5061 Jours de Guerre en Europe

****

1. E. Philippe ou la solitude du boxeur
2. La Série de l’été : épisode 4, la SFIO de la Guerre au Front républicain

****

1/Édouard Philippe ou la solitude du boxeur

Boxe ! Boxe ! chantait Claude Nougaro. C’est l’hymne d’E. Philippe qui tape dans le sac tous les jours. Cela a tellement impressionné E. Macron que notre « coucou national » a voulu faire pareil, en mieux évidemment. Cette marotte du président à jouer les hommes-caméléons, ce Zelig à la W. Allen sur tous les sujets, restera une des énigmes du personnage. Mais l’ancien Premier ministre n’y trouve pas seulement un défoulement. Il y a un message : il souligne ainsi sa performance physique et sa bonne santé. Michel Audiard disait à propos de la boxe : « Le combat physique fait écho aux blessures intérieures des personnages. » C’est une manière de conjurer, dans le regard des Français, ces étranges maladies sans conséquence, mais qui ont modifié son apparence. D’abord le « vitiligo », avec un côté noir et un autre blanc. Ce n’était pas inesthétique, mais cela donnait une image bipolaire et faisait un peu Dr Jekyll et Mr Hyde. Et puis ce sera l’alopécie, cette perte de la pilosité lui donnant une apparence lunaire et souffreteuse qui sied mal à un candidat. Alors il donna à voir et à savoir qu’il boxe. L’apparence n’est pas l’essence du politique, semblait nous dire l’ancien Premier ministre.

Puis tout est rentré dans l’ordre, si ce n’est ces drôles de lunettes qui lui donnent un style Marcel Achard très rétro. Mais bon, la bonne vision n’est-elle pas l’apanage des visionnaires ? Depuis que les sondeurs ont décidé qu’E. Philippe serait au second tour et pourrait l’emporter « aux points » contre l’extrême droite, l’on doit mesurer son propos, même si — n’en déplaise à François Bayrou qui veut une primaire melting-pot — E. Philippe est un candidat de droite, en tout cas à droite. Il est, dans ces conditions, de notre devoir de défendre la Gauche. Dans ce combat, il faut garder à l’esprit que la présidentielle va — malheureusement — se réduire à qui peut dominer Mélenchon au premier tour et battre Marine Le Pen au second. Ce n’est pas glorieux, mais la défense de la République est à ce prix. Reste que le centre de gravité de ce front républicain du 2e tour n’est pas tout à fait secondaire. Et après 10 ans de libéralisme plus ou moins éclairé, on peut souhaiter qu’il soit à gauche.

Boxe ! Boxe ! À qui pense E. Philippe lorsqu’il enchaîne des séries de crochets et uppercuts sur un sac de cuir ? À son sparring-partner naturel, G. Attal ? Il n’a pas son allonge, il bouge en tout sens comme un poids plume. Leur match ressemble plus à Charlie Chaplin dans « Charlot boxeur » qu’à Carlos Monzón contre Rodrigo Valdés.

Philippe le croyait ici, il est déjà là, tournant et virevoltant autour du champion. Les « jabs » ne sont pas utiles et les « crochets » n’atteignent pas la cible. Alors le « Havrais » attend le moment pour le « laisser pour le compte ». Boxe ! Boxe ! Le problème est que l’autre veut l’emmener à un partage aux points, à défaut de poings. En effet, la dernière trouvaille d’Attal est de proposer un vote, une sorte de primaire entre les deux s’ils sont proches en décembre. Inacceptable pour E. Philippe, mais le « petit » boxe dans les gants, difficile de trouver la distance nécessaire au KO. « Il n’y a qu’une manière, Boxe Boxe, il faut être vainqueur », lui souffle le Toulousain C. Nougaro. En attendant, le premier Premier ministre de Macron, le seul utile selon sa formule — les autres apprécieront —, est à l’arrêt sur son tabouret dans le coin du ring. L’arbitre journalistique a beau indiquer le centre du tapis, E. Philippe ne bronche pas et médite la formule de Cassius Clay : « Flotte comme un papillon et pique comme une abeille. » On oublie souvent la fin de la phrase : « Ses poings ne peuvent pas toucher ce que ses yeux ne voient pas. » Se dérober au regard, au jugement — tout est là —, alors il part en vacances et refuse le combat. F. Mitterrand était bien parti en Corée du Nord et en Chine tout l’automne 1980. Éviter la frappe de l’autre, le coup décisif, n’est pas nécessairement une erreur. Mike Tyson, qui ne faisait pas qu’arracher les oreilles avec les dents, disait : « Tout le monde a un plan jusqu’au premier coup de poing dans la face. » Évidemment, ça calme et E. Philippe n’a pas envie d’en prendre une. L’Italie est sa destination, nous dit-on.

