L’ancien premier secrétaire du PS s’attaque à forte partie en dénonçant notamment la dérive des minorités

La fermeture du siège historique du Parti socialiste, rue de Solférino, c’était lui. Oh, pas exactement pour le calendrier, mais symboliquement et politiquement, c’était bien Jean-Christophe Cambadélis. Premier secrétaire du Parti socialiste, il a vu disparaître de l’écran et les effectifs, et les subsides. D’obédience trotskiste dans les années de jeunesse, il ne s’habillait pas en social-démocrate. Mais sa proximité avec la rationalité d’un Dominique Strauss-Kahn suffisait à le ranger parmi les réalistes.

Présidentielle 2022, Jean-Michel Lamy


Pour un républicanisme de gauche

Aujourd’hui, Jean-Christophe Cambadélis confirme la filiation avec la présentation de “La République impartiale. Mémorandum pour un républicanisme de gauche”. Clin d’œil à un autre parrain, son mouvement a pris pour enseigne “Nouvelle Société”, l’étendard de Jacques Chaban-Delmas, maire emblématique de Bordeaux qui a toujours bivouaqué sur les franges sociales du gaullisme.

Comment voyager avec un tel bagage au cœur de la République d’Internet, celle des réseaux sociaux, celle des algorithmes qui n’ont pas de passé, mais qui fonctionnent en boucle sur l’immédiateté de l’information ? Comment argumenter quand la post-vérité, ou vérité alternative sans référentiel sérieux, fleurit à tout propos et hors de propos ? Comment renouer avec une gauche de gouvernement au milieu du champ de ruine des partis politiques et de la déstabilisation du socle idéologique du PS ? Jean-Christophe Cambadélis est un cas d’école pour tout candidat à la présidentielle.


“Son mouvement a pris pour enseigne “Nouvelle Société”, l’étendard de Jacques Chaban-Delmas. Comment voyager avec un tel bagage au cœur de la République d’Internet, celle des réseaux sociaux, celle des algorithmes qui n’ont pas de passé, mais qui fonctionnent en boucle sur l’immédiateté de l’information ?”



Cinq ans après la célèbre débâcle signée François Hollande, “Camba” revient sur scène sans l’appui d’un appareil politique structuré et sans le concours d’une base militante forte. Ce sera le lot de la quasi-totalité des écuries présidentielles. Emmanuel Macron avait ouvert la voie, elle n’est pas près de se refermer. C’est pourquoi ils seront nombreux à tenter leur chance aux éliminatoires.


La métaphore du “campisme”

Jean-Christophe Cambadélis se lance en recyclant des pensées d’apparence ancienne. Son triptyque aligne trois concepts. L’Égalité réelle, avec entre autres la création d’une Cour contre les inégalités sur le modèle de la Cour des comptes. La Liberté ordonnée, avec pour point de départ un nouveau compromis entre l’État et les collectivités locales. La Fraternité laïque, avec notamment le refus de la supériorité de la foi sur la loi.


“Son triptyque aligne trois concepts. L’Égalité réelle, la Liberté ordonnée et la Fraternité laïque”



La déclinaison d’un tel triptyque a de quoi charpenter une action gouvernementale. En campagne présidentielle, ce classicisme a toutes chances d’être balayé par d’autres objets politiques hautement inflammables. C’est pourquoi l’ex-premier secrétaire du PS choisit aussi d’avancer à visage découvert sur ces sables mouvants.

Florilège. Un : “je reconnais qu’il y a un problème de maîtrise des flux migratoires”. Deux : “il y a une rencontre entre l’argent de la drogue et l’islamisme”. Trois : “dans une partie de la gauche le ‘campisme’ sévit toujours”. En clair, quelles que soient les impasses d’un camp, on fait bloc avec lui au nom des idéaux. À l’image du Parti communiste français fidèle envers et contre tout à l’Union soviétique. La métaphore du “campisme” s’applique en 2020 au courant antiraciste qui mute en parti anti-républicain et communautariste au nom du supposé racisme d’État.


Un archipel d’îlots doctrinaux

L’ancien premier secrétaire du PS s’attaque là à forte partie. À chaque étape il sera sommé, par exemple sur les radios de service public, de marquer sa préférence pour l’unité du camp de la gauche en faisant fi de l’analyse de la diversité politique des agendas. Mais Jean-Christophe Cambadélis ne fermera pas les yeux. “La gauche a délaissé la défense et l’approfondissement de la République”, déplore-t-il.

Le rôle de minorités qui veulent imposer leur référentiel de minoritaire dans le débat public illustre cette dérive. Fini l’universalisme républicain ! À son tour, Anne Hidalgo, maire de Paris et postulante virtuelle à l’Élysée, a tenu à se démarquer de ce genre de posture en questionnant sur leur rapport à la République les élus EELV (Europe Écologie les Verts) de sa propre majorité municipale. Façon de dire que le droit à la différence avait ses limites. La laïcité, c’est pour tout le monde.


“Être clair ou pas sur la République traversera toutes les sensibilités de la gauche tout au long de 2021. L’archipel d’îlots doctrinaux qui s’ignorent les uns les autres va dessiner comme jamais la carte électorale de la présidentielle 2022”



Être clair ou pas sur la République traversera toutes les sensibilités de la gauche tout au long de 2021. Le combat sera beaucoup plus explosif qu’en 2017. Parce que l’archipel d’îlots doctrinaux qui s’ignorent les uns les autres va dessiner comme jamais la carte électorale de la présidentielle 2022. Cette fois-ci, le handicap de candidats à potentiel réflexif sera décuplé. Penser dans le possible, dans la complexité, ne fait plus recette. Ce fut longtemps le pari gagnant de la social-démocratie.

 

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