5022 Jours de guerres en Europe

1/En route vers la présidentielle

2/Le peuple contre le régime des Mollahs

3/Répliques

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1/En route vers la présidentielle

Dans la grande controverse planétaire entre démocratie et illibéralisme, l’année 2026 sera celle des transitions. La vague national-populiste a deux rendez-vous majeurs, si l’on veut bien mettre de côté la Suède, la République tchèque, la Lettonie, l’Estonie, et même le Brésil, dont les élections auront leur importance. Il s’agit du midterm aux États-Unis et du premier round de la présidentielle en France, avec les municipales sur fond de dégradation économique et climatique, d’expansion de l’IA, de violence due au narcotrafic, de restrictions budgétaires, de progression du précariat, bien sûr de la guerre et du temps des empires. Dans ces années froides où la croissance est faible, la redistribution tout autant, alors que les inégalités de patrimoine et de richesse explosent, l’année qui vient sera, comme les précédentes, écrasée par la guerre en Europe, endémique en Afrique, permanente au Moyen-Orient, manifeste en Amérique latine, en préparation en Asie du Sud-Est.
Ce monde instable et peu sûr pèsera sur la conscience des peuples, nourrira les nationalismes d’exclusion. C’est dire si l’année à venir semble favorable au national-populisme.

Deux rendez-vous vont juger de l’extension de l’illibéralisme. D’abord, à l’automne, le midterm américain. Le problème n’est pas de savoir si Trump va être battu. Même si Poutine et Netanyahu feront tout leur possible pour éviter un revers à leur meilleur soutien, celui-ci semble inscrit : le président américain le reconnaît lui-même. La question politique réside dans l’ampleur de la défaite, et surtout les conséquences, avec une sorte de double pouvoir : une confrontation possible entre l’exécutif républicain et le Congrès législatif démocrate, symbolisant le face-à-face des deux Amériques. Cet affrontement sera feutré ou ouvert, mais, dans les deux cas, il matricera aussi l’autre rendez-vous du nationalisme : l’élection présidentielle française, où tous les sondages donnent l’extrême droite largement en tête, mais surtout dans un total nationaliste tangentant les 50 %. Cette conjoncture redoutable s’inscrit dans la tendance planétaire à la remise en cause de la démocratie, de l’État de droit et des libertés fondamentales. En France, elle est en outre grandement due au bilan catastrophique d’E. Macron, dont il ne restera pas grand-chose, et à la double crise de la droite, qui peine à sortir d’un « gaullisme d’apparence », et de la gauche, scotchée à un « mitterrandisme de référence » (rupture et union de la gauche, où LFI est identifiée au PCF des années 70-80).
En attendant, l’année à venir, avec la queue de comète budgétaire, les élections municipales et la sélection des candidats à la présidentielle, sera une année où tout s’enclenche sans que rien ne soit tranché.

Ces trois questions structurantes vont s’entremêler tout au long de l’année et alimenter le débat politique.

LA QUESTION BUDGÉTAIRE 

Le budget d’abord, avec cette équation apparemment insoluble : à part les populistes, tout le monde souhaite que le budget soit adopté, mais personne ne veut le voter. La question du 49.3 devrait donc faire son chemin, à condition que le Premier ministre confirme les choix de l’Assemblée, à commencer par les avancées obtenues par le Parti socialiste. Et les socialistes devront confirmer que, dans ces conditions, ils ne voteront pas la censure. Le Premier ministre devrait réussir à sortir le président Macron de la spirale de la démission. Une censure, puis une dissolution sont toujours possibles, mais moins probables. Elle précipiterait le RN au pouvoir, fracturerait un peu plus la droite, et marginaliserait une gauche divisée, en proie à une nouvelle radicalité due à la victoire de l’extrême droite. Enfin, elle plierait avant l’heure la présidentielle au profit de l’extrême droite, ce qui aurait des répercussions dans toute l’Europe, à commencer par le rapport de celle-ci avec la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump.