Chargé comme une mule de livres de toutes sortes, dont certains en anglais — la classe —, il indique relire même Alexandre Dumas, l’histoire des Médicis en deux volumes peut-être ? Il nous déclare aussi aimer visiter les chapelles et les basiliques de Sicile et de Toscane. Un peu éclectique dans ses goûts, notre prétendant. Le style arabo-normand, cela s’impose pour un élu de Seine-Maritime. La magnifique cathédrale de Monreale, au-dessus de Palerme, et ses fresques byzantines relatant l’Ancien Testament n’ont qu’un lointain rapport avec la cathédrale romano-gothique de Sienne, avec ses marbres polychromes verts. On soupçonne l’ancien Premier ministre d’aimer plutôt le Palio de Sienne. Cette course « Piazza del Campo », à cheval, de deux minutes, où tous les coups sont permis, et le vainqueur est le cheval ou l’homme qui franchit la ligne d’arrivée. L’atmosphère des tifosi de chaque contrade en compétition est délirante, bouillonnante, débordante. Un avant-goût de la présidentielle en quelque sorte.

Boxe ! Boxe ! Pense-t-il, devant son punching-ball, à son point de faiblesse ? Tous les boxeurs en ont un : la mâchoire, l’estomac ou le foie, c’est un secret qu’ils protègent. D’ailleurs, les droitiers ont un avantage car ils protègent la faiblesse de leur foie avec leur coude gauche. Un secret, E. Philippe en a un. Une histoire à la cornecul, une légende dont il devrait se séparer vite fait, car ses adversaires vont lui pilonner ce point faible. Édouard Philippe a adhéré à un réseau intitulé « Bilderberg », sorte de Trilatérale fondée par quelques milliardaires américains qui colloque en rond dans un château du même nom. Il n’en faut pas plus — le complotisme étant devenu le principe même de la politique biberonnée aux réseaux sociaux — pour que l’on décrète que ce groupe opaque, qui ne fait pas de compte rendu, « décide de l’avenir du Monde ». Il faut dire que Denis Healey, un des fondateurs, n’a rien trouvé de mieux que de résumer ainsi le rendez-vous : « Dire que nous destinons à mettre en place un gouvernement mondial unique est très exagéré mais pas totalement absurde. » On imagine l’uppercut au menton : être membre de ce club occulte va immédiatement être peint comme une sorte de loge P2 planétaire. Même si cela tient du délire, mauvais genre quand on veut être le souverain d’un peuple souverain. Il lui faut tuer immédiatement cette polémique, surtout quand les réseaux russes — des vrais, ceux-là — rôdent. On ne comprend pas trop pourquoi cela n’a pas été fait plus tôt. C’est un peu comme si un boxeur montait au combat sans son protège-dents.

Boxe Boxe. On peut imaginer aussi qu’en frappant son sac il pense à son prochain combat avec F. Hollande. Le retour au bon vieux clivage Droite/Gauche, une bonne droite contre un beau crochet du gauche, c’était le noble art avant qu’E. Macron vienne mettre le bazar.

C’est la difficulté du Normand, s’imposer comme le champion de sa catégorie « Droite nationale » pour mieux marginaliser le RN qui règne en maître chez les droitiers.

On peut tout autant penser que le candidat massacre le cuir pour mieux conjurer l’idée qu’il ne serait pas au second tour.

On connaît cela, ce fut le syndrome d’un autre Édouard, Balladur celui-là, qui, déjà élu par les sondages, se fit chipper la victoire annoncée par J. Chirac et sa fracture sociale. Ce fut également le destin de son mentor A. Juppé qui, plébiscité par la gauche, fut éliminé par l’inattendu F. Fillon, avant de — clin d’œil du destin — sombrer dans les affaires et ouvrir la porte d’E. Macron, qui ouvrit en retour celles du premier des juppéistes, E. Philippe, un vrai vaudeville politique.

