3041 jours de guerre en Europe
31 400 lecteurs des instantanés dimanche dernier !!! Un clic sur Nouvelle Société et vous aurez les instantanés sur votre mail toutes les semaines.
0000
1/ La déflagration budgétaire et politique ; 2/ Goodbye US ; 3/ Netanyahou et la tentation des bantoustans.
0000
1–La déflagration budgétaire et politique
Face à la catastrophe budgétaire, le pouvoir perd pied. Il n’a ni les moyens d’une politique ni la politique de ses moyens. Seule la fascination morbide pour la catastrophe imminente devient le moyen de la conjurer. Il s’agit de la manifestation la plus tangible du dérèglement politique induit par la fin du bipartisme, la montée des populismes, l’accélération avec la dissolution débouchant sur une France ingouvernée et ingouvernable. La représentation politique atomisée, sans force, n’ordonne plus un pays tout à la fois dominé par le populisme et gazeux, animé par une myriade de particules politiques. La France vit une crise de régime rampante où le président n’est la clé de voûte de nos institutions que dans les commentaires. L’extrême droite a gagné le premier tour des législatives anticipées mais ne gouverne pas. La gauche a gagné le deuxième tour mais ne gouverne pas. Le bloc central a perdu les deux tours mais gouverne. L’absence de confiance vient de cette improbable équation minoritaire et divisée. Mais ni l’extrême droite ni la gauche n’ont de majorité dans le pays ou au parlement pour réellement gouverner. Devant cette « majorité introuvable », la France est sans solution politique alors que la catastrophe budgétaire se rapproche chaque jour un peu plus. E. Lombard, le ministre de l’Économie et des Finances, est sans appel dans ses propos : « Nous empruntons à des taux supérieurs à l’Italie. Nous remboursons 60 milliards chaque année d’emprunt, plus que le budget de la défense, et ce sera bientôt 100 milliards. Nous dépensons 10 % de plus que nos partenaires européens. » Nicolas Dufourcq, le patron de la BPI, en tire la conclusion suivante : « Le pays va vivre sa première cure d’austérité depuis 42 ans. » Son raisonnement est simple : comme les dépenses sociales représentent 31,5 % du PIB, un des plus forts taux au monde, il faut taper dedans. D’ailleurs, la ministre du Budget, Amélie de Montchalin, met les points sur les i, préconisant « une pause dans la dépense publique sans hausse d’impôts indifférenciée », ce qui veut dire réduire les dépenses sociales et augmenter les impôts.
Voilà pour le constat de l’exécutif, mais sans les moyens d’imposer une réelle solution. Dans un pays où il y a encore deux exercices budgétaires avant la présidentielle, c’est l’impasse totale. Il y a urgence d’agir, mais rien n’est possible. On a connu cette situation à la fin de la IVe République avec l’impossible question algérienne.
Et ceci au point de s’en remettre à un événement contingent pour ordonner et structurer l’action. On finit par souhaiter en haut lieu le défaut de crédit comme serre-file pour l’austérité. Cela est peu probable car la BCE veille, et l’épargne des Français est colossale. Donc nous continuerons à emprunter, mais plus cher. L’Europe fera pression pour que nous mettions de l’ordre dans nos comptes, nous sacrifions un peu plus l’investissement dans l’avenir. Dans un pays où l’intérêt général s’est dissout dans l’individualisme consommateur et la voracité de l’enrichissement. Dans un pays qui n’a que l’apparence d’une bonne santé où tout s’affaisse sans que rien ne change. Dans un pays qui ne fait plus nation parce que ses principes républicains ne font plus sens, en particulier celui de l’égalité, où allons-nous ?
L’année blanche, dont l’injustice pour les plus faibles est criante, tiendrait la corde ? Le Sénat vient de rendre sa copie : « Sur 50 milliards d’économies, dont 45 milliards pour la dépense publique. » Au moins, c’est clair : réduction du nombre de fonctionnaires, encore 2 milliards pour les collectivités locales, 15 milliards entre Sécurité sociale et assurance maladie. Et Bercy joue la surenchère en annonçant non pas 40 mais 45 milliards d’économies. Mais qui, au Parlement, voudra voter cette « belle purge sociale » à la veille des municipales ? En absence de majorité, le Premier ministre pourrait toujours avoir recours à l’article 47 au bout de 60 jours sans budget et dire vouloir gouverner par ordonnances. Je dis bien « dire », car immédiatement une motion de censure mettrait fin à son exercice, qui, encore une fois, est programmé. Un nouveau gouvernement, Lecornu par exemple ? Il serait confronté aux mêmes problèmes. Le recours au peuple par la dissolution ?