Le déficit financier de la France ne sera pas jugulé par l’actuel budget. Ce n’en était pas l’objet : l’exercice consistait simplement — si l’on peut dire — à voter un budget sans censure ni dissolution.

LA QUESTION MUNICIPALE 

Si sauvetage du président Macron il y a, il sera artificiel et aura un prix lors des municipales pour Renaissance, qui va être la grande perdante de ce rendez-vous électoral. La poussée de l’extrême droite, d’une part, et le maintien de l’hégémonie du populisme de gauche sur les terres de l’extrême gauche — qui, cumulé, fait toujours plus ou moins 10 % depuis 2002 — provoqueront des quadrangulaires dans de très nombreuses villes. Les résultats de celles-ci seront incertains. Le vote utile ou identitaire au deuxième tour dépendra du niveau des candidats au premier tour.

Les écologistes, sortis de l’écologie pour embrasser la radicalité mélenchonienne, vont subir le contrecoup de cette équation électorale, sauf lorsqu’ils seront alliés au PS, même si, à Lyon, la défaite annoncée fera image. Les écologistes, enclins à ménager Mélenchon au niveau national, ont souvent fait le choix des socialistes aux municipales.

Un nouveau paysage surgira des municipales à droite. L’extrême droite — même avec peu de gains — s’imposera à la droite classique à cause du premier tour. Là où elle ne pourra se maintenir, elle permettra à la droite de l’emporter, encodant l’« élu grâce au RN ». Le centre macronien, qui, depuis 2017, s’est maintenu par simple équilibre contre les extrêmes, aura démâté et donc sera sans force propulsive, ne se raccrochant aux branches que par la prime au sortant. Il y a fort à parier que les candidats préféreront l’ancrage local plutôt que l’affiliation à leurs leaders nationaux.

À gauche, le PS surnagera, même si l’impression rétinienne peut être médiocre à cause de la perte d’une ville — Paris, Marseille, Lille — ou victorieuse si ce n’est pas le cas, alors qu’il y aura peu de gains. Pendant que LFI confirmera sa capacité de nuisance et son impuissance à gagner. Dans les municipales, il y a toujours une apparence — les villes emblématiques gagnées ou perdues — et la réalité du mouvement des plaques tectoniques. 1977 annonçait le passage du PS devant le PCF et la victoire de 81 ; 2001, malgré le gain de Paris ou Dijon, le recul de Jospin ; le coup de tabac de 2014 ; la déroute du PS en 2017, etc.

Dès les « 20h », le soir des municipales, la campagne de la désignation des candidats à la présidentielle commencera.

2026, OU LA QUESTION DES CANDIDATURES 

Elle aura débuté avec le procès de Marine Le Pen et du RN, en janvier-février. S’il n’y a pas encore le résultat au moment des municipales, il est peu probable que le jugement soit différent qu’en première instance. Reste l’application immédiate d’inéligibilité : le Conseil constitutionnel s’est fait plus insistant sur la nécessité de ne pas se substituer au peuple souverain, alors que les voies de recours ne sont pas épuisées. L’enjeu pour le RN est là : pouvoir interjeter appel en cassation, suspendre ainsi le verdict et permettre à Marine Le Pen de se présenter. Au fond, la popularité actuelle de Bardella joue contre Marine Le Pen : les juges peuvent parfaitement en conclure que le RN ne serait pas déchu par une décision conforme au premier jugement, rendant Marine Le Pen immédiatement inéligible.