E. Philippe, préparant son combat contre Hollande, a un drôle d’argument à l’encontre de l’ancien président. Il n’y croit pas à cause de son bilan. Comme si lui-même n’en avait pas. Faut-il évoquer des déficits colossaux, une croissance anémiée, des inégalités qui explosent, une France fracturée comme jamais, le bilan écologique calamiteux, les 80 km/heure, la quasi-fin des prud’hommes et une révolte des Gilets jaunes qui fit vaciller la République ? La bonne communication pendant la Covid ne peut compenser ce bilan rapidement dressé sans mettre les gants. Le candidat en est à ce point conscient qu’il tente un numéro d’équilibriste : « le refus d’assumer le bilan sans le renier ». Bonjour les adducteurs, c’est moins grave en boxe qu’en foot, mais cela fait des jambes de plomb. Le candidat indique aussi que la « seniorisation de la politique avec le retour de Hollande » permettrait de souligner sa propre jeunesse. Comme s’il n’y avait pas plus jeune, Bardella ou Attal par exemple. Le boxeur du Havre se souvient sûrement de ce combat d’anthologie, à Kinshasa en 1974, où George Foreman, ultra-favori, boxait Cassius Clay « vieilli, usé, fatigué ». Plus jeune, il avait 25 ans, invaincu, il allait terrasser le cheval de retour. « The Greatest » se colla dans les cordes et, pendant 8 rounds, laissa son adversaire le frapper sans relâche et s’épuiser. Et puis Mohamed Ali, car il avait changé son nom, plaça un crochet à la vitesse de l’éclair et triompha par KO.

Boxe ! Boxe ! E. Philippe est atteint du syndrome du boxeur, il se bat seul. À ce point, c’est fascinant, son mouvement Horizons regorge de maires, mais le seul vraiment connu fut Estrosi — macroniste hétérodoxe —, battu aux municipales par Ciotti, un présage ? Mais pas une personnalité, pas même ses anciens ministres ne sont là pour l’encourager sur le bord du ring. La présidentielle est un sport collectif qui se pratique seul, alors ce n’est pas rédhibitoire, mais si vous ajoutez à ce manque de soutien visible la concurrence de Retailleau d’un côté et Attal de l’autre, ça fait beaucoup. Il lui faut se battre pour sortir vainqueur du premier tour, contre le néo-frontiste Retailleau et l’anti-frontiste Attal. A-t-on jamais vu un boxeur affronter deux challengers en même temps sur le ring ? C’est le problème de la Droite avec le RN : elle écrase le paysage politique, 70 % des intentions de vote et 30 % à Gauche, dont 10 à 15 % pour J.-L. Mélenchon. Mais cette domination sans partage est elle-même dominée par l’extrême droite, ce qui conduit E. Philippe à faire un premier tour très à droite — sa surenchère sur l’immigration, les 67 ans pour l’âge de la retraite ou la suppression de dépenses publiques qu’il avait lui-même augmentées lorsqu’il était à Matignon — alors qu’espérant se qualifier pour le second tour, il aurait besoin de toutes les voix de la Gauche face à Marine Le Pen. Toujours difficile de chercher à être « roi des droitards », puis appeler la Gauche à faire son devoir.

Tout cela est fragile. Ce n’est pas étonnant que l’ancien Premier ministre ait connu un trou d’air de près de 10 pts dans les sondages après sa demande de démission d’E. Macron.

Pas sympa de jeter l’éponge à celui qui vous a fait, alors que le match du président n’était pas terminé. Surtout que la conséquence aurait été une crise de régime et un précédent qui se serait retourné contre un Philippe président. Il y avait là un signe de fébrilité qui sied mal à un candidat à la charge suprême. Troisième contradiction après le bilan, le positionnement, il y a l’attitude déloyale avec le chef de son camp. Ça fait beaucoup. On comprend que le boxeur n’ait pas envie de monter trop vite sur le ring. Après, même en Italie, il y a des sacs pour taper dedans, alors Boxe Boxe. Au moins, il n’y a pas de coups à prendre.

