4060 jours de Guerre en Europe
1/ Les hirondelles du 4 novembre ; 2/ L’Algérie isolée ; 3/ Nouveaux pièges pour le PS ; 4/ Répliques.
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1/ Les hirondelles du 4 novembre
Le 4 novembre est un revers pour Trump, même si ce n’est pas un coup d’arrêt. Et pour autant, il s’agit d’un formidable espoir. La mise en échec de Trump dépasse l’Amérique, c’est la clé du monde.
Les trois élections — New York, la Californie, la Virginie — ont débouché sur le succès des démocrates. Ce n’était pas le plus difficile : ils jouaient dans deux cas sur trois quasiment à domicile, mais il fallait l’emporter. Ces victoires sont un bloc. Elles ne marquent pas la fin du cycle MAGA, mais la fin de la débandade démocrate.
C’est un événement majeur, mais on ne veut voir que la flamme de la statue Mamdani éclairant le monde. Comme si l’on devait se perdre dans des querelles subalternes pour ne pas voir l’essentiel.
Et pourtant…
B. Obama est sorti de sa torpeur, a sonné la révolte ; il s’adresse à l’électorat populaire : « Est-ce que vous allez mieux parce que, pour les Trump, ça va » — il retourne l’argument de D. Trump contre l’establishment démocrate à Washington, qui a fait tant de mal. L’ancien président tape juste : « Résoudre les problèmes, pas attiser les divisions. » Et de citer le chômage, les assurances sociales, la santé ; et s’il évoque la démocratie, la justice aux ordres, la chasse aux immigrés par Trump, la question des minorités n’est pas le centre du propos. Il parle à un peuple, d’un peuple, de son quotidien, qui constitue son lien commun. C’est exactement le même mouvement qui s’est exprimé pour Mamdani dans les conditions d’une ville comme New York. Bernie Sanders a parfaitement raison : le message qui a fonctionné ce 4 novembre, « c’est sur le coût de la vie que leur impose Trump ». Et la campagne du candidat démocrate sur les transports gratuits, les crèches, le blocage des loyers, c’est la gauche du quotidien, qui fait rimer la vie et la démocratie. Elle privilégie la dénonciation des conditions d’existence sous Trump plutôt que la dénonciation de Trump. Ce n’est pas encore un programme, mais déjà un chemin. Il permet au vote sanction de s’exprimer.
Oui, Trump a été sanctionné en cette journée électorale et ceci confirme les sondages à la baisse. C’est cela l’important. C’est cela le fait matriciel pour les États-Unis et le monde. Comment ne pas voir que l’onde de choc va se réfracter dans le Parti républicain ? Le poisson pourrit toujours par la tête. Cette nouvelle donne a été banalisée en France, au profit d’une double instrumentalisation : ceux qui n’ont voulu voir qu’une victoire d’un islamo-gauchiste à New York ; et ceux qui nous ont dit « islamo » et « gauchiste », c’est la rupture qui gagne. Comment a-t-on pu confondre la Seine et l’Hudson ? Pourquoi a-t-on plaqué les obsessions françaises sur une élection américaine ?
Bernard-Henri Lévy a pu, par exemple, dire que l’élection de Mamdani « met en péril les juifs et encourage le totalitarisme partout dans le monde ». Je vous ferai grâce du reste des analyses chez les Bolloré’s boys et, malheureusement, chez quelques-uns de nos amis chatouilleux sur la République et l’antisémitisme.
Pendant que Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier ont salué un nouveau phare pour la gauche, la rupture et « la jeunesse secouant l’establishment démocrate ».