En attendant, dans les sondages, Bardella est aujourd’hui élu, comme l’était Rocard, VGE jusqu’en déc. 80, Balladur, Jospin ou DSK. Dix-huit mois, c’est long, très long, trop long ? Et personne n’est à l’abri de faits de campagne, d’événements venant contrarier la marche du rapport de force. Qui sait si un feu de cheminée protestataire ne peut se déclencher autour d’un Patrick Sébastien ? Ou un emballement autour de la nouvelle coqueluche de la droite nationaliste, Sarah Knafo ? Dans les tendances lourdes précitées, des tournants brusques peuvent intervenir. Le rapport de force est toujours analysable, mais il y a une relative autonomie du déroulement des événements. La politique n’est pas mécanique : elle n’est pas réductible à un algorithme, même si, aujourd’hui, l’extrême droite marche sur le pouvoir. On se souviendra que, pour échapper au risque d’une précampagne, François Mitterrand partira en Chine quasiment un mois avant le début de la période électorale. Enfin, à force de dire que Bardella, « c’est la présidentielle pour les nuls », et que Marine Le Pen serait bien meilleure, la France républicaine peut donner un coup de pouce à cette dernière si elle était in fine judiciairement qualifiée.

Face aux crises conjointes qui secouent le monde et la France, devant le sentiment d’échec du macronisme et l’instabilité parlementaire, aiguillonné par la question de l’insécurité et du pouvoir d’achat, le débat se structurera autour du rejet, de la sanction, du dégagisme. Pour l’instant, le « nationalisme d’atmosphère » écrase tout. Il suffit de regarder le dernier sondage Harris de popularité : tout ce qui compte comme droite extrême surperforme ; même Ciotti est en 10e position ; Knafo et Zemmour à 1 pt de R. Glucksmann ; Philippot à 2 ; pendant que Dupont-Aignan est devant Ruffin. La bataille présidentielle va se réduire à sa plus simple expression : qui peut rassembler suffisamment de Français au deuxième tour pour battre la déferlante national-populiste ? Pour cela, il faut inventer un contre-récit, un imaginaire propre à transcender le nationalisme ambiant et ses effluves xénophobes.

Autant dire que nous en sommes encore loin.
La droite, idéologiquement dominée par l’extrême droite, est incapable d’être une alternative. Elle ne présente que des versions dégradées du lepénisme. Elle est politiquement en trois tronçons : les conciliants (Ciotti-Retailleau), les désiliants (É. Philippe-Barnier-Bayrou), les réfractaires (Attal-Bertrand). Aucun n’incarne la tradition bonapartiste, même si D. Villepin s’y essaie. Il y aura, devant cet émiettement des droites, une fois le budget voté, un « moment » Lecornu, qui devra désarmer ses concurrents pour s’imposer ; mais il n’y aura pas l’union des droites, sinon sous l’égide de l’extrême droite, ce qui est peu probable. Le deuxième tour de la présidentielle permettra cette union dans les urnes. Elle est rendue possible par la banalisation du RN, d’une part, et l’« avalisation » du logiciel d’extrême droite par tous les autres à droite, d’autre part. Les conciliants sont ralliés à l’extrême droite ou en passe de l’être. Les désiliants manquent d’air politique, refusant l’alliance avec le RN tout en partageant ses objectifs et, pour cette raison, opposés farouchement à la gauche, comme nous l’avons vu au Parlement avec Horizons ou Vauquier. Quant aux réfractaires, ils refusent le RN, mais aussi de franchir le Rubicon du front républicain. La droite est devenue l’armée de réserve de l’extrême droite, à moins qu’une gauche sinistrée libère un électorat en quête de vote utile.

L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS POUR LE PS 

À gauche, pour le moment, c’est le grand renoncement. Entre rapport de force défavorable, divisions, querelles picrocholines, haines recuites, défense des appareillages, absence d’une pensée un tant soit peu globale, radicalité de posture, on ne voit — à cette étape — ni qui ni comment la gauche pourrait gagner la présidentielle. Les personnalités qui ont l’expérience et l’envergure sont barrées ou critiquées précisément pour cela. Cette culture du « passé faisons table rase » sera le legs le plus négatif du faurisme. Elle se combine à une inclinaison prédictive de l’électorat, jugeant de la validité d’un candidat exclusivement en fonction de son potentiel sondagier du moment. Le récent revers médiatique de Glucksmann s’est immédiatement traduit dans les sondages. Les électeurs sont de moins en moins militants ou partisans, mais de plus en plus dans le commentaire, et étalonnent leur choix à leur pronostic de victoire, ce qui fait la volatilité électorale dans un même espace politique. Cette distorsion entre les mouvements de fond de la société, ses rapports de force et la cristallisation électorale, de plus en plus tardive, peut laisser le jeu plus ouvert qu’on le croit, pour des candidats apparemment distancés ou contrariés.
Mais, à gauche, on a intériorisé la domination sondagière du RN. D’ailleurs, on agite mollement ce spectre comme solde de tout compte, pour retourner promptement « à sa petite cuisine dans son petit coin ».