****

2/La Série de l’été

Jusqu’à mi-septembre, nous publions les enseignements de notre histoire, une série de « petits cours » que j’ai donnés aux jeunes du courant DLS (Hélène Geoffroy) tout au long de l’année. Il s’agit là de mes notes, autant comme repères pour les uns, pense-bête pour les autres, dans cette veillée d’armes où tout peut basculer.

Épisode 4

La SFIO de la Guerre au Front républicain

A/ De la fin du Front populaire aux pleins pouvoirs à Pétain

● En 1937, le Front populaire est renversé. La crise se développe dans la SFIO sur fond du réarmement de l’Allemagne hitlérienne.

  • La controverse entre Léon Blum, partisan de la fermeté vis-à-vis de l’Allemagne, et Paul Faure (député-maire du Creusot et patron de l’appareil) sur une position « pacifiste » (héritier du plus jamais cela de 14/18).
  • Au congrès de 1939, Paul Faure accuse Léon Blum de bellicisme et gagne.
  • Dans le courant de Faure, il y a un sous-courant « Redressement socialiste » qui va dériver vers la collaboration avec Pétain : L. Zoretti (« l’Allemagne et l’Italie sont des nations prolétaires »), G. Soles et Georges Albertini. Ce dernier va non seulement adhérer au parti de Marcel Déat et signer un édito en 1942, « le communisme est une entreprise juive », mais il va créer après-guerre l’Institut d’histoire sociale (très anticommuniste) et fondera avec Claude Harmel, lui aussi collaborationniste (Études sociales et syndicales), et B. Souvarine, ancien secrétaire de l’Internationale communiste (la revue Est-Ouest), le Bulletin d’études d’information politique internationale qui formera Longuet-Madelin-Devedjian-Novelli.

● La drôle de guerre

  • Après la signature du pacte germano-soviétique, Hitler attaque la Pologne le 1er septembre 1939. La France et la Grande-Bretagne, liées par un traité avec la Pologne, déclarent la guerre à l’Allemagne qui mène une guerre éclair (Blitzkrieg). Le 17 septembre, la Russie attaque la Pologne à son tour.
  • La France attend l’arme au pied derrière la ligne Maginot pendant 8 mois (d’où « drôle de guerre », formule de R. Dorgelès).
  • Le 10 mai 1940, offensive des armées allemandes qui contournent la « ligne », attaquent la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et c’est la percée de Sedan dans les Ardennes. La France avait été prévenue par la Belgique, mais n’en a pas tenu compte.
  • La Belgique capitule le 28 mai, à court de munitions. Les panzers foncent sur Paris. 8 à 10 millions de Français sur les routes. L’armistice signé le 22 juin. L’appel à résister du général de Gaulle le 18 juin.

● L’atmosphère de la débâcle

  • Le 23 juin, Laval rentre au Gouvernement et plaide immédiatement pour un nouveau régime.
  • 2 juillet, les parlementaires sont convoqués à Vichy.
  • Le 8 juillet, les socialistes se réunissent. Le débat fait rage entre ceux qui refusent les pleins pouvoirs au nom du refus, en 1875, de la réforme constitutionnelle qui visait à renforcer l’exécutif et ceux qui estiment qu’il faut jouer le jeu d’un « ordre nouveau ». P. Faure, absent, envisage de participer au Gouvernement puis renonce. Pèsent dans le débat de la SFIO la non-intervention en Espagne et la position majoritaire pour les accords de Munich, mais aussi l’antisémitisme d’atmosphère, y compris dans la SFIO (le 10 juillet, jour du vote des pleins pouvoirs, Laval attaque violemment Blum en termes à peine voilés, qui ne se défend pas).

● La IIIe République disparaît le 10 juillet 1940 lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain. C’est la fin de la démocratie au nom de la Révolution nationale.

85 parlementaires refusent le vote, dont 36 socialistes (la Chambre du Front populaire n’a pas voté les pleins pouvoirs. Députés partis à Alger, communistes interdits de vote et Sénat à droite et majoritairement favorable à Pétain, la SFIO représente 45 % de ceux qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain). Paxton écrit : « Le vieux monde est mort. » Léon Blum va être jeté en prison et subir (victorieusement) le procès de Riom. Il écrit dans L’Échelle humaine : « L’expérience enseigne qu’aux moments redoutables de la vie, l’homme ne la sauve qu’en la risquant. »

B/ La SFIO dans la Résistance

● Les forces du Front populaire implosent.

