5089 Jours de guerre en Europe
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1/ Glucksmann, Hollande et Cazeneuve sont condamnés à s’entendre
2/ La série : Les enseignements de notre histoire. Épisode 7 : Le mitterrandisme
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1/ Glucksmann, Hollande et Cazeneuve sont condamnés à s’entendre
Voilà, c’est parti : la primaire de la gauche socialisante va avoir lieu. R. Glucksmann va l’emporter ; le seul suspense : au premier ou au second tour ? Ses amis font tout pour cela. Ça ne changera rien au résultat, mais, devant une primaire qui aura peu de votants, de débats et de personnalités de poids, le risque est grand que celle-ci n’ait pas la force propulsive escomptée. Alors, être désigné au premier tour - ce qui devrait être le cas - viendrait compenser ce désagrément. Ajoutons que les glucksmanniens pensent que, ne pouvant dégager O. Faure du poste de premier secrétaire, l’éliminer au premier tour réduirait fortement sa capacité de nuisance. Il faut dire qu’en ce domaine, O. Faure n’en rate pas une. Attaquer F. Hollande sur la tentation de gouverner avec le centre droit ne gêne pas l’ancien président. Elle a un autre but : mettre, par ricochet, R. Glucksmann au pied du mur. Soit il est d’accord avec F. Hollande et O. Faure en appelle au patriotisme de parti, défendant la « Gogauche » ; soit il ne partage pas la stratégie de F. Hollande et il se coupe d’un électorat réformiste qui ferait potentiellement son succès. Que de talent tactique mis au service de la destruction d’une gauche réformiste ! Le premier secrétaire du PS, après avoir tenté de transformer la primaire réformiste en primaire de la gauche non mélenchoniste (il n’a d’ailleurs pas renoncé), a fait un pont d’or à Ségolène Royal pour qu’elle vienne percuter le déroulement de la primaire. Je vous avais promis un « tout sauf R. Glucksmann ». Nous y sommes. Même Lucie Castets y va de son petit coup de dague : « Que craignent ceux qui défendent un si petit espace et un suffrage censitaire ? », pendant que Marine Tondelier sort la tête de L’Histoire des présidents de la Ve République pour les nulspour asséner son absence de confiance envers les socialistes ayant choisi ce chemin. Et il s’est même trouvé une militante LFI, lors de la manifestation place Vendôme contre les violences faites aux femmes, qui a reproché à R. Glucksmann d’être présent là où les Insoumis brillaient par leur absence, de peur qu’on leur rappelle Quatennens ou Delogu. De toute façon, le député européen est lucide : il déclare que c’est à lui de faire ses preuves et de lancer la dynamique. Et si elle a lieu, elle s’imposera à tous. Mais peut-elle avoir lieu ? Ce n’est pas lui qui est en cause, mais les conditions dans lesquelles sa candidature se déploie. La décision d’avoir précipité l’agenda pèsera lourd. Hors de la primaire, le paysage est embouteillé par une myriade de candidats - Roussel du PCF est le 37e ; quasiment la moitié est à gauche - et, dans la primaire, l’opposition fauriste ne désarmera pas avec sa ligne d’alliance avec LFI aux législatives.
Le PS, qui restera aux mains d’O. Faure, le soutiendra comme la corde soutient le pendu.
Il l’a déjà démontré avec Anne Hidalgo. Il détient les cordons de la bourse, qu’il ouvrira avec parcimonie. Il maintiendra le pont avec les écologistes, voire Mélenchon, en vue des législatives. Il radicalisera le débat budgétaire, mettant le candidat au pied du mur. Et il fera une moue dubitative sur les résultats des sondages fin novembre. Dans le reste de la gauche, à peine sorti de la tranchée de la primaire, il va être pilonné par La France insoumise et n’aura le soutien ni des communistes ni des écologistes. R. Glucksmann n’y arrivera pas seul si les sociaux-démocrates ne font pas bloc à un moment donné. Le pari d’une primaire anticipée pour installer R. Glucksmann dans une dynamique pourra, dans un premier temps, se réaliser, mais il faudra garder le rythme, ne pas stagner ou reculer. En tout état de cause, Glucksmann aura besoin, pour accrocher le deuxième tour, du soutien de François Hollande et de Bernard Cazeneuve ou K. Bouamrane. Le fait qu’ils ne soient pas dans la primaire garantit « un relais de croissance » si R. Glucksmann accrochait le peloton de tête d’une qualification au second tour.