L’enjeu à gauche semble devenu : qui de LFI et du PS gagnera le match à gauche ? Incontestablement, le PS retrouve, dans la crise budgétaire, le centre des attentions. Mais tant que le PS sera hémiplégique, refusant de voir le reflux du vote Macron, il ne pourra espérer cristalliser le vote utile de gauche et ramener celui qui s’était porté sur Mélenchon. Ce dernier se maintiendra, voire progressera un peu, tant que les socialistes n’auront pas désigné leur candidat. Dans une dernière charge aussi désespérée que pathétique, il avancera en tenue de camouflage, conscient qu’il a touché l’une des portantes de l’histoire de la gauche en France avec son antisémitisme d’atmosphère. Comment d’ailleurs ne pas penser à la formule prêtée à l’un des fondateurs de la social-démocratie allemande, A. Bebel : « l’antisémitisme est le socialisme des imbéciles ». Mélenchon sait qu’il a perdu ainsi le vote utile, d’autant que le soutien de fait à Poutine, Xi Jinping, Maduro a fini par exaspérer le « boboland » sans convaincre le populo. Il sait tout autant qu’il va se heurter à son plafond de verre : « mettre Mélenchon au second tour, c’est élire Bardella ». Alors, il fait le beau, donne le change, espère la division des sociaux-démocrates, mais souhaite seulement dominer la gauche en vue d’une opposition frontale au RN au pouvoir, gommant, pense-t-il, ce qui fait aujourd’hui son rejet.

La primaire de la petite gauche (sans la moitié du PS, F. Roussel, R. Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon : ce n’est qu’un moignon de la gauche) sera encore moins attractive après les municipales et le résultat des écologistes. Et ceci d’autant que la personnalité préférée des écologistes, Jadot (72 %), loin devant M. Tondelier (51 %, chez Harris), appelle à l’union des gauches responsables, et Cécile Duflot, après son autocritique à propos de sa radicalité sous Hollande, n’en est pas loin. Si les sociaux-démocrates ne s’unissent pas pour définir leur récit et un candidat crédible pour le porter, un candidat du centre emportera le vote utile et, au deuxième tour, il sera sans réserve suffisante.

Regardons les choses en face : Faure aura le plus grand mal à imposer la primaire avec Tondelier, Ruffin, Autain. Et si cela était le cas, 50 % du PS entrerait en sécession. Beaucoup, dans l’entourage du 1er secrétaire, se proposent, dans ces conditions, de rejoindre Glucksmann. Mais ce cynisme, ou ce calcul bien compris, se heurterait à une crise dans le camp des fauristes, ou à une menace sortiste vers Mélenchon d’une grande partie des « unionistes » au PS. Pourquoi voulez-vous que Faure renonce tout à la fois à sa base dans le PS et à sa candidature devant le pays ? C’est beaucoup lui demander. Devant ce dilemme, il appliquera les statuts du PS et proposera l’élection du candidat dans une primaire interne plus ou moins élargie, à charge pour ce dernier de bâtir une coalition. Il y verra la moindre pente et la possibilité de l’emporter. C’est la raison pour laquelle il gagne du temps, minoritaire qu’il est, à cette étape, dans le PS, pour la primaire dite de Bagneux. Marine Tondelier confirme le diagnostic en déclarant : « Attendons que le PS règle son débat interne », pour évoquer la primaire de la gauche non mélenchoniste.