  • Si, dans la première manifestation de résistance sur le sol français après l’appel de De Gaulle du 18 juin, des membres de l’Union des étudiants communistes ont participé le 11 novembre à l’affrontement des jeunes étudiants (3 000, 200 arrestations) avec la police militaire allemande. Si Guy Môquet, fusillé pour l’exemple en oct. 41 à Châteaubriant, va devenir via sa lettre le symbole de la résistance à venir. Si Charles Tillon constituera le premier réseau de résistance à Bordeaux en 41. Les communistes respectent le pacte Ribbentrop-Molotov et n’entreront réellement dans la résistance qu’au moment de l’attaque de l’URSS (opération Barbarossa). J. Duclos, patron en France du PC interdit (M. Thorez est à Moscou), tentera de négocier la sortie de L’Humanité (le PCF interdit). Le secrétaire de la CGT R. Belin collaborera.
  • Les radicaux verront une minorité choisir de soutenir Pierre Laval et Philippe Pétain. Pour le reste, E. Herriot fut démis de son mandat de maire de Lyon. Daladier sera emprisonné et jugé à Riom et Jean Zay assassiné. Jean Moulin devient la figure centrale de la Résistance. Pierre Mendès France, René Cassin, Henri Queuille, Émile Bollaert rejoignent la Résistance.
  • La SFIO a vu les futurs collaborateurs quitter le parti. M. Déat d’une part, Albertini le rejoignant. Paul Faure fut immédiatement exclu, fonda le Parti socialiste démocratique, mais n’eut aucun rôle par la suite.

Jean Texier fonde dès septembre 1940 un journal intitulé « Libération-Nord ». Jean-Baptiste Lebas, député-maire de Roubaix, l’avait précédé en août en lançant « L’Homme libre » et déclare dans le 1er no : « Le socialisme continue. » La SFIO dissoute, elle se réorganise (à la demande de Léon Blum) en fondant les comités d’action socialiste. Il y a la zone Nord, Henri Ribière, et la zone Sud, Daniel Mayer. Pierre Brossolette, résistant de la première heure, sera l’un des unificateurs majeurs aux côtés de Jean Moulin de la Résistance. La SFIO va jouer un rôle central après l’arrestation de Jean Moulin. D. Mayer transmettra au G. de Gaulle le soutien de Léon Blum et la reconnaissance de la France libre sous son autorité.

  • Le procès de Léon Blum à Riom. Ce procès voulu par Pétain devait être celui de la IIIe République et du Front populaire, il fut celui de Pétain et son régime. Le général Gamelin refusa de se défendre. E. Daladier et Léon Blum retournèrent le procès politique contre le régime. Léon Blum déclare d’emblée : « Il nous incombera de montrer et prouver à la France qu’elle n’est pas le peuple qui, pour avoir cru dans son idéal, pour avoir cru au progrès et à la justice, doit expier sa confiance et se courber sous son châtiment. Si la République doit être accusée, nous resterons à notre poste de combat comme ses témoins et ses défenseurs. » Lorsque la République est attaquée, le devoir d’un socialiste est de la défendre. Le G. de Gaulle se déclara « très frappé par l’extraordinaire défense de Blum ». Si De Gaulle sauva l’honneur de la France, Blum sauva l’honneur de la Gauche. Non seulement il ne céda rien, mais mit en accusation Pétain, ministre de la Défense dans le gouvernement de 1934, comme principal responsable de l’impréparation et de la débâcle. Hitler s’agaça le 15 mars dans un meeting à Berlin. On ajourna le procès et Blum fut déporté en Allemagne.

C/ Au sortir de l’épreuve

● Dès la sortie de Guerre, D. Mayer devient SG de la SFIO.

● 1946, Guy Mollet, avec l’aide de l’aile Gauche Y. Dechezelles, bat D. Mayer, inaugurant sa méthode : « À gauche toute dans les congrès, à droite toute dans la vie politique », et un monopole à la tête de la SFIO jusqu’en 1969.