Mamdani n’est pas communiste, comme le dit Trump, loin de là. Ce n’est pas le bolcho de Wall Street. Il ne propose ni expropriation, ni nationalisation, ni même une taxe Zucman. Il défend seulement une augmentation d’impôts — faire payer les riches est plutôt à la mode — pour des services publics gratuits. Il faut garder raison : son programme municipal ne choquerait pas de nombreux candidats à cette élection en France. Alors oui, le discours qui l’accompagne se veut radical et anticapitaliste. Mais nos chastes oreilles n’ont-elles pas déjà entendu que « l’ennemi, c’est la finance » ou la promesse de la rupture et même de changer la vie ? À côté du programme du NFP, celui du démocrate new-yorkais apparaît comme une bluette. Mélenchon met en exergue la victoire à New York et oublie volontairement celle de Californie ou de Virginie. Tout le monde a compris qu’il lui faut cacher ces victoires derrière l’arbre new-yorkais. La gauche « grosse pomme » secouerait le Parti démocrate, les États-Unis et le monde. Et l’élection des deux gouverneurs démocrates serait sans signification. Mamdani a battu un démocrate dans une ville démocrate, alors que Abigail Spanberger, démocrate, a battu en Virginie le républicain Glenn Youngkin, en place depuis quatre ans. Elle a attiré le vote des républicains. Alors, s’il faut à toute fin une héroïne dans cette élection, c’est elle. Trier en fonction d’un prisme politico-idéologique « rupturiste » est non seulement grotesque, mais vise à tromper son monde à des fins franco-françaises évidentes. Mélenchon, isolé dans l’espace public français, traité d’islamo-gauchiste, dit à son électorat et à ses militants : la victoire est possible. Il détourne le sens de l’élection pour cette raison et produit ainsi dans l’opinion une déraison vis-à-vis de cet élu. Mais il y a plus grave ! Il cherche à opposer une radicalité « New York » à celle des MAGA. Non seulement il bipolarise des extrêmes — cela vous rappelle quelque chose — mais rend service à Trump. Cette lecture divise le camp démocrate et mobilise celui des républicains. Enfin, pourquoi glorifier la jeunesse de New York et n’avoir rien dit sur celle du Népal, de Thaïlande, qui sont montées à l’assaut de la corruption, de l’injustice, via TikTok et sans leader ? Pourquoi ? Parce qu’ils sont bouddhistes et pas musulmans ? La jeunesse est une plaque sensible de la société : elle se mobilise plus rapidement, plus brutalement, et peut parfois tomber dans l’excès et servir le pouvoir en place. L’argument de la radicalité de la jeunesse a gommé la nature populaire des trois victoires démocrates. On a même prétendu qu’il s’agissait, pour cette raison, d’une victoire de Trump. Il faut quand même avoir une sacrée dose de détestation du nouveau maire de New York pour voir dans la victoire du démocrate new-yorkais celle du président américain. Il faudra un jour s’expliquer sur le pourquoi.
D’ailleurs, Trump ne le prend pas du tout ainsi. Lors de la réunion des chefs républicains, au lendemain de la défaite, il n’attaque ni sur la radicalité ni sur l’islamisme, mais souligne le hiatus entre les promesses qui ont parlé aux gens et l’impossibilité de les mettre en œuvre. Comme le dit encore Bernie Sanders à propos de cette réflexion rapportée, « il est fou, mais pas stupide ».
Quant à l’analyse selon laquelle la radicalité qui entoure l’élection Mamdani va subvertir les démocrates, il s’agit d’une pure spéculation. Elle n’a aucun fondement réel. On peut même plaider l’inverse : des milliers de jeunes se sont mobilisés pour un démocrate, pas pour un indépendant. Mamdani canalise une partie de la jeunesse hostile à Trump vers les démocrates. Évidemment, ce mouvement sera tumultueux, conflictuel, mais la jeunesse va innerver le Parti démocrate, qui en a besoin, sans pour autant le structurer. La peur que le Parti démocrate tombe dans l’anti-sionisme dépend moins de Mamdani que de Netanyahou et ses amis d’extrême droite — nous allons y revenir.
Car l’erreur volontaire ne s’arrête pas là. Mélenchon et Corbyn ont fait symétriquement la même instrumentalisation que ceux qui se sont déchaînés sur l’islamo-gauchiste du candidat à la mairie de New York. Pour nos deux compères, un musulman attaquant politiquement Israël, en termes pas toujours choisis, devient ipso facto leur champion. Mais le maire de New York n’a rien à voir ni avec la France insoumise ni avec le « your party » de Corbyn. La contestation pro-palestinienne, quoi qu’on en pense, était préexistante à la campagne du nouveau maire de New York. Il n’a pas créé ce climat, il ne l’a pas utilisé pour mobiliser, il l’a même fui, et d’aucuns vous diront qu’il s’est caché. Ce n’est pas le cas de Corbyn, ni de Mélenchon lors des européennes, quand il instrumentalise la question palestinienne et produit un antisémitisme d’atmosphère. Cette dérive a d’ailleurs commencé — hors contexte au Moyen-Orient — avec son soutien à Corbyn, lorsqu’il a jugé que la défaite des travaillistes était due à la communauté juive anglaise.