Si l’année est de transition pour le national-populisme, pour le PS et la gauche, elle sera l’année de tous les dangers.

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2/ L’Iran : le peuple contre le régime des Mollahs

Nous avions quitté l’Iran sous les bombes américaines et israéliennes. L’union nationale iranienne qui s’en suivit a été de courte durée. La faim, le chômage, la précarité, l’arbitraire, la répression l’ont rapidement emporté. Le régime « religieusement policier » est ébranlé depuis la mort du successeur programmé du guide de l’État théocratique, Khamenei. Ebrahim Raïssi, président, a été assassiné dans un krach d’hélicoptère pour le moins suspect. Le mouvement des femmes de septembre 2022, après la mort de Mahsa Amini, arrêtée puis tuée par la police du régime pour défaut de port du voile, a conduit à des manifestations monstres, durement réprimées par les gardiens de la Révolution, avec 510 morts. L’élection du « réformateur » Mahmoud Pezechkian à la présidence — en tout cas présenté comme tel — fut une concession d’apparence du régime pour canaliser la colère grandissante. L’inflation galope ; dans une situation où 2/3 de la population est sous le seuil de pauvreté, les pénuries de toute sorte, dues à un embargo qui a commencé il y a près de 20 ans, sont devenues insupportables au fur et à mesure que la crise au sommet se faisait jour.

Tous ces faits ont alimenté une situation préexplosive. La crise a été jugée suffisamment profonde pour que Tel-Aviv et Washington estiment le moment opportun pour bombarder le pouvoir de Téhéran et ses tentatives d’obtenir la bombe nucléaire. L’objectif militaire se doublait de l’espoir d’un effondrement du régime. Cela n’a fait que reporter la déflagration dans le temps, si je puis dire. C’est une situation prérévolutionnaire qui vient de s’ouvrir, avec les commerçants et les négociants en faillite, confrontés à une augmentation de 50 % des prix d’achat, et l’hyperinflation : 1 dollar vaut 1,7 million de rials. Rapidement rejointes par les étudiants, des manifestations tournent à l’émeute et entraînent tout un peuple. Des régions passent aux mains des insurgés, avec des morts chez les policiers. Les slogans mettent en cause directement Ali Khamenei : « À bas le dictateur », « Ni Mollah ni Shah », et même « Longue vie au Shah », mais surtout la remise en cause du « Velayat-e Faqih », qui confère au religieux la primauté sur le pouvoir politique.

Le sommet hésite sur le chemin à suivre, avec un chef trop âgé pour choisir, et des successeurs s’entredéchirant sur les solutions. L’évolution de la situation est capitale, d’abord pour un pays de 90 millions d’habitants, dont la moyenne d’âge est de 32 ans : une jeunesse sans avenir sous la chape de plomb du régime dictatorial. Mais aussi pour le monde : l’Iran a soutenu tous les mouvements terroristes islamistes ; on se souvient de ceux qui ont frappé la France, ou nos soldats. Mais aussi, particulièrement au Moyen-Orient, où les Mollahs ne cachent pas leur volonté de détruire l’État d’Israël.

L’Iran, membre des BRICS, a comme profondeur stratégique l’Afghanistan des Talibans et le Pakistan, détenteur de l’arme nucléaire. Le pays est une pièce importante du Sud global. Cela n’a pas échappé aux États-Unis, qui voient là une bonne nouvelle pour affaiblir un soutien de la Chine, alors qu’ils viennent de kidnapper l’indéfendable dictateur Maduro, et par ailleurs illégitime « président », un autre point chinois, après les avoir stoppés à Panama (nous voilà devant le plan Condor réactivé. Quand la force prime le droit, il n’y a aucune limite : message reçu 5 sur 5 par Pékin pour Taïwan, alors qu’une délégation venait tout juste de quitter Caracas. On imagine déjà le pire pour le Groenland ; nous y reviendrons).