François Hollande est partout. La promotion de son livre lui donne l’occasion de se démultiplier à un moment où la primaire de la gauche n’a pas rendu son résultat. Comme il ne fait pas la course en tête à gauche, il prend moins de coups. De l’avis général, son ouvrage est bon, « maîtrisé », avec un programme praticable offrant peu d’angles à la critique, si ce n’est, pour la gauche radicale, d’être trop centriste. Mais est-ce dommageable pour celui qui a décidé de reprendre la stratégie de Lula face à Bolsonaro ? O. Faure tonne auprès de la presse à Blois : « Moi vivant, il n’y aura ni TVA ni gouvernement avec le centre. » Un ange rocardien passe… Et personne ne remarque que, ce moment de virilité passé, il s’agit de défendre la taxe Zucman et d’être ainsi compatible avec Mélenchon. C’est soit Mélenchon, soit ceux qui se détacheront de la préférence nationale et de la réforme de la Constitution. Il ne s’agit pas de s’intégrer au bloc central, mais de voir que, sur la base de sa désintégration, les progressistes sociaux-démocrates doivent être la colonne vertébrale d’une coalition défendant l’État social et la démocratie. L’analyse de F. Hollande est robuste.
L’ancien président est redevenu populaire et il est, comme toujours, un bon client pour les médias. Il manie tout autant la dramatisation de l’enjeu que le volontarisme de voir Marine Le Pen battue. Il n’est pas très haut dans les sondages, sans être au purgatoire. Et les critiques sur son passage à l’Élysée ont perdu de leur intensité. Un récent sondage Odoxa fait de l’ancien président le seul candidat capable d’empêcher un deuxième tour Marine Le Pen–Jean-Luc Mélenchon. Il a, en plus, de la profondeur stratégique puisqu’il n’a pas brûlé ses vaisseaux en se déclarant candidat ; il s’est fixé comme but la recomposition politique, quel que soit le prochain président, lui compris. Il attend comme le chat devant le trou de souris, en faisant mine de regarder ailleurs. Il ne s’agit pas de l’échec de Glucksmann, comme tout le monde le répète, mais du retrait de G. Attal. Car la clé du déblocage à droite est l’ancien premier ministre. Mais E. Philippe et G. Attal, c’est la reconstitution de la Macronie. Est-ce porteur ? Est-ce que l’électorat d’Attal suivra ? Dans le cas contraire, le député de Corrèze est là. Pour autant, ses adversaires les plus acharnés seront au PS. C’est une partie de sa famille politique qui lui mène la guerre : les proches de la direction, évidemment, mais surtout la sensibilité de B. Vallaud et « Refondation », autour d’un David Assouline le plus acharné à sa perte. Ils vont jouer de la légitimité de la primaire et feront vite peser sur l’ancien président le soupçon de l’entrave à leur candidat. Et c’est pour cela que, si sa dynamique devenait irrésistible, il aurait besoin de R. Glucksmann pour retirer à ce « quarteron de généraux » en retraite au PS leur capacité de nuisance.
Enfin, B. Cazeneuve, si R. Glucksmann va entrer en scène et F. Hollande la brûle, l’ancien premier ministre joue le passe-muraille en attendant la fin de la vague primaire. J’exagère : il produit des podcasts intéressants déclinant son programme et a participé, avec Xavier Bertrand, à une initiative visant à secouer la chape de plomb du caractère inéluctable de la victoire de Marine Le Pen. Bernard Cazeneuve n’est ni dans la primaire, ni en compétition avec le gagnant de la primaire, ni, à proprement parler, dans l’espace social-démocrate, même s’il a proposé la fusion avec Glucksmann et entretient les meilleures relations avec F. Hollande. Il est ailleurs, social-démocrate par son histoire et ses soutiens : le Parti radical de gauche, la Convention majoritairement socialiste ou socialisante.