On peut comprendre que les juifs du monde, comme nous-mêmes, soient inquiets de la montée de l’antisémitisme. Et peut-être plus encore à New York, avec un premier maire musulman anti-sioniste. Car être anti-sioniste, dans la période de montée de l’antisémitisme, n’est plus neutre, s’il ne l’a jamais été. Il faut être, dans le moment, clair et net ! sur l’antisémitisme, sur le refus de la destruction de l’État d’Israël, sur la solution à deux États, sur la condamnation de l’anéantissement des Palestiniens, leur dispersion au profit d’un Grand Israël, les violences des colons en Cisjordanie.
La période ne tolère pas d’être flou, même pour des raisons électorales. Les actes antisémites à New York sont en hausse vertigineuse. Ils ne sont pas anti-israéliens : ils essentialisent les juifs du monde comme suppôts de Netanyahou. Les juifs sont devenus des cibles à travers des actions « exemplaires » pour leur faire « payer » ce que vivent les Palestiniens de Gaza ou de Cisjordanie.
Et pourtant, dans la plus grande ville juive américaine — et la seconde dans le monde —, la campagne n’a pas fonctionné, alors qu’il y avait une deuxième candidature démocrate avec Cuomo.
Dans cette campagne, tout y est passé : l’itinéraire du candidat, ses déclarations ambiguës, son flou sur le désarmement du Hamas ou un État palestinien « de la rivière à la mer », sans oublier le « Globalize the Intifada ».
On a même évoqué des liens troubles avec les Frères musulmans. Alors que, dans son programme, il n’y a ni lecture rigoriste du Coran, ni application de la charia, mais les droits des homosexuels et de l’avortement. Et, contrairement à Corbyn et aux Insoumis, il lui est arrivé de condamner le 7 octobre et il a même proposé l’enseignement de l’histoire du sionisme dans les écoles.
À New York, nous sommes en face d’une communauté juive ébranlée, encore majoritairement sioniste mais en voie de désaffection pour l’Israël de Netanyahou. Il n’y a aujourd’hui plus que 60 % de juifs attachés à Israël et seulement 48 % chez les 18-24 ans. 40 % des juifs américains estiment qu’Israël a commis un génocide à Gaza et ce chiffre monte à 50 % chez les 18-34 ans. Enfin, 77 % des électeurs démocrates partagent ce point de vue. Ce n’est pas le mien, vous le savez. Mais la lucidité commande de constater que la guerre de Netanyahou a horrifié le monde jusque dans la communauté juive, qui était appelée à aller aux urnes lors de l’anniversaire de l’assassinat de Y. Rabin.
Ce n’est pas Mamdani qui a créé ce climat : il préexistait à sa candidature. Il n’a pas fait de cette question l’axe de sa campagne, sa victoire n’est pas due à cela. Ses ambiguïtés n’ont pas contrarié le mouvement vers lui. Ce sont les arguments pour contrer la vie chère qui ont déclenché la dynamique, l’adhésion dès les primaires. En même temps, on ne peut faire comme si ce qui se passe à Gaza ou en Cisjordanie n’avait pas d’impact, et le dénoncer serait faire preuve d’antisémitisme. Pour autant, il n’était pas illégitime d’exiger une clarification sur ses dires ou d’être vigilant. Il était par contre illusoire de délégitimer sa candidature par ce prisme hier, et encore plus aujourd’hui qu’il est élu. Et je dirais même que cette campagne fut contre-productive, dans l’état d’une opinion excédée par les exactions anti-palestiniennes et vis-à-vis d’un candidat qui ne se revendiquait pas de l’islamo-gauchisme.
