Les présidents sortants ne sont pas réélus hors cohabitation.

Longtemps, Emmanuel Macron a pensé : « cela ne peut s’adresser à moi, nul ne boxe dans ma catégorie, tant sur le plan intellectuel ou électoral ». Le jeune président estimait avoir fondé  « un Nouveau Monde » politique, à l’égal du Général de Gaulle en 1958. Et sa défaite en 2022 était non seulement inenvisageable mais impossible. 

Puis les contrariétés se sont accumulées : l’affaire Benalla, les démissions de Nicolas Hulot, de Gérard Colomb, les gilets jaunes, les retraites, la séparation avec le premier ministre Édouard Philippe, les rebuffades de Trump, les faux-semblants européens, la covid-19... 

Bref, rien n’a fonctionné comme prévu. Les décevants sondages, les revers électoraux de son parti aux municipales, le lent délitement de LAREM au Parlement ont fini par le convaincre : “il faut se renflouer avant de s’avancer”.

L’opération « Restore Hope » est donc lancée en ces derniers jours d’avril 2021 et début mai. A l’occasion des annonces sur la pandémie dans la presse régionale, nous apprenons qu’un tour de France est envisagé et un nouveau plan de relance est à l’étude. 

Tout est maintenant subordonné à l’objectif de restaurer une crédibilité électorale. Emmanuel Macron ne peut plus espérer être réélu à cause de l’inconsistance des autres et la mansuétude des médias. Le risque d’un mauvais premier tour et d’une défaite au second, face à Marine le Pen, est envisagé. 

Et sa récente sortie sur « les souverainistes aux petits pieds » atteste d’une certaine fébrilité.  

Cette campagne a trois axes : Vivre avec la Covid-19, fracturer la droite, lancer le deuxième plan de relance. 

Notons d’abord qu’il faut être complètement hors-sol pour penser que les Français vont applaudir l’exécutif pour sa gestion « réussie » de la Covid-19. Et quand bien même, cela serait le cas, nous savons que l’on peut gagner une guerre et être remplacé comme Churchill ou juguler une grève générale et être éconduit comme le Général de Gaulle. 

On ne peut, en plus, avoir dit « c’est le virus qui commande » puis faire croire que c’est le président de la République qui a commandé au virus. 

Le nouveau credo du président consiste à faire du déconfinement LA et SA Victoire. Même si ce moment, tant espéré des Français, est assorti de beaucoup de « si ». 

C’est maintenant tranché : ce sera déconfinement, “quoi qu’il en coûte”. 

L’exaspération des Français et les déficits ont eu raison de la muraille blanche médicale, derrière laquelle le président cachait ses décisions.  

Les médecins et les scientifiques sont aux mieux perplexes mais le locataire de l’Elysée passe à autre chose. 

C’est un premier pari, car nous déconfinons avec les chiffres qui nous ont conduits à nous confiner à l’automne 2020.  Ensuite, nous ne sommes pas à l’abri des conséquences d’un variant mettant à mal une vaccination poussive, due à nos retards et des Français toujours peu enclins à se faire vacciner, surtout si on leur présente l’AstraZeneca.

Donc si Emmanuel Macron avance avec l’épée des sondages dans le dos, il a une épée de Damoclès au-dessus de la tête et un quatrième reconfinement à l’automne ou avant.

Le second pari, encore plus risqué, est celui du deuxième plan de relance. Évidemment, les Français ont vu le plan faramineux de Joe Biden, même s’ils n’ont toujours pas encore vu la couleur du plan européen. Le président américain, aiguillé par le caucus progressiste, fort d’une centaine de parlementaires, et face au trumpisme qui ne désarme pas, doit avancer à marche forcée. Le premier risque pour Emmanuel Macron est donc la comparaison. Le second réside dans l’appel d’air que ce genre d’annonce induit et le choc de la réalité ; la réforme de l’indemnité chômage par exemple ; sans négliger l’axe économique du président qui met un signe égal entre fiscalité, emploi et industrie, comme tous bons libéraux, tenant du ruissellement. Et il va être difficile de se départir des aides prodiguées lors de la pandémie, alors que l’on annonce qu’il y aura un autre plan de relance. Enfin, le président a évoqué un tour de France, un dialogue. Rien ne dit que celui-ci sera de tout repos. 

Il reste le plan politique. Là encore, Emmanuel Macron a tranché. Ce n’est plus le « et de droite et de gauche ». Il s’agit de l’OPA sur la droite libérale pour construire une « deuxième droite », capable d’obtenir un second tour face à Marine le Pen.  

Les nationaux-populistes ont imposé leurs thèmes à la droite classique. Aujourd'hui, Ciotti est capable de dire qu’il n’y a pas de divergences avec le Rassemblement national ; seule la capacité de gouverner fait sujet. Rachida Dati partage les avis de l’appel des généraux. Bruno Retaillau, jamais en reste dans ce domaine, déploie la rhétorique lepéniste dans le domaine de l’identité ou de l’immigration etc. Et la droite n’a aucun problème à s’allier avec les amis de Dupont-Aignan, qui était le prince consort de Marine le Pen lors des précédentes présidentielles. 

L’idée de l’Elysée est d’en profiter pour casser la droite, comme il avait profité de la réaction aux frondeurs pour casser la gauche.

Le récent épisode de fusion de la liste LREM et Républicains en PACA en est l’illustration. 

Cela va bien au président qui, n’ayant aucune possibilité de bien figurer, voit là une opportunité pour son OPA dans le « plus pur style des banquiers d’affaires ».

L’objectif est donc de fonder un bloc libéral. Mais voilà qu’en PACA, Muselier va se trouver privé de réserve au second tour et la liste d’extrême droite va être renforcée par l’électorat qui refuse Macron ; « belle manœuvre politicienne directement pilotée par E. Macron et T.Solère », nous dit-on.

Au deuxième tour, la gauche sera dans un cauchemar : se désister et disparaître une nouvelle fois de la région ou se maintenir et prendre la responsabilité de faire élire l’extrême droite. Ce qui est impensable. 

A un an de la présidentielle, cette tentative de rebipolariser la vie politique autour d’un axe national-populisme et libéraux pave le chemin de la victoire de Marine le Pen. 

Encore une fois, si au premier tour on choisit, au second on élimine. Et à ce jeu-là, il n’est pas certain que cela ne soit pas Marine le Pen. 

Le nouveau cours présidentiel est une légende qui se heurte à de nombreuses réalités, pendant que la situation politique continue à se décomposer  .

 

 

Jean-Chr. Cambadélis

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