La France doit prendre le leadership de l’industrie du futur

Elle ne doit pas rater le tournant de l’accélération de la révolution de l’immatériel.  

Qu’est-ce qui peut réindustrialiser la France au-delà des phrases creuses de la défense de l’industrie ? 

Qu’est-ce qui peut permettre la sécurité écologique au-delà des pétitions de bonnes intentions ?  

Qu’est-ce qui peut conjuguer un nouveau modèle de croissance et d’emplois ? 

C’est l’industrie 4.0 qui permet de répondre à l’individualisme consommateur propre aux sociétés modernes, la nécessaire croissance pour financer nos protections sociales, nos services publics et la maîtrise de l’environnement. 

Ce concept de « smart production » permet de produire des biens et donc des gains avec des produits uniques et personnalisés propres à séduire l’homo- consommateur. C’est une révolution de la matière de produire par rapport au fordisme et au toyotisme. 

Je me suis déjà exprimé sur le sujet dans mes mémorandums ou les 10 thèses sur la nouvelle société en évoquant le big-bang écolo-numérique.  

L’industrie du futur correspond à ce concept stratégique. Qui dit industrie dit formation, emploi et donc lutte contre le précariat. Il ne s’agit pas d’opposer la vieille industrie à la nouvelle, mais de préparer l’industrie de demain en faisant face à nos défis industriels écologiques et d'une transition socialement supportable et juste. 

La décroissance, projet inéluctable du catastrophisme écologique, requiert un régime politique capable de l’imposer. Il y a quelques jours, Jean-Luc Mélenchon y allait de sa demande de mesures coercitives en ce domaine.  

Nul n’ignore l’urgence écologique. Mais l’humanité a les ressources pour juguler ce défi. Sombrer dans le catastrophisme, c’est induire des réponses coercitives contre l’humanité.  

Le progressisme se joue là. Croit-on que l’humanité a les moyens de faire face ou estime-t-on qu’il faut penser un nouveau modèle de croissance garantissant les standards du progrès. Mais que l’heure est à la grande régression pour sauver la planète. 

Il s’agit là du non-dit qui conduit à l’échec des COP. Tout le monde partage l’urgence écologique. La presse est pleine de scénarios-catastrophes pour l’humanité. Mais interdire 2000 centrales à charbon n’est porté par personne. Pas plus que la suppression de l’automobile, des avions, du transport maritime ou de l’agriculture intensive. 

Nous nous heurtons au mur de notre diagnostic. Il faudrait ! Mais nous ne le ferons pas !

Il s’ensuit une schizophrénie politique où les bonnes intentions se muent en absence d’intentions.  

Cela se terminera mal car la réalité finira par s’imposer. Il faudra une rupture violente avec notre modèle économique mais aussi politique. Dans ces conditions, l'illibéralisme a de beaux jours devant lui, pas seulement pour la peur du grand remplacement et de l’immigration.

Impossible ? Allons qui pouvait croire que l’on confinerait deux tiers de l’humanité pour faire face à un virus. Ce qui est valable pour un virus ne le serait pas pour les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, la pollution de l’air dans les villes etc. 

Voilà la première raison pour laquelle il faut emprunter un autre chemin et sortir de la contradiction par le haut. Car on nous dit qu'il faut rompre avec la société d’abondance. Certes, mais nous ne renoncerons jamais à la société du bien-être que j’ai appelée la société décente.  

Prendre le tournant de l’industrie 4.0 est aussi une nécessité industrielle. 

On se souvient que la 1ère révolution industrielle fut celle de la machine à vapeur. La seconde fut celle de la « machine-outil », la 3ème révolution fut celle de la fin des années 50, qui déboucha trente ans plus tard sur la révolution de l’immatériel avec la naissance des « machines à commandes numériques » et des robots.  

C’est aujourd'hui la 4ème révolution industrielle, avec des « machines learning ».    

L’ intelligence artificielle est maintenant au commande. 

L’internet des objets, la production distribuée, flexible, écologique. L’ère des robots autonomes est née, celle du cloud computing, de l’avatar digital, réalité augmentée, RoboCop va envahir notre quotidien. 