Soit elle débouchera sur une majorité d’extrême droite, la crise politique s’accentuera et la crise financière s’aggravera. Le RN ne prendra aucun risque à deux ans de la présidentielle, se concentrant exclusivement sur la pression migratoire et la préférence nationale. Soit la chambre sera encore plus ingouvernable, avec un RN renforcé, et l’impasse budgétaire perdurera. La crise politique va nourrir la crise budgétaire qui alimentera la crise de régime. Dans les livres d’histoire, on appellera cela « la spirale Macron ».
Devant la combinaison des crises, le président de la République – on l’aurait presque oublié – n’aura que deux solutions : se démettre ou s’en remettre à la Constitution. Constatant que « le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est interrompu », le président peut avoir recours à l’article 16, donnant à l’exécutif des pouvoirs exceptionnels pour imposer un plan d’austérité. La tentation du sauveur donc, lui qui vient de laisser entrevoir un possible retour une fois purgée son inéligibilité en 2032. Dans l’état social de la France, ce recours au « plein pouvoir » serait explosif et pourrait ouvrir une procédure de destitution au Parlement, initiée par le RN et LFI.
Il reste enfin la solution habituelle, où la France pousse le problème devant elle, pensant qu’il se réglera de lui-même. Cette fameuse torpeur de l’immobilisme qui est une rente de situation des appareils politiques. Faute d’être réglée, la bombe budgétaire déboulera dans la présidentielle, écrasera le débat avant d’exploser.
Foin de Cassandre ! Il faut une solution. C’est pour moi le Bloc républicain pour dénouer les deux crises. Mais là encore, « l’alliance paresseuse des gens raisonnables » n’a aucune chance d’être efficace ou praticable. Il s’agit de redresser la France et non de satisfaire un programme libéral protégeant la rente des plus riches. Il s’agit d’un nouveau contrat social, d’un nouveau programme à la hauteur de celui du Conseil national de la Résistance. Il s’agit d’une nouvelle égalité écologique et sociale, renouant avec l’esprit même de la République.
Ce chemin impose une double rupture : d’abord, que la gauche de gouvernement accepte l’urgence de la situation et rompt clairement avec le populisme de gauche et la radicalité des mots pour le confort des places ; ensuite, que la droite de gouvernement accepte les conditions de ce redressement qu’elle dit appeler de ses vœux. C’est-à-dire la rupture avec l’idéologie de la préférence nationale et l’idée d’un bloc national-populiste. Cela veut dire que la question stratégique du redressement est l’émancipation à gauche comme à droite du populisme dominant. Et ceci passe par la proportionnelle.
Afin que s’impose le redressement budgétaire dans la justice sociale, sans totem ni tabou : une taxe des très riches, ce n’est pas le début de l’économie planifiée, et rationaliser/moderniser notre aide sociale n’est pas le passeport pour la servitude. Arrêtons le délire : la pression fiscale n’a pas interdit l’accumulation du capital. La France est le 3e pays au monde en termes de millionnaires : 2,897 millions de personnes et plus de 20 000 nouveaux millionnaires en 2024. Les 211 milliards d’aides publiques aux entreprises, sans aucune transparence ni véritable contrôle selon l’enquête parlementaire du Sénat, sont financés par l’impôt.
Quant au fameux « Nicolas » qui est fatigué de payer mais pas d’en profiter, il s’agit du paravent idéologique du blocage des salaires. Mais il faut tout autant regarder notre modèle de redistribution sociale en face : il n’est pas sans défaut, vu les 10 millions de Français sous le seuil de pauvreté et le record de précarité depuis 30 ans.
Par ailleurs, qui peut croire ou faire croire que l’effort de guerre n’aura aucune conséquence budgétaire pour notre modèle social ? Cet état des choses nécessite bien un « nouveau compromis ».
Je sais que le jeu préféré des politiques est le Rubik’s Cube fiscal, dont le rendement n’équivaut pas un point de TVA. Certes, rien n’est tabou si on a une majorité stable et favorable à un Great Social-Green Deal français.
Pour le reste, on ne redressera pas la France sans croissance, et notre fiscalité doit évidemment aider l’investissement productif. La décroissance, cette lubie techno-baba cool, précipiterait définitivement notre pays dans l’abîme et ruinerait le peu de crédit qu’il reste à la gauche. Mais pour autant, la croissance et l’industrie ne seront plus jamais celles des années 60, vu la révolution de l’immatériel et les exigences écologiques. Un peu de lucidité, de nerf, et oui d’imagination au pouvoir : les sociaux-démocrates ne sont pas les moins bien placés pour porter ce recours. Sinon, la déflagration provoquera le chaos politique, l’austérité pour les plus faibles et l’illibéralisme pour tous.
