Entre la fin du Covid-19, la fin des pools de l'Euro de football et les premières étapes du Tour de France, les Français ont été conviés à voter pour les élections régionales et départementales. 

Quels sont les enseignements de ces deux tours de scrutin ?

La déconstruction républicaine se poursuit, sous la forme d’une dépression démocratique. 

L’abstention, sur laquelle on passe allègrement, après le coup le chapeau imposé, atteint des records historiques. 

Cette bouderie n’est pas anecdotique mais l’expression d’un rejet. Les Français ne sont satisfaits ni de la forme ni du fond, de ce qu’on leur propose. 

Ils estiment l’élection inutile, confuse, sans intérêt.  

L’indifférenciation due à la fin du bipartisme, le débat verrouillé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le débat dépolitisé, l’absence de campagne publique ont eu raison de la participation, dans un pays où l’adhésion civique se heurte à la crise du résultat et de l’efficacité républicaine. Il s’agit de l'effet différé de la colère issue​ de la gestion du Covid-19 .

C’est par l’abstention que les Français ont réouvert la présidentielle. Et si l’offre politique ne répond pas aux attentes, une partie d’entre eux continuera à s’abstenir.

Dans ces conditions biaisées​,​ on peut retenir les éléments suivants. 

Le président de la République est le grand perdant de ces 2 tours. Son ​P​arti présidentiel, LREM est mort-né. Réduit à moins de 7 %, il est éjecté de l’espace démocratique, comme ce fut le cas pour le parti socialiste en 2017. 

Mais l’absence d’implications locales le condamne définitivement. Le président de la République voit plus de 15 ministres au tapis. Et se trouve d'ores et déjà concurrencé pour le premier tour de la présidentielle par la droite classique. Le refus de reconnaître la défaite, d’en tirer les conséquences va aggraver cette situation. 

Le président a perdu la menace de l’extrême​-​droite. Il n’​apparaît plus ​en capacité de battre Marine Le Pen. Il doit sortir du « en même temps ». Et cette clarification aura un impact. Il ​n'​est maintenant maintenu, soutenu que par les institutions. Et personne ne peut plus faire confiance aux sondages. 

L’extrême-droite recule. La banalisation ne marche pas, alors que le front républicain fonctionne. C’est l’abstention qui a pris le relais du véhicule de la colère : un recul en voix et en sièges, un échec en termes d’implantation aux départementales.  

Pour satisfaisant que soit ce revers, il ne saurait nous faire oublier que le RN reste un danger à des niveaux inégalés en Europe. Il n’est pas réduit, loin de là.

La droite est de retour par le fait de conserver les positions qui étaient déjà les siennes. Elle confirme sa bonne tenue aux municipales. Mais elle ne conquiert aucune nouvelle région. Elle progresse relativement dans les régions qu’elle tient. Disons que son électorat, dans ses bastions, est moins boudé que les autres représentations politiques. Si elle s’est trouvée par ce fait un champion, Xavier Bertrand, celui-ci va être contesté par d’autres présidents élus et par Bruno Retailleau. 

La Gauche garde ses 5 régions, ce qui n’était pas acquis. Si les écologistes sont en dynamiques dans la gauche, ils ne le sont pas dans le pays. La gauche gagne lorsqu’elle est portée par les socialistes et perd lorsqu’elle est sous casque écologistes. 

Pour autant, les socialistes sont dépassés volontairement ou électoralement par les écologistes. Ils se sont effacés dans les Hauts-de-France et en PACA. Et les électeurs les ont effacés en Ile-de-France, dans l’Est, dans les Pays de la Loire, en Auvergne Rhône-Alpes. La notable victoire des sortants socialistes masque ce double phénomène (effacement en cours, pas de dynamique écologiste probante dans le pays).

Il n’en reste pas moins que la gauche reste dans le jeu politique. Et le PS, après les municipales, les cantonales et les régionales est le mieux implanté des partis de gauche et de très loin, dans une situation où les écologistes gagnent des sièges et le Parti communiste perd son dernier bastion départemental dans l’ancienne ceinture rouge. Et la France insoumise est à nouveau marginalisée dans la gauche et dans le pays. Après les législatives, les européennes, les municipales, la "gauche radicale" continue son recul. Elle est ramenée à son étiage. 

L’absence de force propulsive de la Gauche tient à la panne de son cœur : la Gauche responsable.

En conclusion, personne ne peut dire de quoi l’avenir sera fait. Car les Français ne sont satisfaits ni par les résultats des politiques publiques, ni par les offres proposées. Tout est là. C’est l’offre politique qui va structurer la demande. 

 

Jean-Chr. Cambadélis

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