Le président de la République en campagne pour sa réélection décide d’une interview fleuve au Parisien, prenant la forme de débats avec des citoyens.

Cette confrontation sans filtre, puisqu’on ne peut corriger les échanges, nous donne beaucoup à voir de la stratégie et de l’inconscient présidentiel.  

D’abord, le président nous parle de ses envies, tout à la fois d’être candidat et ensuite d’ « emmerder » des Français hostiles à la vaccination, qu’il bannit de la citoyenneté. 

Laissons tomber la première assertion, encore qu’être président en exercice et annoncer qu’on a envie de l’être pourrait induire un léger dédoublement de personnalité. Mais cela est secondaire.  

« Ce qui est signifiant, c’est le signifié » disait l’autre. Et là, il y a beaucoup de choses à dire. Premièrement, l’irrépressible toute puissance « Moi président,  je suis dépositaire de cette capacité de vous emmerder ». Emmanuel Macron ne dit pas « je partage votre courroux vis-à-vis des antivax". Il nous dit sa capacité, sa jouissance (?) à emmerder des Français. 

On s’aperçoit, ensuite, qu’il répond à une infirmière très en colère. Il y a dans le propos présidentiel une volonté évidente de séduire ou de se montrer en résonance avec le propos de son interlocutrice. Cette dimension séductrice ne reculant pas devant la démagogie n’est pas nouvelle chez le président. Elle s’ accompagne de mots blessants et divisants. Emmanuel Macron nous avait pourtant dit son remords d’avoir stigmatisé hier les Français dans des formules à l’emporte-pièce. C’est donc plus fort que lui. Il dérape. Et cette sortie rationalisée, à posteriori par ses partisans, est d’abord une sortie de route qui démontre l’« impulsivité » du président. 

D’ailleurs, le premier ministre se permettra de corriger devant la représentation nationale la formule élyséenne sur le bannissement de la citoyenneté des antivax en disant : « on aurait mal compris le président ». Il est vrai qu’emportér dans son élan le président mettait hors-la-loi des citoyens refusant de se vacciner alors que lui-même refuse l’obligation par la loi de vacciner. En l’absence d’obligation, on a le droit de ne pas se faire vacciner. On est un citoyen réfractaire. 

Par contre, s’il y a obligation par une loi de le faire, on est hors-la-loi citoyenne. Il était urgent que le brave Castex s’autorise à corriger les propos un peu rapides de Jupiter. Mais cela n’a pas plu au président. 

Dans la conférence de presse donnée vendredi avec la présidente de la Commission, le « président de l’Europe » persiste et signe en introduisant une nouvelle dimension « celle des droits et des devoirs des citoyens ». Les droits et les devoirs ne sont pas une morale mais ils sont articulés par la loi votée par le parlement. Et pour critiquables que soient les antivax, ils ne sont pas hors-la-loi. Macron ne s’en sortira pas ! Le refus, pour des raisons électoralistes, de l’obligation vaccinale, rend son ex-communication citoyenne inopérante au regard du droit et même de la morale car, faute de loi, elle n’est que le produit de son bon vouloir.

Abordons ensuite la gestion médiatique de la petite phrase par l’Elysée et donc par le président lui-même. 

Ne pouvant corriger à l’écrit une phrase prononcée, il faut bien l’assumer. Il s’agit de transformer en stratégie ce qui n’est qu’un faux pas. Très bien ! Mais l’argumentaire est tout autant significatif. Il s’agirait de prendre la tête du cercle de la raison. Celui-ci est très divisé et politiquement clivé. Personne ne peut en prendre la tête. Tout au plus, Macron peut être la faction la plus déterminée de cet état. Là est l’aveu. Il s’agit plutôt d’un pari : « tenir » un électorat minoritaire, le sien, jugé solide face à une opposition jugée liquide. 

On nous révèle ici la tactique électorale à venir de Macron : durcir son électorat par un populisme mondain et créer un clivage profitable à sa candidature entre le cercle de la raison et les populistes.  

Après l’Europe, la vaccination, le débat est entre eux et moi !!!

Une manière de rejouer la formule d’André Malraux défendant le général de Gaulle « entre nous et les communistes, il n’y a rien ». Et ce, quoiqu'il en coûte pour l’unité de la République.

Enfin, on peut comprendre que, dans l’effort de rationalisation, les macronistes se soient appuyés sur l’immense majorité favorable à la vaccination et au pass sanitaire. Mais derrière l’argument de bon aloi, il y aussi une stratégie du bouc émissaire.

Emmanuel Macron, le 12 juillet 2021 dans son discours à la Nation, évoquait le vaccin comme antidote au covid. Force est de constater que, si le vaccin est une nécessité pour éviter les formes les plus graves, il ne peut éviter l’apparition de nouveaux variants. Et là encore se niche un argumentaire caché. La volonté de faire porter la responsabilité aux antivax pour les épisodes à venir, si ceux-ci se rapprochaient trop de la présidentielle. 

Nous avons eu dans cet épisode, tout à la fois, les ressorts intimes du président et sa stratégie présidentielle de fracturer pour tenter de s'imposer. 

Cela peut marcher, à condition que les exclus de toutes sortes ne se coalisent pas dans un second tour. Mais en tout état de cause, attention car après la fracture, il y a toujours la facture. 

Jean-Chr. Cambadélis

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