À cette étape, on ne voit pas comment il profiterait, en même temps, d’un recul d’E. Philippe, puis de G. Attal, puis de R. Glucksmann et, enfin, de F. Hollande, mais il est le plus gaullien des trois. Il attend que la situation vienne à lui en posant des actes républicains.
Le risque étant que le trop-plein de candidatures et le brouhaha d’une campagne confuse conduisent la sienne, si ce n’est à la marginalité, tout au moins à la statue du Commandeur oubliée sur la cheminée. Passé l’automne à guerroyer plus ou moins dans l’anonymat, il aura, comme ses deux autres compagnons, rendez-vous avec l’Histoire.
Car dimanche soir, l’Histoire nous a tirés par la manche. L’Allemagne vient de propulser, en Saxe-Anhalt, un Hitler baba cool relooké par Kiabi (je rappelle qu’il revendique l’Alsace et la Lorraine et veut fermer la visite des camps de concentration), pendant que nous nous apprêtons à subir les assauts d’une pétainiste et de ses « petits chats ». La vague nationale-populiste et propoutinienne continue, s’amplifie, pendant que le front ukrainien craque sous les bombes russes et les règlements de comptes à l’arme de guerre au sein même de l’appareil de sécurité ukrainien. Zelensky a rétabli l’équilibre militaire face à la Russie, mais il s’est politiquement affaibli. Il s’agit de l’impitoyable usure du pouvoir par temps de guerre. Pendant ce temps, l’administration américaine se prépare à se retirer définitivement après une ultime gesticulation. Si vous ajoutez le risque de banqueroute financière pour la France, la nécessité de « jouer groupir » pour les sociaux-démocrates ne fait pas débat.
Si les trois sociaux-démocrates sont donc condamnés à s’entendre pour réussir l’élection présidentielle ou créer un môle incontournable, ceux qui en sont partisans doivent penser tout l’espace, y compris J. Guedj, K. Bouamrane, P. Brun, les radicaux, les écolos réalos et les macronistes de gauche. Ils doivent le faire au regard des enjeux de l’Histoire. L’éditorialiste Thomas Legrand s’interroge dans Libération : « Occident, vivons-nous la fin de la parenthèse humaniste et libérale depuis 1945 ? » Oui, et cela commence même à sentir très mauvais.
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2/ La série
Nous publions les notes de mes exposés présentés aux jeunes du courant DLS [Hélène Geoffroy] sur les enseignements de l’histoire socialiste. Il reste deux épisodes.
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Épisode 7
Le mitterrandisme
· Mitterrand n’est pas né à gauche. Il s’agit d’abord d’un parcours, celui d’une jeunesse barrésienne transfigurée dans la conquête du pouvoir par la gauche. Il s’agit d’une alternance jugée impossible sous l’ère gaulliste. Il s’agit du plus grand train de réformes (avec L. Jospin) depuis 1945.
1. Mitterrand avant 1981
A. L’enfance d’un chef
· Né dans une famille catholique conservatrice par son père et une mère catholique républicaine.
Il fait des études catholiques, adhère à la Jeunesse étudiante chrétienne, structure étudiante de l’Action catholique.
· Étudiant à la faculté de droit, il réside au 104, rue de Vaugirard, foyer mariste où il fréquente Claude Roy, Pierre de Bénouville et André Bettencourt.
· En 1934, F. Mitterrand adhère aux « Volontaires nationaux » du colonel de La Rocque et y restera jusqu’en 1936. Puis, il rejoint le Parti social français jusqu’en 1938. Cette préhistoire chez les nationalistes n’est pas contestable. Le 1er février 1935, il participe à la manifestation contre « l’invasion métèque » (il me dira sur ce passage : « J’étais nationaliste révolutionnaire à 20 ans comme vous étiez internationaliste révolutionnaire au même âge. Ce qu’il faut regarder, c’est l’envie de changer radicalement la société face à l’immobilisme ambiant. »). Mais, dès cette époque, il s’inquiète par écrit de la montée du nazisme après l’Anschluss. S’il entretient des liens d’amitié avec la Cagoule, il est très loin du racisme biologique très en vogue. Bref, il se cherche. La guerre éclate et va modifier son champ de vision.