Mamdani n’est ni le pope Gapone, ni un Che Guevara bobo, encore moins un leader palestinien new-yorkais. Et dire, comme Pujadas sur LCI, que Mamdani est « l’espoir de toute la gauche européenne et de toute la gauche française » est une montée en neige éditoriale. La victoire du démocrate est seulement un détail de la victoire des démocrates le 4 novembre. Sans être un politologue ou un sociologue averti, tout le monde peut comprendre que New York est en Amérique, mais ce n’est pas l’Amérique. Et puis, pour les dingos de la Mamdamania, il ne sera pas candidat à la présidentielle : il ne le peut pas. Quant aux débusqueurs de l’islamisme caché, ils peuvent se rassurer : Mamdani ne construira pas le califat de New York et ne lancera pas de djihad. Sadiq Khan est maire travailliste de Londres, sa religion est l’islam, et tout se passe bien, même s’il est détesté par Trump. Tout cela n’a aucun sens au regard des enjeux du monde. Le nouveau maire pèsera-t-il dans le débat dans le Parti démocrate ? Nul ne peut dire. Il va avoir, d’ici là, fort à faire pour répondre aux attentes. La seule chose que l’on puisse dire à cette étape, c’est que son succès l’oblige. Tout le monde va être attentif. À commencer par Trump, qui dit vouloir « s’occuper de New York », c’est-à-dire rendre financièrement ses promesses impossibles à réaliser. L’essentiel de cette affaire, c’est la démonstration qu’il est possible de battre Trump. Il y a bien les hirondelles du 4 novembre. En attendant le printemps américain, restons-en là.
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2/ L’Algérie isolée
Ce n’est pas la remise en cause de l’accord de 1968, qui répondait au climat politique dominant en France, qui a porté un coup au gouvernement algérien, mais la résolution adoptée par les Nations unies sur l’autonomie du Sahara occidental. Depuis la Marche verte du 6 novembre 1975 par le roi Hassan II, le Maroc n’a cessé de revendiquer ce territoire, hier colonisé par les Espagnols, enjeu d’un conflit avec l’Algérie, qui soutient l’indépendance du peuple sahraoui et le Front Polisario — et, à travers lui, un possible accès à l’Atlantique. On se souviendra qu’à l’origine de l’incarcération de Sensal en Algérie, il y a la prise de position pour l’autonomie du Sahara. Car le premier coup diplomatique de Rabat fut de passer de l’annexion à l’autonomie d’un territoire qu’il estime sien, à travers l’allégeance des tribus à l’époque pré-coloniale, et remis en cause par le découpage de la colonisation. Cette décision, en 2004, conciliait une partie de la communauté internationale au régime chérifien. Elle permettait, pour le Maroc, de dire respecter les aspirations à l’existence des Sahraouis et de maintenir sa revendication de souveraineté sur le territoire. Mais le deuxième geste décisif fut d’adhérer aux accords d’Abraham, à la demande américaine, qui vont, en contrepartie, se faire les propagandistes de la position marocaine aux Nations unies. La France tournera tardivement casaque. Elle abandonnera sa neutralité — rompant sans explication avec l’Algérie — et soutiendra les Marocains. Mais ce qui est plus étonnant, c’est le fait que les Russes et les Chinois s’abstiennent au Conseil de sécurité des Nations unies et laissent ainsi passer la résolution donnant raison au Maroc. L’Algérie paye cher le fait d’avoir été refusée aux BRICS et ses largesses avec la milice Wagner, qui a pu indisposer Poutine. Le roi du Maroc, Mohammed VI, est le grand gagnant de cette phase diplomatique. Nous avions pu mesurer, avec Martine Aubry, lors d’une entrevue avec le Roi, que ce souverain fort décrié en France était d’une très grande finesse politique. Ces deux décisions, en 2004 et en 2020, démontrent que Mohammed VI sait créer les conditions pour obtenir son but. Il n’a pas à rougir du coup de dé réussi par son père, marchant pacifiquement avec 350 000 Marocains, pour faire obstacle à l’indépendance de ce territoire qu’il estimait sien.
Le Maroc est, par ailleurs, à l’offensive politique et économique dans toute l’Afrique noire subsaharienne, isolant la République algérienne.
Mais on aurait tort de penser le problème pour autant résolu. Il est peu probable que l’État algérien, dont on connaît la fierté, s’en tienne là. On connaît la nature du régime algérien, mais on a tort de sous-estimer, voire mépriser, la puissance du plus grand pays d’Afrique au nom d’un passé colonial mal digéré. La question est maintenant l’application de la résolution, et le monde a donné à voir, ces derniers temps, des résolutions non appliquées. Et un faux pas du Maroc dans l’application de cette résolution pourrait faire dégénérer la situation. Il n’est pas bon de laisser l’Algérie dans cet état. Nul ne sait les conséquences, dans le pouvoir, de ce camouflet. L’isolement des Algériens sur ce sujet devrait inciter Paris à reprendre langue. Les moulinets « électoralement intéressés » de Retailleau, Philippe ou Le Pen sur l’Algérie étaient contre-productifs, mais ils sont aujourd’hui une erreur géopolitique potentiellement dramatique.
