La dernière livraison des sondages ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà.

Marine le Pen campe sur un tiers de l’électorat ; Emmanuel Macron ne tient que pour cela ; un succès relatif et de précaution face à la menace de l’extrême droite et la crise sanitaire. Pourtant, des voix commencent à se faire entendre sur le renoncement du président. Et cela n’a pas échappé à Édouard Philippe. 

Xavier Bertrand, lui, ne décolle pas, malgré sa campagne « je ne suis pas candidat, mais je vais l’être » ; le retour de François Baroin, avec le soutien de Sarkozy, toujours mécontent de son traitement judiciaire, pointe son nez. Et les républicains ont donc décidé de ne rien décider, ce qui scotch Xavier Bertrand, lui-même coincé par les élections régionales : « être ou ne pas être entièrement et totalement candidat à la présidentielle » ? telle est sa question. Si le pays court un si grand danger (ce qui est vrai), il ne faut s'y consacrer qu’à moitié. 

Il n’y a pas d’engouement pour la présidentielle. Les Français ont le nez dans la covid-19. Et tant que celle-ci hantera les esprits, il est peu probable que cette échéance intéresse nos compatriotes. 

Les Français ne peuvent se satisfaire de la gestion gouvernementale de la crise sanitaire et ils ne peuvent, pour autant, en pleine crise, se défaire dudit gouvernement. Ce plafond de verre tombera dans la fin de crise et la vaccination majoritaire. Il est peu probable que les Français aient un autre jugement qu’une « gestion calamiteuse ».  

Emmanuel Macron semble avoir épuisé son capital chance dans sa campagne présidentielle. Et la question de lui donner une deuxième chance ou de tourner la page sera posée. 

C’est pour cela, qu’au-delà des sondages dépressifs, je crois toujours possible d’un autre chemin à gauche.  

A gauche, le soleil se lève doucement. J’ai toujours écrit que Mélenchon était le verrou de la gauche ; une sorte de « candidat utile » d’Emmanuel Macron, fermant la porte au rassemblement. 

Mais, plusieurs facteurs sont en train de débloquer la situation dont la décision de la Conférence nationale du PCF de soutenir une candidature du PCF à 66 % va handicaper le leader de la France insoumise (obtention de 500 signatures et 1 point ou 2 dans les sondages). 

Ses partisans au sein du PCF ont été battus par une alliance identitaire-unitaire. 

En attendant, les candidatures d’extrême gauche (NPA, Lutte ouvrière…), Mélenchon n’est plus tout seul dans son couloir. 

La multiplication des initiatives d’Anne Hidalgo « hors les murs » des partis, l’appel des maires pour la gratuité des transports où les emplois verts pour les sans-emplois ébauchent une gauche des propositions, comme je le réclame depuis des mois au travers de mes mémorandums 

https://www.nouvellesociete.fr/une_republique_impartiale_ns ; 

https://www.nouvellesociete.fr/nouveau_contrat_social_ecologique ; 

https://www.nouvellesociete.fr/nouveau_destin_france_monde_europe.  

A chaque fois, la gauche se rassemble sur une solution pour la France sans Mélenchon. Cela n’est pas visible médiatiquement, mais indique une tendance lourde. 

L’initiative de Yannick Jadot pour un rassemblement des gauches, pour un candidat unique des gauches n’a aucune chance de déboucher. Elle n’a même pas produit un effet sondagier. Certes, la situation ne s’y prête pas ; certes, l’unité est un combat, mais, c’est surtout une dynamique qui peut l’imposer, et Jadot ne peut l’avoir, puisqu’il est lui-même candidat. Bayou a refermé la porte, en rappelant qu’il y a une primaire écologiste au mois septembre 2021. Tout en maintenant la division aux régionales, malgré ici où là des rassemblements unitaires, pour autant l’initiative de Yannick Jadot complique la donne pour Mélenchon, qui ne sait comment se dépatouiller de cette demande unitaire. 

Mélenchon glisse donc dans le préalable à l'unité : Avant toute chose, un front commun contre l’extrême droite, qui, pour nouveau qu’il soit, est bienvenu, ce qui, au passage, coince LFI en cas de deuxième tour Le Pen/Macron. Le sachant, Mélenchon vient d’évoluer : il s’agit maintenant d’être clairement contre le pouvoir ou d’être fermement contre la campagne « islamo gauchistes ». La tentative de découper la gauche pour qu’il n'y ait rien entre lui et Macron ne fonctionne plus, même si elle n’a jamais fonctionné. 

Mélenchon se transforme non en un candidat à la présidentielle, mais le porte- parole de « tout ce qui bouge ». « Tout ce qui bouge est rouge » semble dire le leader de La France insoumise, dans une France frappée de tétanie pour cause sanitaire. Et le candidat de toutes les radicalités se trouve tout à coup isolé. Car si les Français regardent la présidentielle de très loin, ils ne voient pas la solution à leurs maux dans la radicalité, ou alors celle de l’extrême droite leur tend les bras. 

Jean-Chr. Cambadélis

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