0000
2–"Goodbye US"
Goodbye US, c’est le sens de la déclaration entre le président Macron et le Premier ministre travailliste anglais Starmer à propos d’une coordination nucléaire des deux pays face à une attaque. Il s’agit de la manifestation publique d’un tournant majeur dans la géopolitique. Même si un autre accord sur le troc des migrants, moins heureux — pour tout dire scandaleux —, a occupé les médias.
Ni la Grande-Bretagne ni la France ne veulent partager leur bouton nucléaire. Emmanuel Macron n’a évidemment pas envie que la dissuasion nucléaire française intègre l’OTAN via un accord avec la Grande-Bretagne, et encore moins que celle-ci quitte l’alliance Atlantique et l’axe préférentiel avec les États-Unis. Mais les deux puissances nucléaires font le constat que les États-Unis se réorganisent et que l’Europe ne fait plus partie de leurs priorités.
C’est aujourd’hui la Chine qui occupe les pensées des Américains. L’Empire du Milieu avance à pas de géant avec le cheval de Troie de la désoccidentalisation du monde. Pour les USA, il s’agit du fameux piège de Thucydide : comment Sparte, après des escarmouches, décida d’affronter Athènes pour tenter de réduire sa progression… et échoua.
En attendant ce choc — qui ne viendra peut-être jamais —, la menace russe s’installe de façon permanente en Europe. Elle ne prendra pas la forme d’une guerre d’envahissement, mais celle d’un grignotage des marges de l’Europe. Un jour, l’armée russe lèvera les barrières d’un de ses pays frontaliers à l’appel d’une minorité linguistique russe. Elle imposera ce fait militaire, sûre que l’Europe ne fera rien. Même si, évidemment, dans ce jeu du chat et de la souris, on n’est jamais à l’abri d’une fin terrible. C’est que, dans la tête de Poutine, de Xi Jinping et de bien d’autres, nous sommes un monde avachi, déclinant, et pour tout dire dégénéré. Les empires illibéraux pensent pouvoir avancer de manière limitée au bon moment, et ce sera la débandade, dans un concert de « glapissements » apeurés derrière les réprobations de façade.
La France et l’Angleterre ont donc besoin de crédibiliser leur stratégie nucléaire pour éviter le pire. Celle-ci est défensive et l’ultime recours. Sans un contingent massif européen et le matériel afférent, nous ne dissuaderons personne. Sans un système de protection antimissile, un bouclier efficace, nous n'imposons pas le respect. Mais en attendant, l’accord franco-anglais est un pas décisif. Remarquons que les deux pays ont pris soin de ne rien divulguer lors du sommet de l’OTAN à La Haye en présence de Trump, qu’ils redoutent presque autant — ce qui est pour le moins éclairant.
C’est aussi, au passage, un rôle pivot possible pour la France, qui n’est pas mécontente du réarmement de l’Allemagne mais veut quand même prendre quelques précautions d’usage en se rassurant. Tant il est vrai que la militarisation des États-nations est contemporaine de l’exacerbation du nationalisme d’exclusion. Il suffit de voir les milices de « contrôle des frontières » en Pologne contre les migrants, encouragées par le nouveau président polonais d’extrême droite.
Il reste qu’il s’agit surtout, et avant tout, de pallier le désengagement américain. C’est la fin, pour les puissances européennes, de l’époque des « dividendes de la paix » sous le parapluie américain. Cette parenthèse enchantée, ouverte par le plan Marshall, en passant par le « Je suis un Berlinois » de Kennedy, la crise des Pershing et des SS-20… Elle s’est achevée dans l’effondrement de l’Union soviétique, incapable de suivre la compétition militaro-industrielle des États-Unis malgré son revers au Vietnam.
Et c’est précisément ce que veut éviter l’Amérique dans sa grande confrontation avec la Chine sur le terrain du nouveau capitalisme immatériel. Il ne faut pas s’y tromper : les déclarations de Trump sur la réouverture de l’aide défensive à l’Ukraine n’ont pour but que d’éviter l’effondrement du front devant Moscou, qui avance à pas de tortue sur le territoire ukrainien. Trump fera les gros yeux, mais Kiev ne se fait aucune illusion : Trump et Poutine ont besoin l’un de l’autre. Trump est la garantie du caractère exclusivement défensif du dispositif de l’OTAN en Ukraine. La peur de l’ours russe est la certitude du réarmement de l’Europe, permettant à l’aigle américain de voler sur l’Asie-Pacifique.
