dévisse, les opinions s’inquiètent et les capitales sont dans l’expectative.

D’autant que « Trump souvent varie ». S’il a fait don de son agressivité inconstante à l’Amérique comme levier pour avancer, il ne peut par le seul verbe modifier le monde et trouve souvent, voire toujours, des limites à sa rhétorique. Cela est patent sur le Groenland.
Il a réussi le tour de force de rassembler les Européens, de Meloni à Macron, dont le look « Top Gun » déteint sur le discours.
Dans l’impasse, menaçant sans passer à l’acte à coups de moulinets rhétoriques, il dut son salut à Mark Rutte, le patron de l’OTAN.

Ce dernier offre à « Daddy », comme il l’appelle, une porte de sortie. Le raisonnement de Trump, pour ce qu’il a de censé, repose sur l’exemple de la Deuxième Guerre mondiale, où les Américains durent occuper le Groenland alors que les nazis occupaient le Danemark.
Rutte a indiqué au président américain qu’il y avait aujourd’hui l’OTAN, dont les Américains font partie. C’était donc la même chose, mais appelée autrement, et les Américains peuvent agrandir leurs bases, voire installer des bastions sous pavillon OTAN.
Trump, tout heureux de reculer, déclare évidemment victoire, alors que ni les Danois ni les Groenlandais n’ont été consultés, et l’Europe crie au succès sous les moqueries. Incontestablement, entre l’annexion et la gestion collective de la sécurité de l’île dans le cadre de l’OTAN, il y a plus qu’un bougé.

Mais cette affaire n’est pas terminée. Ne jouons pas le lâche soulagement à la Chamberlain, car Trump va avancer vers un commandement arctique de l’OTAN, ce qui lui permettrait d’arriver en partie à ses fins.
Mais là, ce sont les Russes qui vont y voir une agression, et Trump piégera à nouveau les Européens.
Et puis c’est reparti : ce week-end le Conseil de la paix, puisque Poutine, trop content, et Netanyahou, qui ne peut pas faire autrement, ont donné leur accord. Puis, ne vous inquiétez pas, ce sera à nouveau l’Iran, et pourquoi pas le Mexique, en tout cas le Canada, qui était en pointe à Davos.
Le carrousel des annonces et des tweets vont reprendre de plus belle. Mais il ne faut pas voir, fascinés, Trump danser d’un pied sur l’autre ; il faut écouter la musique.
C’est celle du Nouveau Monde, ses empires et leur unilatéralisme.

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3/ Enfin, le 49.3 vint

On ne dira jamais assez combien la situation qui conduit au vote du budget, et rend malades le Medef et les droites, est due à E. Macron.
De la dissolution et le refus d’en tirer les conséquences en appelant la gauche au pouvoir, à une Assemblée issue d’un front républicain qui refuse de l’assumer et donc remet au centre l’extrême droite : sans cap ni majorité, la France est sens dessus dessous, empilant les crises.

Macron nomme Barnier avec sa droite sans rivage, qui sombre, puis Bayrou s’impose à lui avec son centre otage de la droite, pour enfin terminer avec le gouvernement Lecornu, « sans droite ni gauche », ni même le soutien inconditionnel du parti du président, Renaissance.
Si on ne part pas de là, on ne comprend pas pourquoi le budget ne pouvait que s’imposer par le 49.3, et la dissolution évitée que par des concessions qui permettaient au PS d’assumer une rupture avec Mélenchon.

Le patron du Medef, P. Martin, est furieux. Non seulement la réforme des retraites est différée, mais un effort supplémentaire est demandé aux plus grosses entreprises.
« On ne grandit pas un pays en s’attaquant à ses champions », dit-il.
« On ne grandit pas les champions en s’attaquant à leur pays », peut-on lui répondre.
Car enfin, quel est ce raisonnement autiste qui fait que l’intérêt général d’un pays soit réduit aux seules entreprises ? C’est cet état d’esprit « corporatiste » qui a conduit à l’échec du conclave des retraites et précipité le suicide de F. Bayrou avec la question de confiance.

Quelle était l’alternative au vote du budget ? La dissolution sans budget et la victoire du RN ? Mieux vaut le RN qu’un impôt sur les entreprises ?
On peut plaider à l’inverse que l’intérêt général était la stabilité, y compris pour faire grandir les entreprises.

Quel aurait été l’état du pays après l’échec de Sébastien Lecornu ? L’arrivée de Jordan Bardella, la démission du président de la République sur toutes les lèvres, Mélenchon dans la rue, dans une conjoncture internationale de crise totale.
J’entends bien que la note est salée, mais moins que la dégradation politique débouchant sur un pays incontrôlable, le ruinant définitivement et sinistrant ses entreprises faute de moyens budgétaires à leur allouer.

Dans ce sens, c’est un bon compromis. Il revient en partie sur le budget initial de F. Bayrou, soutenu certes par LR et le Medef, mais sans majorité à l’Assemblée et dans le pays, car il faisait porter la charge de l’effort sur les salariés, les retraités et les jeunes, exonérant les entreprises et les plus riches.
Le budget de la Sécurité sociale suspend une réforme des retraites qui empoisonnait le climat du pays et permettait la jonction des populistes.

Au total, on évite une conjoncture redoutable pour le pays, dans la situation mondiale où nous sommes agressés sous différentes formes par la Russie, les États-Unis et la Chine. Pas de quoi se rouler par terre.

Quant au 49.3, il fallait le suspendre pour engager le dialogue et l’utiliser pour le conclure.

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À dimanche prochain