· Entre ombre et lumière, il marche vers son émancipation. Il est fait prisonnier le 18 juin (cela ne s’invente pas). Il s’évade pour la troisième fois en 1941. De retour en France, il va à Vichy.
· Tout à la fois adhérent à la Légion française des combattants et des volontaires de la Révolution nationale. Il devient, en même temps, activiste, fournissant des papiers aux évadés d’Allemagne.
· En juin 1942, il jette les premières bases de la Résistance, puis fonde son réseau de Résistance en 1943. Alain Peyrefitte rapporte ce méchant mot de De Gaulle à propos de Mitterrand : « comprenant que le vent tourne ». En tout cas, contrairement à d’autres (J.-P. Sartre, par exemple), il s’engage. Il se rapproche de l’Organisation de résistance de l’armée et prend comme pseudonyme Morland.
· En même temps, il organise un réel travail au Centre d’aide aux anciens prisonniers. En mars 1943, il passe sous les ordres de la Résistance et se voit décerner l’ordre de la Francisque par Pétain, avec l’autorisation de celle-ci, comme Raymond Marcellin ou Maurice Couve de Murville.
B. Le glissement vers la gauche
· En 1946, il adhère à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance. Il préside le mouvement de 1953 à 1965. Il devient député de la Nièvre sous le sigle Unité et Action républicaine.
· En 1947, plus jeune ministre de France dans le gouvernement de Paul Ramadier. En 1948, il assiste au congrès de La Haye, adhère au Mouvement européen et sort ainsi du nationalisme.
· Devenu républicain pro-européen, il évolue par petites touches, reste farouchement anticommuniste et ne bascule pas dans la gauche anticoloniale. Mais il est favorable au plan d’autonomie de la Tunisie en 1952. Il demande que l’UDSR ne participe pas systématiquement aux gouvernements de droite, se prononce pour un recentrage à gauche. Il signe le manifeste France-Maghreb pour les droits de l’Homme en Afrique du Nord. Il participe au gouvernement Mendès France en 1954, qui met fin à la colonisation et à la guerre en Indochine, mais déclare, en novembre 1954 : « L’Algérie, c’est la France. »
· Garde des Sceaux en 1956, il donne son aval à la peine de mort de nationalistes algériens. Jean Lacouture, dans la biographie de F. Mitterrand, le décrit comme « déchiré, mais donnant son accord ».
C. 1958 : le basculement
· Le 1er juin 1958, Mitterrand refuse de voter la confiance à C. de Gaulle. En 1959, le vrai-faux attentat de l’Observatoire, où il se fait piéger, l’isole totalement.
· En 1962, il appelle à voter non à la réforme de la Constitution instaurant l’élection du président de la République au suffrage universel et adhère au Rassemblement démocratique de Maurice Faure (regroupement de centre gauche proche du Parti radical).
· En 1964, sortie du livre Le Coup d’État permanent. Michel Winock écrit : « Par ce livre et par son action anti-gaulliste, c’est la rédemption avec la phase Guerre d’Algérie. »
· En 1965, le PCF, qui cherche à fédérer autour de lui, accepte la candidature de F. Mitterrand, jugeant qu’il ne présente aucun risque pour son hégémonie. Il met en ballottage le général de Gaulle et se propulse ainsi leader de la gauche, devenant le président de la FGDS. En 1968, il est marginalisé. En 1969, il fait l’impasse sur l’élection présidentielle. En 1971 : Épinay, premier secrétaire. En 1974, battu par Valéry Giscard d’Estaing, dû à la division du PCF et au vote révolutionnaire (consigne discrète de vote pour Giscard). Ce retard dans la victoire de la gauche ne sera pas sans conséquence. La gauche arrivera au pouvoir en 1981, mais à contre-cycle : fin de la poussée à gauche en Europe au début des années 1970. En 1976, succès du PS aux cantonales, mouvement étudiant contre la loi Saunier-Seïté, où le PS prend pied dans les coordinations contre la loi au moment où le PCF perd son hégémonie dans les facultés au détriment de l’UNEF-Unité syndicale. En 1977, aux municipales, le PS passe devant le PCF.