Qu’est-ce que le molletisme ? Le tacticisme comme principe politique. Ex. : il gagne le congrès de 1946 à Gauche et devient immédiatement ministre du général de Gaulle. Un autre exemple : « La Guerre d’Algérie est une imbécillité, mais il faut donner une chance au colonialisme libéral. »

● L’Assemblée constituante de 1945 fut un compromis entre le MRP (démocrates-chrétiens), le PC et la SFIO. Le bicaméralisme inégalitaire renforce les pouvoirs du président. Mais le général de Gaulle veut un pouvoir au-dessus des partis. C’est le discours de Bayeux : « Pour les Français d’aujourd’hui dans la France d’aujourd’hui. »

D/ Vers le Front républicain

● Contrairement à ce que l’on dit, la constitution du Front républicain en 1956 n’est pas une réaction au poujadisme, mais l’idée de régler la guerre d’Algérie par une solution négociée.

● Dans cette séquence entièrement dominée par la Guerre d’Algérie surgit le poujadisme avec 52 députés et 11 % des voix. C’est un mouvement initié par Pierre Poujade, commerçant à Saint-Céré, à la tête d’un syndicat « Union de défense des commerçants et artisans ». On va appeler poujadisme un populisme tribunicien et démagogique teinté d’anticommunisme, d’antiparisianisme et ses élites, antifiscal et xénophobe. Son slogan efficace « sortons les sortants » surfe sur l’antiparlementarisme. Pierre Poujade ne voudra pas être député. Il laissera la présidence du groupe à un ancien partisan de l’Algérie française et de la corpo de droite, Jean-Marie Le Pen. Toute sa vie politique, le futur leader du Front national restera fidèle au style et au populisme de Pierre Poujade.

E/ 1956, le creuset d’une génération

● Trois événements vont forger l’imaginaire et la référence d’une génération : l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme et l’antistalinisme.

(La Guerre d’Algérie, l’intervention sur le canal de Suez, la révolution politique en Hongrie.)

● La Guerre d’Algérie

10 novembre 1954 à mars 1962.

  • C’est une guerre qui ne dit pas son nom puisque l’Algérie, c’est la France, mais commence bien par la Toussaint rouge du 1er novembre 1954 et une série d’attentats commis par le FLN. C’est l’issue d’un conflit sanglant entre le MNA (Mouvement National Algérien) et le FLN où ces derniers déclenchent la guerre. Mais aussi de la situation faite aux Algériens dépourvus de droits civiques et surexploités en Algérie et durement réprimés en France. Le 17 octobre 1961, 100 Algériens sont tués et la police qui rafle 1 200 manifestants.
  • La Guerre d’Algérie provoque une radicalisation dans la jeunesse, le « mouvement des rappelés » lancé par l’UNEF qui, sous cet impact, commence une lente politisation. Mais aussi chez les catholiques avec la constitution de réseaux de soutien au FLN (réseaux Jeanson).

● L’intervention (du 29 octobre au 7 novembre) de la France, de la Grande-Bretagne et d’Israël sur le canal de Suez nationalisé par le colonel Nasser. L’opération prend fin avec la menace d’intervention de l’Union soviétique. Ce qui va conduire dans un premier temps à la fusion du nationalisme arabe et d’un marxisme révolutionnaire anti-impérialiste américain et antisioniste.

● La Révolution (politique) hongroise débute le 23 octobre 1956 : manifestation de 10 000 personnes, une statue de Staline est renversée. Elle va durer jusqu’au 10 novembre avec l’entrée des chars soviétiques à Budapest. Une nouvelle génération prend le pouvoir, János Kádár et Imre Nagy. On voit se constituer des « conseils révolutionnaires » dans les usines. Les événements provoquent des affrontements au Politburo d’Union soviétique (Staline meurt en 1953). La déstalinisation « maîtrisée » voulue par son successeur N. Khrouchtchev est contrariée par la vieille garde emmenée par Molotov. L’idéologue Souslov en profite pour prendre la main.

● Ces événements vont profondément marquer une génération.

  • PCF : une série d’intellectuels vont rompre (Jean Poperen qui adhère au PS en 1971, J. Baby), mais l’affaire Casanova-Servin, et donc Jean Pronteau (qui adhère au PS en 1973), trouve ses racines en 1956.
  • Au PS, Jospin, Joxe ou Rocard, nous allons en reparler.

À dimanche prochain.