Nous sommes à chaque instant contemporain de ce nouveau cycle. Nos smartphones peuvent écrire, communiquer avec le monde, regarder des vidéos et des films, commander des produits, rechercher des informations de toutes sortes, photographier, filmer, écouter de la musique, la radio ou la télévision. Bref, le monde est sur votre écran. Dites-vous que ce qui est possible à des fins personnelles l’est pour l’industrie et à grande échelle.  

Dites-vous que 5,5 millions d’objets sont connectés chaque jour dans le monde. On parle de milliards dans moins de 5 ans. Le marché mondial des capteurs connaîtra une croissance annuelle de 27,8 % par an. 

Un être humain sera en connexion avec 1000 à 5000 objets par jour. 

Ce développement exponentiel va s’appliquer à la gestion des déchets, la planification urbaine, la détection environnementale, l’environnement urbain durable, les services d’urgence etc. 

Voitures, bus, trains et vélos sont déjà dotés de capteurs traitant l’information. Ils seront demain autonomes.   

Dans le domaine de la santé, on diagnostique, soigne et opère à distance.  

L’épreuve du Covid-19 nous a appris que l’on pouvait travailler, étudier, et même faire des réunions à distance. 

Cette fusion de croissance est une chance pour l’humanité et un risque. Un risque éthique. 

Michel Foucault et Gilles Deleuze dans Surveiller et punir "naissance de la prison" nous avaient déjà instruits de la société de discipline issue de la révolution industrielle. Deleuze, plus proche de la dernière révolution industrielle, en 1992, parlait des sociétés de contrôle. 

Le risque est grand que les algorithmes influencent nos décisions morales ou nos vies. On a vu récemment comment les algorithmes influencent Facebook et induisent des sociétés d’exclusion autoritaire et raciste. 

Oui cela nécessite des combats politiques comme la révolution industrielle a nécessité de faire pièce au travail, à la tâche, au travail des enfants, à l’exploitation 7 jours sur 7, aux heures de travail dément, à l’absence de protection sociale.  

L’idée d’une société décente et de l’intégrité humaine sous-tend tous les combats sociaux à venir. 

Il n’empêche que la nouvelle révolution est un levier dans le combat pour écologiser la planète.  

Mais, dans le même temps, s’ouvrent des nouveaux espaces de conflits. Si la première guerre mondiale avait entre autres comme source le charbon, si les États-Unis sont devenus un impérialisme grâce au monopole du pétrole via la protection de l’Arabie-saoudite, la révolution 4.0 induit la ruée vers les objets rares. Car ordinateurs, smartphones, panneaux solaires, éoliennes sont consommateurs de matériaux rares. 

Il y a un pari dans l’investissement dans cette révolution. Celle de la finitude des métaux et leur surexploitation.  

La bataille pour le lithium, le lanthane, le Cérium, le sanarium etc., cette bataille pour la route du « ium », est l’enjeu géopolitique de la période où la Chine et les États-Unis s’affrontent et dont l’Europe est absente. 

La Chine dispose de 37 % des réserves mondiales des terres rares. C’est l’Arabie saoudite de l’énergie de l’avenir. En plus, elle met la main sur de gros producteurs comme la Bolivie. 

L’exploitation des terres rares ne peut être un pillage car il s’agit d’un bien de l’humanité pour faire face à son nouveau défi industriel et écologique.  

Voilà un autre champ que le politique devrait investir à gauche.  

On le voit. Le big-bang de la révolution 4.0 écolo-numérique n’est abordé par personne dans la Présidentielle. Reconnaissons à Emmanuel Macron d’avoir esquissé un plan et des moyens en ce sens. L’Europe travaille elle aussi en ce sens. 

Mais nous sommes loin de la nouvelle frontière de l’humanité et de l’industrie tant nécessaire à nos défis contemporains. Quant à la Gauche, lorsque je dis qu’elle est datée, c’est qu’elle mène le combat, certes nécessaire, des acquis sociaux, de l’ère de la révolution industrielle. Mais elle se refuse d’aborder avec ses principes ceux de demain. C’est aussi pour cela qu’elle n’intéresse pas, ne fait pas rêver et végète à 25 %.

Jean-Chr. Cambadélis

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