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3/ Nouveaux pièges pour le PS
La liste des articles budgétaires obtenus par le PS est impressionnante. La hausse de la CSG sur le capital est spectaculaire. Au point, d’ailleurs, où Retailleau dit : « Faure décide, Lecornu exécute. » Cette marche à la codécision du budget va se heurter à trois problèmes. D’abord, l’acceptabilité de ce budget par le bloc central. Son éclatement, au moment du vote final, entre LR, Horizons et une partie de Renaissance, peut faire échec à l’adoption de celui-ci. Dans le même temps, la capacité des Verts et du PC à laisser vivre ce budget ainsi amendé, en s’abstenant, n’est pas certaine. Enfin, le boomerang du Sénat est, lui, prévisible et même annoncé. La chambre haute et sa majorité LR, où Retailleau a retrouvé sa place, détricoteront les belles avancées. Le PS, face à ce budget « LRisé », ne pourra espérer réparation devant la CMP. Un dilemme surgira devant un budget ainsi dénaturé. Le rejet et la censure reviendront, car ce n’est pas la réforme des retraites qui sera bafouée, mais un budget « socialisé ». Quant à la loi spéciale sans suspension de la retraite, c’est tout droit la censure. Et même si S. Lecornu avait recours à une loi à part sur la retraite, cela ne changerait pas le budget. Quant aux ordonnances, les réclamer serait un fâcheux précédent qu’utiliserait le RN au pouvoir. Et puis, le diable est dans le détail, car, évidemment, Lecornu aura besoin de gestes spectaculaires pour tenter de rabibocher le bloc central. Tout cela pour dire que la suspension de la réforme des retraites était le compromis nécessaire à la non-censure sur le budget. Il n’avait pas pour but une codécision. Mais, comme nous avons avancé la fin du 49.3, nous avons été entraînés sur cette pente dans l’espoir de convaincre nos alliés par nos avancées. Le glissement progressif vers la codécision budgétaire, pour jouissif qu’il soit, n’est pas sans risque. Pour autant — et ce n’est pas négligeable —, ce débat budgétaire fait la pédagogie du compromis possible avec des macronistes. Cette convergence de fait s’impose à petits pas et change l’eau du bain. Évidemment, le PS ne va pas sauver le macronisme de la montée des eaux, comme le dit Mélenchon, qui ne sait plus s’il doit soutenir des victoires ou les empêcher.
Mais Faure-Vallaud brûlent leurs vaisseaux et n’ont d’autre choix qu’une alliance au centre gauche avec Place Publique, les macronistes de gauche, les radicaux, ouverte aux écolos et au PC, alors qu’ils restent, dans l’esprit du « pacte de Bagneux », d’une gauche non mélenchoniste ouverte à Mélenchon. Cet entre-deux stratégique, et la difficulté de conclure le budget, peut coûter cher en cas de dissolution ou aux municipales et rebattre les cartes. « Arx Tarpeia Capitolio proxima. »
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4/ RÉPLIQUES
● Mélenchon s’offusque des sondages : « On ne sonde pas les quartiers et les outre-mer, qui me donnent 5 pts de plus. » Les médias en font des tonnes sur sa dynamique, et le leader de la France insoumise n’est pas content. Tout simplement parce qu’il sait compter. Passer de 22 % à la présidentielle à 12,5 % dans un sondage, cela s’appelle une chute.
● « On ne peut pas empêcher les gens de protester contre un génocide », déclare Mélenchon après les incidents à la Philharmonie de Paris. Décidément, le leader de la France insoumise encombre cette chronique. On préférerait concentrer le tir sur l'urgence : le RN. Mais on ne peut pas laisser passer cela. Depuis quand un orchestre est-il le décideur de ce qui se passe à Gaza ? Si ces militants ont interrompu ce concert, c’est que l’orchestre était juif. Ils mettent un signe égal entre le gouvernement Netanyahou et les juifs, qui sont jugés, par essence, complices parce que juifs. Cela a un nom : participer à l’antisémitisme d’atmosphère.