· En 1981, le PS domine le PCF au premier tour de l’élection présidentielle après une féroce campagne de division. Au second, la stratégie de F. Mitterrand fonctionne : le PCF cède la place à « la force tranquille » et ne fait plus peur, pendant que la droite se déchire entre les chiraquiens et les giscardiens. La gauche gagne après 25 ans d’opposition. Le PS devient la force d’alternance ; un bipartisme s’installe avec le parti gaulliste. Une grande partie de la droite n’accepte pas ce changement « historique » et verra dans le petit parti Front national le moyen de contester l’union de la gauche. Si François Baroin a pu dire, beaucoup plus tard, que la victoire de la Gauche plurielle était une « victoire par effraction », imaginez l’état d’esprit en 1981.
2. Le mitterrandisme au pouvoir
· 5 ans de majorité absolue, 5 ans de majorité relative, 2 cohabitations.
A. Le premier septennat
· Il y a trois époques :
- le socle du changement, 1981–1983 ;
- le tournant de la rigueur, 1983–1986 ;
- la cohabitation, 1986–1988.
· Le gouvernement de Pierre Mauroy
- Pierre Mauroy, ancien syndicaliste, dirige un syndicat de la Fédération de l’Éducation nationale et crée la Fédération Léo-Lagrange. Lors du congrès d’Issy-les-Moulineaux et du passage de la SFIO au nouveau PS, à son initiative, il sera battu par Savary au poste de secrétaire général d’une voix pour avoir refusé un molletiste en deuxième position. Il n’a pas suffisamment de soutiens pour être candidat à Épinay et propose François Mitterrand. Il sera allié à Michel Rocard au congrès de Metz contre F. Mitterrand, mais deviendra le premier Premier ministre après 1981. Élu premier secrétaire contre l’avis de Mitterrand, il proposera, après le congrès de Rennes, un compromis : Fabius premier secrétaire et Michel Rocard candidat naturel, marginalisant L. Jospin, qu’il soutiendra comme candidat à l’élection présidentielle, puis premier ministre, avant d’être le premier soutien à Ségolène Royal. Il deviendra président de l’Internationale socialiste, résistant à la vague Blair-Schröder-Clinton, et aura à gérer l’afflux des partis socialistes (souvent issus du PC) après l’effondrement de l’Union soviétique. Il créera la Fondation Jean-Jaurès.
- Les quatre ministres communistes : C. Fiterman (ex-directeur de cabinet de Waldeck Rochet), J. Ralite, homme de culture, A. Le Pors, haut fonctionnaire communiste, M. Rigout, ouvrier et homme de l’appareil qui participa à l’élimination de G. Guingouin (le préfet du maquis de la Résistance), figure communiste historique et contestataire de l’appareil du PC.
- L’application du programme conçu comme rattrapage ou justice après 25 ans de gauche marginalisée dans les institutions.
- Les nationalisations : 36 banques et de grands groupes industriels ; augmentation du SMIC de 10 %, des allocations familiales de 25 % ; impôt de solidarité sur les grandes fortunes ; retraite à 60 ans ; lois Auroux dans l’entreprise ; loi Quilliot sur le logement ; blocage des prix ; fin de l’indexation des salaires sur les prix.
- L’augmentation de la dette publique : elle va s’accroître de 418 milliards à 617 milliards. Certes, mais elle a augmenté de 3 460,5 milliards aujourd’hui.
- Le bras armé du RPR gaulliste, le SAC, est dissous à la suite de la tuerie d’Auriol. Ce fait divers et ses conséquences judiciaires vont libérer, dès 1982, un espace politique pour une cristallisation d’extrême droite « musclée ».
- Le 3 juin 1983, manifestation de policiers rue Trudaine et place Vendôme : « Badinter, démission ! », avec la présence de Jean-Marie Le Pen au premier rang. C’est l’irruption de l’extrême droite par la rue, qui va bientôt se traduire dans les urnes.
- L’inflation qui suit ce train de réformes conduit à des attaques contre le franc. C’est le tournant de la rigueur. F. Mitterrand fait le choix stratégique de la durée pour inscrire définitivement la gauche dans nos institutions.
