Nous nous souvenons de l’apprenti sorcier, ce poème de Goethe.

Ne serait-ce que parce que nous avons vu la fantasia de Walt Disney sur une musique de Paul Dukas. Le livret en est simple : un apprenti sorcier, paresseux décide d’utiliser les pouvoirs de son maître magicien pour faire son travail. Mais le sortilège lui échappe et le balai devenu 10, 100, 1000, déverse des seaux d’eau qui menacent de tout emporter. 

Voilà la parabole de nos médias contemporains.

Lancés dans une compétition infernale pour leur audience nécessaire à leur modèle Economique, ils ont fait de l’instrumentalisation des faits divers souvent à connotation ethnique le « balai » de leur renommée.  

Et lorsque la France zappe mollement installée sur son divan, elle s’imagine tout à coup plongée dans les faubourgs de Karachi, de Rio ou de Mexico ... Et ferme sa porte à double tour.

Une atmosphère délétère s’installe dans le pays au point que l’on peut parler de la MÉDIAS-PEURS ...  Et, à « l’insu de son plein gré », elle devient une machine à voter Rassemblement national et à pétainiser les esprits ...

Des spécialistes convoqués pour réagir. Ils rivalisent de mots acides pour faire le buzz et être réinvités. On suit les traques des suspects comme dans les séries américaines. Le récit est haletant, récidivant, et donc fascinant. Les Français sortent de ces séquences, où les chaînes déversent des tonnes d’eau bouillante, avec une vision biaisée de la réalité. L’effet loupe joue à plein. Et la France s’enfonce dans le catastrophisme, bain de jouvence de tous les populistes. On se souvient comment l’affaire Paul Voise en 2002 pèsera sur le premier tour de la présidentielle et la qualification de Jean Marie le Pen. Robert Namias, directeur de l'information de TF1 à l’époque, dira avec courage : le « sur-traitement » du fait divers fut une faute. Mais pendant les 48h précédant le vote, la focalisation sur ce fait divers : un homme âgé battu à mort a fait son œuvre. 

Aujourd'hui, ce sont 4 à 5 chaînes d’infos qui se font la course à l’échalote, saturant l’espace de l’info par les faits divers violents. On peut ainsi voir pendant tout un week-end des « spéciales » sur le sujet sans discontinuer ...Mais pas un mot par contre sur ce qui pourrait constituer un tournant pour l’Europe, les manifestations en Allemagne directement pro-Hamas et pro-Islam fanatique. Et l’installation d’une carte d’identité Islam du gouvernement conservateur écologiste.
Ceci nourrissant cela et ouvrant la voie aux pires choses. 

En France, dans un moment de déconstruction républicaine, les chaînes d’infos jouent sur les peurs pour mieux capter et arraisonner les téléspectateurs. 

Loin de moi l’idée de nier les violences urbaines, la montée des communautarismes, de l’Islam intégrisme, l’attaque contre les policiers etc. J’ai fait de la réponse à cet état un des viatiques du retour de la gauche. Même si je note tout autant la montée du racisme, de l’antisémitisme et de la violence sociale.

Mais il s’agit de reconstruire la République et non d’installer une hystérie collective qui va déboucher sur un grand collapsus électoral. 

On s’étonne après de la percée du RN dans les urnes (1er tour des législatives partielles) ou dans les sondages. La France déboussolée attisée est disponible.  

Les responsables politiques, pour certains d’entre eux, cherchent à caresser l’humeur de l’opinion ainsi stimulée.  Les Ciotti, Pelletier, Retailleau et autres Dati en rajoutent pendant que Marine le Pen tire à cette étape les marrons du feu.

Terrible conjoncture qui s’autoalimente à coup de violence des mots pour décrire la violence des faits et devient tyrannie des débats. 

Terrible moment politique où le cynisme politique joue sur la décomposition pour mieux faire du président protégé et maintenu par nos institutions le rempart du désordre qui est déjà partout.

Terrible moment où l'on ne peut passer le plafond de verre médiatique que grâce à une violence verbale de préférence sur les faits divers où il est devenu interdit de ne pas interdire. 

Goethe a une solution radicale à ce funeste destin échappant à l’apprenti sorcier. Le maître vient remettre le balai à sa place dans un coin. Une punition pour être sorti de son rôle. 

Ainsi se terminent les fantasias. En attendant, l’eau monte.

 

Jean-Chr. Cambadélis

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