Il est évident que l’effondrement de la dictature iranienne est une question éminemment stratégique. Si les Pahlavi sont candidats au pouvoir de transition — le souvenir du Shah et de sa sinistre police, la Savak, a été oublié dans une partie de l’opinion — le régime khomeiniste ne cédera pas la place sans défendre son pouvoir spirituel et temporel, à moins qu’une « rupture » au sein même de l’appareil d’État policier se fasse jour. On sait que ce type de régime ne plie pas, mais casse. Encore faut-il que le mouvement de défection en marche dans les Pasdarans prenne de l’ampleur. Ce sont les militaires du Mouvement des forces armées qui, au Portugal, ont permis la fin du régime Salazar-Caetano. Mais, dans le même temps, cette conjecture rend plus difficile une solution monarchique, qui a le soutien d’Israël et des diplomaties « occidentales ». Il n’en reste pas moins qu’il faut soutenir cet espoir pour l’Iran et toute la région, et peut-être le monde. La gauche, tétanisée par les sorties de J.-L. Mélenchon, qui voit dans le mouvement de libération — qu’il salue — la main du Mossad, semble impuissante : les leaders de la gauche… À quand la manifestation devant l’ambassade d’Iran de soutien à la révolution iranienne ? Il y a des réflexes qui se perdent, et nous feront perdre.

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3/RÉPLIQUES

  • En mal de sujet pendant la trêve des confiseurs, on nous a servi en boucle la nationalité de G. Clooney. Voilà un acteur de renom, notoirement hostile à Trump, qui investit en France, lui déclare sa flamme, vante le TGV français, fait du vin, inaugure des salles de cinéma à la campagne : what else ? Et on lui cherche noise, trouve le passe-droit scandaleux au prétexte évident que d’autres peinent à obtenir la naturalisation. Sous la dénonciation de l’injustice, perce toujours le « on est chez nous ». Mais il faut faire l’inverse : louer la démarche et demander qu’elle soit ouverte à d’autres. Si c’est possible pour la famille Clooney, cela doit l’être pour la famille Diop. La rapidité de l’accueil de chercheurs américains n’a pas posé tant de problèmes. Comment transformer un atout en polémique aigre, sous le rire gras de D. Trump qui se moque de nous : un comble. Heureusement, Clooney est plus pugnace que nous, répliquant vertement au président décati américain : « Je suis tout à fait d’accord avec le président actuel. Nous devons rendre à l’Amérique sa grandeur. Nous commencerons en novembre. » Déjà un vrai gaulois réfractaire.
  • Généralement, je n’aime pas les attaques contre les morts, tout simplement parce qu’ils ne peuvent se défendre. Cela vaut pour tous, et donc pour Madame Brigitte Bardot. Rien à dire ou médire, même si je n’ignore rien à son sujet… Le temps va faire son œuvre décapante.
  • Invraisemblable polémique à l’encontre de D. Vaillant, l’ancien ministre de l’Intérieur. Ce dernier répond à une question sur la fin de la prise en charge par l’État des chauffeurs et officiers de sécurité, jusque-là octroyés par le ministère. L’ancien maire du XVIIIe arrondissement de Paris déclare qu’il ne veut pas polémiquer, souligne qu’il est contre les privilèges ; socialiste, il entend le rester. Il explique qu’il est mal en point pour se déplacer, qu’il n’a pas conduit depuis 25 ans, mais que sa femme lui a interdit de le faire vu son état, et s’interroge ironiquement : « Qu’est-ce que je fais ? » Par une contraction classique des réseaux sociaux, cela devient : « On me retire mes privilèges, alors qu’est-ce que je fais ? » Et c’est parti : personne n’a lu, tout le monde répète.

 

Trois exemples de l’aigritude ambiante : bienvenue en 2026 !
Tous mes vœux : que l’année vous soit belle et douce dans ce monde de plus en plus improbable.

 

À dimanche prochain.