- Recul du PS aux élections européennes de 1984. F. Mitterrand abandonne la loi Savary du service public unifié de l’Éducation nationale après une agitation de l’Église catholique soutenue par les partis de droite. Le point culminant fut, le 24 juin 1984, une manifestation monstre où les organisateurs acceptent, pour la première fois, la présence d’un cortège du FN de Le Pen.
- Démission de Pierre Mauroy et d’Alain Savary.
· Le gouvernement de Laurent Fabius
- Les communistes quittent le gouvernement ; début des tensions avec le premier secrétaire, Lionel Jospin, soupçon de gauche libérale.
- Le mandat de François Mitterrand à Fabius : gérer l’inflation, redresser l’économie, préparer les législatives.
- Laurent Fabius, le plus brillant des sabras de Mitterrand. Directeur de cabinet de F. Mitterrand, premier secrétaire, député de la 2e circonscription de Seine-Maritime, porte-parole du groupe, trois fois ministre du gouvernement Mauroy, plus jeune premier ministre de la Ve République, à 37 ans, avant G. Attal, à 34 ans, mis en cause dans l’affaire du sang contaminé, relaxé, devient président de l’Assemblée nationale, premier secrétaire du PS, retourne à la présidence sous la Gauche plurielle, puis ministre de l’Économie, prend position pour le non au référendum sur la Constitution européenne, battu à la primaire de 2007 par S. Royal et DSK, préside la convention du PS sur les questions internationales, ministre des Affaires internationales de F. Hollande, préside la COP21, président du Conseil constitutionnel.
- Son gouvernement se fixe comme objectif : rassembler, moderniser.
- L’affaire du Rainbow Warrior, l’Acte unique qui ouvre la coopération avec le Parlement européen, la Convention européenne des droits de l’Homme, rétablit en partie les comptes, lance la désinflation compétitive des entreprises, instaure la proportionnelle qui va réduire la vague de la droite et protéger la gauche, mais fait entrer le Front national à l’Assemblée.
· Le gouvernement de cohabitation avec J. Chirac
- Le coup de barre libéral orchestré par Balladur au gouvernement réactive la gauche et repositionne F. Mitterrand en défenseur de celle-ci.
- La réforme Devaquet et la mort de Malik Oussekine remobilisent la jeunesse, avec aux manettes Julien Dray, Harlem Désir, Philippe Darriulat et J.-C. Cambadélis. Mitterrand reprend des couleurs dans la jeunesse.
- Les attentats iraniens : Fouad Ali Saleh, terroriste d’origine tunisienne pour le compte du Hezbollah et de l’Iran, 13 morts et 100 blessés, redonnent à Mitterrand son rôle de surplomb.
- La tuerie de la grotte d’Ouvéa (Pons-Chirac) fait du président le garant de la République.
- Après une campagne « Tonton, laisse pas béton », le slogan « La France unie » fait mouche.
F. Mitterrand est réélu avec 54,02 % des voix. Libération titre : « Chapeau l’artiste. »
B. Le second septennat
· Sous la pression internationale
- La chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS, les États-Unis hyperpuissance, la réunification allemande, la première guerre en Irak, le discours de La Baule sur la Françafrique, le référendum sur le traité de Maastricht.
· Le gouvernement Rocard
- Choisi par F. Mitterrand malgré une inimitié personnelle et politique. « Rocard devait être l’instrument de la France unie » et donc du PS.
- Michel Rocard, inventeur de la gauche réaliste et du parler vrai.
Il fut le patron du PSU en 1969, véritable laboratoire d’une nouvelle gauche anti-molletiste (autogestion, écologie, décentralisation-déconcentration, codécision dans l’entreprise, etc.), haut fonctionnaire ayant dénoncé la torture en Algérie. Il entre au PS avec des responsables de la CFDT lors des Assises du socialisme, les 12 et 13 octobre 1974. C’est au congrès de Nantes du PS qu’il théorise les deux gauches et invente le concept de la deuxième gauche, en opposition à la première, marxiste et jacobine (refus de l’idéologisme, de la bureaucratisation, en osmose avec la CFDT, défend l’idée qu’on ne peut distribuer ce qu’on n’a pas produit, favorable à une croissance soutenable, pro-européen et pour la bataille pour l’organisation de la planète). Populaire dans les médias et les sondages, Mitterrand va immédiatement le droitiser : « Entre le Plan et le Marché, il y a le socialisme », dira L. Fabius, pendant que d’autres parleront de gauche américaine (J.-P. Chevènement et Jean Poperen). Il démissionne avec fracas lors de l’instauration de la proportionnelle par Fabius. Grand bénéficiaire du congrès de Rennes, il deviendra premier secrétaire, lance les Assises de la transformation sociale avant d’être battu aux élections européennes via la candidature de B. Tapie soutenue par F. Mitterrand, démissionne et devient un parlementaire européen « briseur de rêves », mais toujours fidèle à la gauche et au PS.