La Chine, voilà l’ennemi. La réunion à la Maison-Blanche, au même moment que le sommet des BRICS au Brésil, de cinq pays africains — avec, au passage, le Sénégal — est, au-delà du symbole, l’illustration de la stratégie de concurrence États-Unis/Chine sur les matériaux rares.
À l’autre bout de la planète, les nouvelles ne sont pas bonnes pour Taïwan. Pendant que la Chine multiplie à une vitesse incroyable sa marine — pour éviter de s’en servir et gagner, si possible, la « réunification » sans combat — les États-Unis tentent de diversifier leur dépendance aux logiciels produits par Taïwan. Le président américain ne veut pas mourir pour Taipei. Il ne peut refuser de soutenir totalement le combat de Zelensky, de pousser Netanyahou à un cessez-le-feu à vocation de fin de guerre, de bombarder seulement les sites d’enrichissement nucléaire iranien… et de déclarer la guerre à la Chine.
Il s’agit, à cette étape, de rapatrier un maximum de moyens pour dissuader la Chine. Selon les experts militaires, le conflit coûterait des centaines de milliards de dollars et des milliers de morts — on évoque le chiffre de 10 000. Elle précipiterait une récession mondiale. Trump ne veut pas faire la guerre : il veut que la puissance impériale de l’armée américaine lui garantisse les deals, les marchés, et la supériorité du complexe américain de l’IA pour les années à venir.
La réorganisation du monde est chaotique, instable et dangereuse. Car tous les filets de protection du multilatéralisme sont systématiquement abaissés. Que ce soit les Nations unies — tout à la fois accusées d’être le gardien de l’ancien ordre mondial et, selon Israël et les États-Unis, de soutenir le Hamas à Gaza lorsqu’elles en dénoncent l’horreur — tout en étant impuissantes à agir dans la guerre de la Russie à l’Ukraine. Il est à remarquer, par exemple, que Zelensky ne peut utiliser ce levier dans sa demande de secours.
La conférence sur la reconstruction de l’Ukraine se déroule à Rome et n’est pas placée sous l’égide des Nations unies. Mais la désagrégation d’une forme minimale de l’État de droit mondial est tout aussi visible dans la mise en cause de la CPI. Celle-ci vient d’inculper le chef suprême des Talibans, Hibatullah Akhundzada, pour la persécution des femmes afghanes avec sa loi « Vice et vertu » de 2024, interdisant aux femmes de chanter, de parler en public, etc.
Mais quel est son impact sur les consciences du monde, ou son opérationnalité, quand on sait que Trump a signé le 6 février 2025 un décret s’attaquant au procureur général Karim Khan, puis contre quatre juges, leur interdisant le territoire américain ? Le démantèlement de l’État de droit et des espaces de compromis — comme, par exemple, pour l’OMC — laisse place à la logique de puissance, qui ne peut déboucher que sur la logique des empires : les nouvelles conquêtes territoriales.
Le « au revoir » américain n’est pas seulement géopolitique et économique, ce qu’il était déjà. Il est aussi éthique : celui de l’affrontement entre deux conceptions du nouveau monde, multilatéral ou impérial. Le « chacun sa mère » de D. Trump nécessite bien que l’Europe le prenne en compte : c’est ce que viennent de dire Macron et Starmer.
0000
3–Netanyahu et la tentation des bantoustans
Le Premier ministre israélien ne veut pas d’un État palestinien mais caresse un avenir d’émigration et de plusieurs entités palestiniennes. C’est la tentation des bantoustans.
D’un côté, la condamnation internationale est totale pour le gouvernement d’extrême droite israélien et ses exactions épouvantables à Gaza. De l’autre, la contestation de la logique de guerre permanente s’étend en Israël même. Enfin, le président américain veut la fin de la guerre dans le "réduit palestinien". Netanyahu, au bord de la rupture, s’accroche au seul cessez-le-feu, laissant ouverte une nouvelle phase de conflit. Obtenir la libération de 10 otages lui permettrait une légitimation a posteriori de cette phase militaire dramatique pour les Gazaouis.
Il ne veut pas que le Hamas parade ou gouverne — ce qu’on peut comprendre — mais se trouve dans le paradoxe de négocier avec lui. Ce qui contredit la thèse de la destruction du Hamas, comme les opérations au sol au Sud-Liban induisent que le Hezbollah est toujours armé, sans évoquer le maintien a minima du programme militaire iranien.