- Le gouvernement Rocard n’a pas de majorité ; il va multiplier les 49.3 négociés par Guy Carcassonne, Tony Dreyfus et Jean-Paul Huchon.
- Les accords de Matignon, le « ni nationalisation ni privatisation », la loi Jospin sur l’éducation. M. Rocard sera sèchement renvoyé par Mitterrand.
· Le gouvernement É. Cresson
- Première femme première ministre de l’histoire de France. Ancienne de la Convention des institutions européennes, secrétaire nationale du PS à la jeunesse, elle présidera à l’entrée des Jeunesses socialistes à l’UNEF. Première femme ministre de l’Agriculture qui ne s’en laissa pas conter par le milieu. Elle arrive en responsabilité alors que débute le crépuscule du mitterrandisme, en 1991–1992. Et, surtout, elle se heurte à une classe politique très « machiste », qui la prend en grippe et réagit à son franc-parler. Le début de l’affaire du sang contaminé va écraser médiatiquement son gouvernement.
· Le gouvernement P. Bérégovoy
- Pierre Bérégovoy, ministre des Finances d’É. Cresson, succède à cette dernière après avoir patienté pendant deux ans. Ancien syndicaliste CGT-FO, puis à la CFDT, responsable des relations extérieures du PS, secrétaire général de l’Élysée, plusieurs fois ministre, arrive trop tard pour faire quoi que ce soit.
- Fin du toilettage du Code pénal et du Code de la consommation, loi Sapin sur la finance. Il s’estime responsable de la défaite électorale de 1993. Mis en cause à propos d’un prêt privé de Patrice Pelat, ayant bénéficié des nationalisations, il se suicide le 1er mai 1993, ce qui vaudra un discours violent de F. Mitterrand contre les manquements de la presse à la présomption d’innocence et ayant jeté l’honneur de Pierre Bérégovoy aux chiens.
· Le gouvernement Balladur
- C’est la deuxième cohabitation, moins frontale que la première, mais tout autant féroce. Mitterrand, malade, joue entre Balladur, Premier ministre, et Chirac, candidat. Les deux s’affrontent pendant l’élection présidentielle, permettant à la gauche de sortir en tête et de ne pas être écrasée dans cette fin de règne.
- J. Chirac est élu. F. Mitterrand meurt le 8 janvier 1996.
3. La doctrine mitterrandiste
· Le mitterrandisme est moins une doctrine qu’un art politique entre ruse et raison. Il s’agit tout à la fois d’une aventure personnelle quasiment romanesque et d’une action collective vertébrée par un esprit républicain, un engagement européen, une forte préoccupation sociale et un rayonnement culturel français.
· Le mitterrandisme, c’est l’union de la gauche comme conquête du pouvoir, un front de classe face au bonapartisme gaulliste, sans jamais perdre de vue le projet mendésiste d’un parti enraciné dans les nouvelles classes moyennes.
· Le mitterrandisme, c’est un parti, colonne vertébrale de la gauche, tournée vers la conquête du pouvoir et pas seulement vers la gestion des collectivités locales.
· Le mitterrandisme, c’est le primat de la politique sur l’économie et la société civile.
· Le mitterrandisme est un républicanisme de gauche enraciné dans l’histoire de celle-ci, plus lamartinien que blanquiste, défenseur des libertés publiques, de la décentralisation et d’une autre pratique de la Ve République. Moins statue du Commandeur que le général de Gaulle, il est tout autant souverain.
À dimanche prochain.