Netanyahu ne veut pas de la paix, car sa coalition est soudée sur l’anéantissement des Palestiniens ou leur expulsion de Gaza, la colonisation de la Cisjordanie. Il n’est pas question pour cette alliance Likoud-extrême droite-religieux d’un État palestinien. D’ailleurs, "comme c’est bizarre !!", le parti religieux menace de quitter la coalition si le Premier ministre signe un cessez-le-feu. Ce qui s’appelle une menace bienvenue !
Enfin, Netanyahu veut obtenir la fin des poursuites de la CPI à son endroit.
Sur cette question, nous l’avons vu, Trump fait le job. Mardi 8 juillet, devant les 125 États membres de la CPI réunis aux Nations unies, Reed Rubinstein, conseiller juridique du département d’État, n’y est pas allé par quatre chemins : "Nous attendons que toutes les actions de la CPI à l’encontre de notre allié Israël soient abandonnées." Pourquoi ? Parce que ! Et en plus, le président américain a dit tout le mal qu’il pensait des poursuites judiciaires en Israël même.
Mais en contrepartie, Netanyahu est censé souscrire à une paix à Gaza.
Paradoxalement, après la menace de l’éclatement de la majorité parlementaire, une bouffée d’air est venue de l’Iran. L’attaque d’un tanker par les Houthis et sa destruction, alors que Trump disait avoir réglé le problème, compliquent l’amicale pression américaine sur le chef du gouvernement hébreu. Ce dernier peut ainsi plaider l’impérieuse vigilance vis-à-vis de l’Iran et de ses milices.
L’administration américaine ne peut obtenir un plan de stabilisation autour des accords d’Abraham — la Syrie semble prête à s’y intégrer — sans que cessent les bombardements et que s’esquisse une solution politique, voire à terme, la perspective de l’État palestinien. C’est la condition posée par l’Arabie saoudite, le Qatar, et les Émirats arabes unis.
- Netanyahu a sa réponse. D’abord, continuer la pression sur Gaza par une présence et une menace. En terrorisant la population : le bombardement de mercredi a fait 52 morts, dont 8 enfants ; celui de jeudi, 32 morts et 17 enfants. Le gouvernement israélien veut que le maximum de Gazaouis s’exilent dans d’autres pays, même si pour l’instant aucun pays n’a donné son accord. C’est le plan d’émigration exposé par D. Trump en janvier.
Devant la difficulté éthique, politique et logistique de cette solution, le gouvernement israélien avance une alternative. Il a décidé la création d’une "ville humanitaire" sur le site de Rafah. Il s’agit de créer une nouvelle enclave-ville où les Palestiniens seraient fouillés avant d’entrer et ne pourraient en sortir. Selon Israël Katz, le ministre de la Défense, 600 000 Gazaouis du camp d’Al-Mawasi, réputés "sûrs", seraient acceptés dans cette "ville humanitaire", gardée par l’armée et l’aide alimentaire assurée par des pays tiers. Le tout mis sous la responsabilité du chef adjoint d’état-major Aim Beram. Cette principauté fermée sous administration israélienne pourrait, à terme, atteindre un million de résidents.
Cette méthode de "séparation" du peuple palestinien a été inaugurée dans le sud de la Cisjordanie. Wadia Jaaban, dit Abu Sanad, à la tête de notables palestiniens, a rencontré par dix fois le ministre de l’Économie israélien, Nir Barkat. Ces rencontres ont débouché sur une lettre qui reconnaît l’État d’Israël comme État-nation du peuple juif et la création de "l’émirat d’Hébron", rompant avec l’Autorité palestinienne et se proposant de participer à l’élaboration d’une zone économique de 400 hectares, où 1 000 puis 5 000 Palestiniens seraient embauchés.
Cette initiative, immédiatement condamnée par l’Autorité palestinienne comme "visant à diviser les Palestiniens", est la tentative de mettre en place un bantoustan. Pendant que les colons israéliens de Cisjordanie s’accaparent des terres, malgré la condamnation internationale et la réprobation officielle de B. Netanyahu.
Cette "solution" s’oppose évidemment à la constitution d’un État palestinien. Il est peu probable qu’elle soit soutenue par la communauté internationale. Mais cela n’a jamais gêné Netanyahu.
Ce qui est plus ennuyeux pour D. Trump, c’est qu’elle pourrait contrarier les accords d’Abraham, qui sont la clé de voûte de sa stratégie au Moyen-Orient.
Quant au règlement de la question palestinienne, elle resurgira avec plus de violence tant que ces derniers n’auront pas leur État.
C’est Sisyphe sur le mont Hermon.
À dimanche prochain.




